Downton Abbey – Julian Fellowes

Standard

downton_abbey

Downton Abbey n’est pas vraiment ce que l’on pourrait appeler une série révolutionnaire, du moins pas sur la papier : une série dramatique prenant place dans un château anglais, pendant les années 10, et contant les mésaventures de ses habitants, famille aristocratique et petit personnel. Décors et costumes d’époque, intrigues sentimentales et humour british, il n’y avait pas de quoi fouetter un chat.

Le pitch pouvait mettre en avant, de fait, la chute d’un monde (celui de l’aristocratie) face au monde moderne.

Il se trouve qu’une autre lecture peut être faite de la série, et comme nous sommes sur un blog féministe et « de genre », inutile de vous dire quel point de vue nous allons prendre pour disséquer, à la mesure de mes moyens, Downton Abbey.

En effet il se trouve que deux des personnages principaux masculins de la série, Lord Grantham et son majordome en chef, Carston, sont littéralement perdus, et ne cessent au cours des saisons de se raccrocher à des symboles passéistes qui semblent de plus en plus s’effacer face à l’évolution des mœurs. Les autres personnages masculins, hors du socialiste Tom, restent politiquement en retrait, ou du moins restent dans leurs domaines de pouvoirs (au niveau des domestiques avec Thomas entre autre, et au niveau des aristocrates qui, quoiqu’il se passe dans le monde, sont toujours à la recherche de l’argent)

Du coup, les personnages qui évoluent le plus, et font évoluer la société autour d’eux, sont les femmes. Et ce à tous les niveaux.

Je note que je vais laisser de côté quelques personnages féminins, notamment Lady Grantham et Mary Grantham, qui, quoiqu’elles soient parmi les personnages principaux, ne m’inspirent vraiment, mais vraiment pas (quoique Mary pourrait faire l’objet d’une belle analyse sur l’aspect œdipien de son caractère, complètement soumis et dévoué à son père)

Portraits :

hugues

Madame Hugues, ou le pragmatisme.

Madame Hugues est la gouvernante de Downton Abbey. Son premier aspect est celui d’une personne sévère, droite dans ses bottes et qui suis la règle de la façon la plus stricte qui soit. Mais au fur et à mesure que la série avance, on se rend compte qu’elle fait preuve de beaucoup de pragmatisme et de défense inflexible des personnes qu’elle protège. A deux occasions notamment, elle protège la réputation de sa maison tout en cherchant la meilleure solution pour « ses filles ». Son féminisme est un féminisme de classe : elles vivent dans le même monde et il faut se serrer les coudes (en restant dans les clous)

isobel

Isobel Crawley, ou la générosité.

Isobel, arrivée à Downton Abbey lorsqu’il s’est avéré que son fils en était l’unique héritier direct, s’est frottée à la vie réelle grâce à son mari et son fils, respectivement médecin et avocat. Sa générosité envers les classes populaires est une variation de l’office de charité ; Mais là où les Lady de Downton s’en tienne à des événements plutôt mondains, Isobel met la main à la patte. Et après la guerre, elle cherche (avec peu de succès) à venir en aide aux veuves tombées dans la prostitution. Elle reste assez éloignée de la vie réelle, mais cet apparent déni des différences lui permet de voir tout le monde sur le même plan. Pour Isobel, tout le monde doit avoir les mêmes chances dans la vie, surtout dans les situations dramatiques. Son féminisme est, de fait, humaniste (elle défend tout le monde, hommes et femmes)

sybil

Sybil Crawley, ou l’idéalisme.

Sybil est sans doute le personnage auquel une jeune spectatrice pourra le plus facilement se reconnaître. Non seulement pour son modernisme, mais aussi pour son engagement politique, qui part d’un intérêt curieux et généreux (à l’image d’Isobel) pour arriver à une action beaucoup plus politique. Comme quelqu’un qui irait voter à 18 ans pour s’engager dans un parti politique deux ans plus tard. Sybil s’intéresse à un domaine qui n’est pas censé intéresser les femmes (comme le lui rappelle sa sœur aînée, Mary), la politique et les actualités. Elle est la première à rompre la limite entre les aristocrates et le peuple, et elle le fait avant de tomber amoureuse de Tom. Ce qui en fat plus qu’une simple romantique. Son engagement est réel même s’il reste très idéaliste. Son féminisme est engagé et entêté.

edith

Edith Crawley, ou l’erreur continuelle.

Edith est-elle féministe ? Edith occupe une place bâtarde dans la famille de Downton Abbey. Elle est la cadette, entre Mary, qui doit hériter et se marier à tout prix (et en hérite une condescendance qui lui est pardonnée), et Sybil, qui est la dernière donc la moins soumise aux dictats familiaux. De plus Edith n’a pas la répartie de ses sœurs ou de sa grand-mère. Au début de la série, elle imite Mary, sans jamais y réussir, et en se faisant systématiquement rabrouée. Mais elle apprend. Edith n’est pas une personnalité de premier plan, mais elle est une personnalité fluide, qui s’adapte et encaisse les coups. De tous les personnages de la série, elle est celle qui fait sans doute preuve du plus de résilience. Et si elle rate chaque étape de sa vie, elle symbolise tout ce que les femmes de sa condition pouvaient souffrir (puisque Mary, elle, réussit quasi/ment tout) : pas de mariage, grossesse non désirée, parole silenciée et moquée. Chaque acte d’Edith est jugé, mesuré et critiqué. J’espère, sincèrement, qu’elle arrivera à prendre son destin en main d’ici la fin de la série, parce que je pense qu’il s’agit d’un des personnages les plus intéressants de Downton Abbey. Et son féminisme est… subi.

Downton Abbey Series 3

Daisy Robinson, ou l’indépendance.

Je pensais finir ces portraits sur Violet, la douairière, ou sur Rose, la révoltée, mais je pense qu’il est intéressant de se penchée sur Daisy. Fille de cuisine, timide et maladroite au début de la série, Daisy ne s’intéresse pas à la politique. Elle ne s’intéresse pas au mariage, ce n’est pas un but en soi pour elle. Elle ne fait que son travail, et pensait ne faire que ça jusqu’à la fin de sa vie. Puis elle hérite d’une ferme par un veuvage incongru. Elle lève la tête face à Madame Patmore et exige plus de responsabilités. Elle accueille avec joie la modernité en cuisine. Elle fait des étincelles en cuisine et commence à reprendre ses études. Daisy est une jeune fille qui est partie de rien et se retrouve avec une route constamment élargie devant elle, une route devant laquelle elle va pouvoir faire des choix. Je pense qu’elle symbolise le mieux l’évolution sociale en branle dans Downton Abbey. Elle ne cherche pas à s’échapper de sa condition et n’a aucun moyen de pouvoir pour agir sur les autres. Mais elle apprend aussi que des choix sont possibles, et que si elle veut changer un jour de statut, cela ne passera pas par un homme, mais par elle-même. Son féminisme ne dit pas son nom mais il est sans doute le plus fort.

Advertisements

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s