Monthly Archives: November 2014

Ecrire le genre 4 : Les “Vieilles”

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vieilles

Titre légèrement provocateur s’il en est, mais après tout, il n’est pas vraiment de moi. Il y a eu pendant longtemps plus ou moins trois sortes de vieilles dans la culture populaire : la détective/retraitée pour feuilletons de « ménagère de moins de quarante ans » et « retraité.e.s » (Arabesque), la vieille folle du voisinage (Desperate Housewives) et la carriériste méchante et aigrie (façon Reine de Blanche Neige et le Diable s’habille en Prada)

La « vieillesse » n’est pas glamour du tout, et assez d’actrices ont témoigné de l’absence de rôles pour les femmes de plus de quarante ans pour qu’on s’en rende bien compte.

Les trois exemples cités, bien qu’ils puissent être plein d’humour et offrir de beaux personnages de femme (sauf celle de la voisine aigrie que je déteste personnellement mais cela reste subjectif), restent essentiellement caricaturaux.

Quand on dépasse l’âge fatidique des quarante ans, et, pire, quand on dépasse l’âge d’être mère pour devenir (ou non) grand-mère, ou, cauchemar des cauchemars, quand on n’a ni enfant ni petits enfants, quel personnage reste-t-il ?

Quasiment rien parce que nous vivons encore dans un milieu culturel où l’histoire principale de la Fâme est d’être l’objet ou le sujet d’une romance, ou de se camper à son rôle de mère. Et même si ces romances peuvent être détournées, même si ces rôles de mère ont évolué, l’éventail des femmes d’un certain âge reste plutôt limité.

Ceci dit, depuis quelques années, d’autres personnages sont arrivés, occupant des rôles non plus de papier peint, mais d’importance dans certaines séries télévisées. Et cela devrait vraiment servir de leçons au cinéma d’ailleurs.

Nous avons des femmes, de plus de quarante ans, célibataires ou sans mari connu (divorcées peut-être), sans enfant ou sans enfant connu, et sans romance (ou du moins pour lesquelles la romance n’est pas un nœud de l’intrigue)

De ce schéma inhabituel (pour une femme), ressorte des figures dépourvues de l’aigreur ou de la méchanceté des caricatures, mais qui se construisent au fil de leur passé, de leur caractère particulier, et des situations de l’intrigue.

Les rôles de Laura Roslin (Battlestar Galactica), Bedelia Du Maurier (Hannibal) ou Diane Lockhardt (The Good Wife) auraient pu être tenu par des hommes sans que cela influe les intrigues principales : Laura se serait toujours battue contre la politique militariste d’Adama tout en apprenant son rôle de Présidente de l’humanité, même si elle avait été un homme ; l’histoire sentimentale qu’elle a avec Adama par la suite se construit sur cette opposition première et sur un respect qui se développe au fur et à mesure des saisons, pas (uniquement) sur une attirance mutuelle.

Dans Hannibal, le rôle de Gillian Anderson dans Hannibal comprend encore moins de « féminisation ». Certes, le personnage de Bedelia représente une froide rigidité et fragilité que le physique d’Anderson retranscrit extrêmement bien ; et on pourrait arguer que la relation de domination et soumission, quasi sexuelle, qu’elle entretient avec Hannibal verse dans une figure assez banale d’une relation homme/femme, dominant/dominé. Mais les auteurs ayant déjà démontré à de multiples occasions que cette sexualisation est aussi présente dans la relation entre Hannibal et Will Graham (de l’aveu même de Bryan Fuller), le sexe de Bedelia devient donc complètement secondaire, d’autant que son rôle se limite à cette relation avec Hannibal, et qu’elle reste complètement neutre avec les autres personnages qu’elle est amenée à rencontrer.

Le personnage de Diane Lockhardt, dans un situation plus réaliste (pas de science-fiction ici, et pas de jeux de psychopathes), découle des personnages du genre des carriéristes. Mais en la dépouillant de tout jugement subjectif et négatif. Diane a l’air divorcé, sans enfant ou du moins les enfants ne sont plus là, a une vie sentimentale libérée et sans avoir à en rendre compte à personne, revendique ses positions féministes et un peu de gauche (pas trop quand même mais on est dans une série judiciaire américaine après tout) sans s’excuser non plus, maintient son cabinet d’une main de fer et ne se laissera marcher sur les pieds par personne. Tout en n’étant jamais antipathique. Parce que les auteurs là aussi revendique le naturel total de sa position : elle ne trahit pas la Femme en étant carriériste et en occupant un « rôle d’homme », bien au contraire : elle l’élève.

L’âge de ces trois personnages (et de quelques autres) joue aussi, je pense, dans la façon dont on peut les voir et les construire. Nous sommes obligé de passer outre la jeunesse, les têtes brûlées (figures adorées des héroïnes actuelles), la figure de « la jeune fille sortie de son Université » ou de « la jeune femme qui va tout obtenir, tout de suite ». Ces femmes ont du vécu, et on ne peut pas les créer sans penser méticuleusement à leur passé, à ce qu’elles ont pu vivre avant, pour en arriver là, même si au bout du compte les histoires dans lesquelles elles apparaissent ne nous apprennent pas forcément grand chose de ce point de vue là.

En conclusion, vive les Vieilles !

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Review internet : la Diversité en littérature

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C’est un chouette blog d’auteure dont je vous parle aujourd’hui, tenue par une chouette personne, Cindy Van Wilder, qui a donné naissance à la chouette trilogie Outrepasseurs.
Cindy est une (très) grande lectrice de young adult, et c’est grâce à elle que j’ai découvert, entre autre, le roman “Menteuse” dont je vous parlerai dans quelques temps.
Et ce soir elle a publié un article sur la Diversité en littérature, de son expérience d’auteure, de lectrice, et d’ex-jeune fille qui “ne rentrait pas dans les cases”. Une réflexion à lire et à relire, et c’est ici.

Girl Rising – Richard E. Robbins

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GirlRising

Disponible sur la plateforme netflix, en vostfr, Girl Rising est un docu-fiction racontant la vie de neuf petites filles issues de pays dits en voie de développement. Chacune de ces featurettes est contées par un people et entre chaque séquence la voix de Liam Neeson égraine chiffres, pourcentages et messages féministes.
Cela pourrait être insupportable. L’esthétique est plutôt léchée et cela ressemble à un long spot publicitaire humanitaire, de ceux qui vous gonflent le coeur et vous font pleurer les yeux.
Mais… Mais les séquences se fondent sur des témoignages qui visent juste et sont une excellente introduction au combat des filles dans le monde. Il y a une vision “misérabiliste” qui, malheureusement, n’est pas vraiment contredite par la réalité, mais elle est aussi contrebalancée par des fulgurances poétiques et/ou politiques.
A ce sujet, c’est sans doute la séquence de Senna (nommée par son père en hommage à Xena), qui prend place au Pérou, qui me paraît être la plus bouleversante. Fille de chercheurs d’or (je vais vous ressortir un chiffre “sympa” : 28% des violations des droits de l’homme au travail dans le monde se font dans le monde de l’extraction), Senna découvre la poésie, elle deviendra ingénieur des mots, et c’est magnifique.
Du coup, d’Inde en Sierra Leone, d’Afghanistan au Cambodge, le message passe.
Plus accessible qu’un documentaire pur, Girl Rising est le pur produit (cela dit sans critique ni ironie) d’un mouvement féministe mondialiste. On peut y voir une récupération occidentale et c’est là que ça me dérange un peu, mais on ne peut reprocher au projet de mettre en lumière un sujet auquel peu, très peu de médias s’intéressent.

Lien vers le site officiel : Girl Rising.
Lien vers la bande annonce : Girl Rising – Youtube
Lien vers l’association du Plan.