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Le genre, cette “chose” qui détruit les enfants ?

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Le blog de « Comment tu t’habilles » n’est pas mort (loin s’en faut), mais s’est vu ralenti suite à deux événements : le manque de temps de la rédactrice, et une actualité brûlante qui ne cesse de m’interroger tout en monopolisant mon attention.

Je voulais ici un blog de lectures et de découvertes, je ne souhaitais pas un blog trop perso, même si, d’évidence, le sujet des genres et des identités me touche. Mais là, je ne sais plus. Il me semble peut-être un peu plus évident de parler de moi que de parler des autres.

Moi.

Qui suis-je ?

Personne.

Rien.

Un vide non défini.

Il y a très longtemps, j’ai vécu un traumatisme qui m’a effacée de la case « fille » des papiers sociaux. Je ne pouvais plus être une fille, parce qu’être une fille, c’était avoir mal. Je ne voulais plus être fille, non plus, parce que j’étais sale. Donc pas jolie. Pas mignonne. Pas apte à devenir ce modèle joli et rose que tout le monde autour de moi érigeait en exemple.

Et je n’étais pas un garçon non plus. La question ne se posait même pas car la seule assurance que j’aie jamais eu, même en cette période très trouble, c’est que je n’en étais pas un.

Alors j’étais quoi ?

Je n’étais rien.

Je n’avais pas de livres, pas de films, pas d’essais, pas de discours pour me dire que je pouvais être autre. Que l’autre, que l’altérité indépendante de ce très réduit binôme fille/garçon, existait et que je pouvais l’explorer. Il n’y avait rien. Donc je n’étais rien.

J’ai tenté de devenir une fille complète : mais je n’aimais pas le rose, je n’avais pas beaucoup de poupée, je n’aimais pas les films de filles. Mon goût personnel s’affirmait, m’offrant une individualité loin de l’identité sexuelle, mais ils ne cessaient de m’éloigner du modèle social unique. J’étais quelque chose, mais je ne savais toujours pas quoi.

Il m’a fallu longtemps avant de découvrir l’homosexualité. Au départ, un danger, et un truc de mecs : j’avais neuf ans quand on a commencé à parler pour la première fois du SIDA et c’est comme ça que j’ai découvert que les garçons n’avaient pas forcément besoin de filles. Il y a mieux comme introduction à l’homosexualité quand même.

Et j’en étais toujours exclue puisque j’étais une fille.

Alors j’ai découvert l’homosexualité des filles et je suis tombée amoureuse de filles. Et si le sentiment était plaisant, je ne savais toujours pas sur quel pied danser et je me suis retrouvée dans des situations de soumissions – je n’étais rien, elles étaient : la différence jouait en leur faveur, et ma malchance amoureuse aussi – qui n’étaient pas très agréables.

Je me suis dit : bon, être lesbienne, c’est pas pour moi, vu que ça fait mal.

Alors je suis peut-être asexuelle. Un mot que j’ai découvert dans ces environs-là, il y a trois ou quatre ans, pas plus. Un mot qui était sympa, accueillant. Mais bon, l’activité faisant… Je me suis bien rendue compte que non, ce n’était toujours pas ça.

Il y avait bien la bisexualité. Ah oui, déjà c’était beaucoup mieux. Et… Et oui si c’était ça ? Si c’était ça puisque non, décidément non, pas besoin d’être un fêtard qui couche à droite à gauche pour être bi ! (une caricature encore présente dans la tête de beaucoup, beaucoup de gens)

J’ai mis vingt ans à me réapproprier mon corps et, en même temps, mon identité de genre – je suis une fille ! – et mon orientation sexuelle et sentimentale – je suis bi ! – J’ai mis vingt ans parce qu’à mon époque, on ne parlait pas des choses qui font mal à des milliers d’enfants, filles et garçons – et encore aujourd’hui, c’est compliqué et difficile. J’ai mis vingt ans parce qu’à mon époque, une petite fille de neuf ans ne savait pas qu’on pouvait aimer qui on voulait, garçon, fille ou trans. J’ai mis vingt ans parce qu’on m’avait donné une case, puis juste deux, seulement deux, et qu’aucune des deux ne m’allait. J’ai mis vingt ans.

Aujourd’hui, grâce à des auteurs merveilleux, en jeunesse comme en littérature adulte, grâce à des essayistes et des sociologues, grâce à quelques psy bien formés – ils existent et j’en ai trouvé un et je sais la chance que j’ai –, grâce à des militants politiques, grâce à des enseignants, grâce à des parents de mon âge qui, enfin, ont pu aussi s’interroger là-dessus, grâce à des livres et des films, les petites files et les petits garçons et les petits « entre-deux » d’aujourd’hui ont une chance de moins souffrir et de se construire plus solidement, avec plus d’amour et moins d’isolement qu’avant.

Ils ont cette chance.

Ne leur ôtez pas cette chance.

 

 

Edit:
Et quelques articles qui font du bien par des personnes bien.
Silène Edgar, auteure et amie très chère : http://augredemeshumeurs.blogspot.fr/2014/02/tous-poils.html
Charlotte Bousquet, auteure : http://charlottebousquet.blogspot.fr/2014/02/genre.html?spref=fb