Orphan Black – Graeme Manson et John Fawcett

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Série canadienne diffusée entre autre, en nos humbles contrées, sur netflix, Orphan Black est à la fois une série ordinaire et extraordinaire.

Sarah, jeune paumée récalcitrante et révoltée, revient à Toronto après dix mois d’absence. Elle vient y trouver un ex collant et dealer, un (demi-) frère artiste et gigolo gay, et surtout, sa petite fille, Kira. Mais voilà, sur le quai de la gare, Sarah assiste à un suicide. Le suicide d’une fille qui lui ressemble trait pour trait. Voleuse, Sarah se dit qu’elle pourrait profiter (un peu) de cette identité tombée du ciel pour récupérer un peu (beaucoup) d’argent. Problème, la suicidée, Beth, était dans la mouise jusqu’au cou et elle n’était pas la seule à posséder les traits de Sarah.

Alors comment Sarah, fille unique et abandonnée à la naissance, se retrouve avec au moins une demie-douzaine de sosies ? Qui est derrière tout ça ? En quoi sa fille est-elle si importante ?

Voilà la question.

Orphan Black se place dans la mouvance des séries paranoïaques policières. Quelqu’un qui n’a rien à faire là se retrouve au milieu d’un complot. Là, rien de nouveau.

Mais Orphan Black se distingue d’abord par une actrice, Tatiana Maslany, qui incarne douze personnalités différentes (certaines qui restent à l’écran une minute, d’autres qui n’apparaissent pas encore, mais quatre qui sont là à tous les épisodes) sans que jamais le spectateur n’arrive à les confondre. Y compris quand une personnalité prend la place d’une autre.

Cela fonctionne non seulement grâce au jeu de l’actrice, mais aussi par la caractérisation, quelque fois à outrance, de chaque personnalité. Physiquement d’abord : une frange, des nattes africaines, une couleur de cheveux, un maquillage différent. Mais aussi du point de vue du caractère et de la mise en scène.

Ainsi, si Sarah reste, finalement, un personnage très « commun » des histoires policières (une fille indépendante et un peu paumée, au physique relativement passe partout), tout comme Beth (une policière indépendante et un peu paumée), les trois autres que nous rencontrons sont toujours à la limite de la caricature. Cosima est le personnage geek et hipster par excellence et circule quasi exclusivement (dans la saison 1) dans son laboratoire ; Alison est une femme au foyer dont la mise en place est si extrême qu’elle en devient le ressort comique de la série ; Helena est introduite par des procédés horrifiques qu’on a déjà vu passer et repasser de Se7en à American Horror Story.

Mais du coup, est-ce que ça marche ?

Eh bien, oui.

La série fonctionnant sur cette mise en scène caricaturale de ses personnages, sans jamais s’en excuser, elle permet non seulement à son actrice principale de faire de magnifiques interprétations, mais aussi de se concentrer sur son histoire, en dépassant la prouesse technique.

Et il s’agit là de l’autre point fort de la série : l’histoire est haletante. Si certains points fonctionnent sur des ficelles un peu vieillottes (le copain de Beth qui tombe sous le charme de Sarah), d’autres offrent une « nouveauté » rafraîchissante. La quête d’identité des personnages soulève des interrogations scientifiques (Cosima), maternelles (Sarah), existentielles (dans sa vie absolument parfaite, Alison est peut-être celle qui est la plus ébranlée), qui relèguent les problèmes de cœur non pas au second plan mais à un plan « utilitaire ». Les sentiments sont des outils de manipulation et les héroïnes qui y sont confrontées n’en sortent jamais « pauvres victimes femmes » ; quand ça fait mal, elles se vengent, et bien.

J’avoue que ça fait plaisir (c’est un peu sadique envers les personnages masculins qui pâtissent un peu de l’écriture de la série)

Dernière chose, les personnages joués par Tatiana Maslany ne sont pas les seuls intéressants d’Orphan Black. Car si les mâles sont perdants dans le jeu (à part peut-être le détective black Art), les femmes et Felix, le demi-frère gay de Sarah, font également quelques éclats.

Des séries où les mâles blancs sont pâlots sont légion, mais celles où ils le sont et où la part est laissées belles aux femmes et aux « minorités » (Art et Felix) doivent se compter sur les doigts d’une main.

C’est peut-être hypocrite d’aimer ça, et bien entendu on aimerait une série où tous les personnages sans exception sont bien traités, mais voilà, ça fait plaisir quand même.

Et Orphan Black, hors toute considération féministe, c’est vachement bien.

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