Monthly Archives: July 2015

Sense8 – Wachowskis et Straczynski

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Il paraît très artificiel de parler de Sense8 en parlant de chiffres, mais des fois les chiffres font plaisir.

Sense8 tourne autour de 8 personnages qui partagent leurs émotions de façon fusionnelle, de telle manière que, de temps en temps, ils peuvent interagir dans la réalité de l’autre, bien que vivant chacun dans des pays différents, au quatre coins de la Terre. Bien entendu ils sont poursuivis par une entité mystérieuse qui ne leur veut pas que du bien.

Sur ce scénario qui n’étonnera pas les amateurs de science-fiction télévisées (X-Files, Lost, Heroes, etc), les Wachowski et le co-scénariste Straczynski ajoutent leur vision de l’universalité.

D’abord en filmant dans les lieux mêmes de l’action, ce qui est, il faut bien dire, extrêmement rares. Nairobi n’est as un décor désertique situé au Mexique ou au Maghreb, Séoul n’est pas le métro new-yorkais déguisé et grimé (comme c’était le cas pour le Tokyo de Heroes), Bombay n’est pas la reconstruction de temples de carton pâte. L’Islande est vide et Mexico est littéralement plein. Cela se ressent au visionnage (surtout quand on se rend compte qu’un des héros subit une averse de pluie sur une terrasse de Berlin et qu’on se rend compte qu’on a vécu la même chose, au même endroit, il y a quelques années…)

Voilà le premier point.

Le second est d’avoir engagé des acteurs pour la plupart de la nationalité de leur personnage, ce qui fait que, malgré le fait que la série soit entièrement anglophone, à quelques scènes près, ils gardent le débit, l’action, la musique de leurs propres langues : indienne, allemand, coréen et espagnol. Et malgré sa nationalité anglaise, Aml Ameen garde le léger accent d’Afrique noire.

Second point.

C’est avec le troisième que nous allons nous plonger dans les chiffres. Sur 8 personnages, nous avons :

  • Seulement 2 Américains (quelque part ça fait plaisir)

  • Seulement 4 Blancs

  • 4 hommes et 4 femmes

  • 1 femme transgenre

  • 2 personnages homosexuels revendiqués (Nomi et Lito)

  • 2 personnages que l’on peut considérer comme étant LGBT : Will bisexuel, ou du moins assez « fluide » pour jouir en pleine salle de sport d’un baiser très masculin ; Sun, que je vois comme étant asexuelle, mais c’est peut-être une élucubration de téléspectatrice

  • Ah oui, pour en arriver à cette « élucubration », il faut savoir que 2 personnages n’ont aucune romance dans leur vie, et que pour 1 autre, sa vie de couple ne fait pas partie de l’histoire en elle-même.

Ajoutons que la transexualité de Nomi n’a aucune incidence sur l’histoire centrale, et que la caractéristique qui la fait le plus interagir avec ses compagnons est son activité de hackeuse.

Comme on le voit, « les chiffres parlent » : Sense8 est une série universaliste ET inclusive.

Rappelons-nous la dernière fois que c’est arrivé…

(Si vous avez des titres, je suis preneuse)

Ensuite, enfin, petit bonus, des caractéristique habituellement dévolues aux hommes (l’art du combat, l’esprit scientifique et le piratage) sont confiées à des femmes (respectivement Sun, Kala et Nomi)

Après, quand est-il de la qualité de l’histoire ?

C’est sans doute là que le bas blesse. Si j’ai été happée par Sense8, je comprends que beaucoup de personnes aient pu lâcher.

En effet les scénaristes ne souhaitent pas plonger directement leurs personnages dans l’action. Et à la fin de la saison 1, seuls 3 sont directement concernés par la mystérieuse organisation qui veut les tuer : Will, le flic, Nomi, la hackeuse, et Ryley, la musicienne (que je trouve être le personnage le plus faible de l’histoire, parce qu’elle se laisse porter par les faits sans vraiment agir, à mon sens)

Les autres sont là pour aider mais vivent aussi leur vie à côté, même si on sent que quelques rouages se mettent en marche. Nous assistons par exemple aux affres de la célébrité de l’acteur Lito, obligé de cacher son homosexualité, et ça peut paraître long.

Cependant je me suis laissée complètement emportée par ces histoires « parallèles », avec la curiosité sans cesse renouvelée de voir quand, quand ces personnages encore à la marge vont plonger dans l’action principale.

Vivement la deuxième saison !

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14 Juillet 2015 – Rappel

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Femme, réveille-toi; le tocsin de la raison se fait entendre dans tout l’univers; reconnais tes droits. Le puissant empire de la nature n’est plus environné de préjugés, de fanatisme, de superstition et de mensonges. Le flambeau de la vérité a dissipé tous les nuages de la sottise et de l’usurpation. L’homme esclave a multiplié ses forces, a eu besoin de recourir aux tiennes pour briser ses fers. Devenu libre, il est devenu injuste envers sa compagne. Ô femmes! Femmes, quand cesserez-vous d’être aveugles ? Quels sont les avantages que vous recueillis dans la révolution ? Un mépris plus marqué, un dédain plus signalé. Dans les siècles de corruption vous n’avez régné que sur la faiblesse des hommes. Votre empire est détruit; que vous reste t-il donc ? La conviction des injustices de l’homme. La réclamation de votre patrimoine, fondée sur les sages décrets de la nature; qu’auriez-vous à redouter pour une si belle entreprise ? Le bon mot du Législateur des noces de Cana ? Craignez-vous que nos Législateurs français, correcteurs de cette morale, longtemps accrochée aux branches de la politique, mais qui n’est plus de saison, ne vous répètent : femmes, qu’y a-t-il de commun entre vous et nous ? Tout, auriez vous à répondre. S’ils s’obstinent, dans leur faiblesse, à mettre cette inconséquence en contradiction avec leurs principes; opposez courageusement la force de la raison aux vaines prétentions de supériorité; réunissez-vous sous les étendards de la philosophie; déployez toute l’énergie de votre caractère, et vous verrez bientôt ces orgueilleux, non serviles adorateurs rampants à vos pieds, mais fiers de partager avec vous les trésors de l’Etre Suprême. Quelles que soient les barrières que l’on vous oppose, il est en votre pouvoir de les affranchir; vous n’avez qu’à le vouloir. Passons maintenant à l’effroyable tableau de ce que vous avez été dans la société; et puisqu’il est question, en ce moment, d’une éducation nationale, voyons si nos sages Législateurs penseront sainement sur l’éducation des femmes.

Postambule de la Déclaration des Droits de la Femme. Olympe de Gouges. 1791.

Mon nom est colère

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Reverse-Discrimination

Comme vous le savez si vous me suivez depuis quelques temps, ce blog cherche à se focaliser sur les démarches positives concernant le féminisme et les combats LGBT+ (entre autres)

C’est pourquoi, hors des critiques de films, livres et Bds, je ne cherche pas à « gueuler haut et fort »

Je ne vais pas faire d’exception aujourd’hui. Et pourtant la colère est toujours là, bien présente, construite sur des années de galère et de harcèlement.

Nous parlons souvent du harcèlement social : celui des publicités et des médias, celui des carcans sociaux, celui des paroles politiques.

Nous parlons moins, peut-être (sans doute), par honte quand nous l’avons vécu, du harcèlement dit scolaire, dus aux profs, mais surtout du aux camarades de classes, à ceux avec lesquels on a pu partager plus de douze ans de vie, et qui vous laisse un goût amer dans la bouche.

Toujours trop et jamais assez, viril, mince, populaire, beau, riche, séduisant, et ainsi de suite.

Ces piques des cours de récréation et des heures de cantine m’ont fait personnellement adoré les cours : les seuls moments de la journée où on me foutait la paix. J’en suis devenue intello. Æ rajouter sur tout le reste.

Je ne me plains pas : ma résilience a sauvé les premières trente années de ma vie. La colère et l’entêtement sont en train de sauver le reste.

Il y a de multiples façon de se reconstruire après la honte, il y a mille manières de créer (ou pas d’ailleurs) Mais dans toutes les personnes que j’ai pu rencontrer, dans le monde littéraire comme dans le monde associatif, ce que je note comme point commun, c’est cette volonté inébranlable de mettre l’Autre dans la lumière. Pas forcément soi-même, parce que la honte reste bien ancrée des fois. Mais les Autres, tous les autres.

Les pas assez blancs, les trop folles, les maladroits (mais pas dans le sens Mary Suesque du terme), les pas finis, les isolés malgré eux, les isolés par choix, les tout seuls et ceux qui se sentent trop seuls.

Bref tous ceux qui n’apparaissent dans les fictions que comme ressort comique ou comme sujet de drame (on aide la personne handicapée, la personne handicapée n’est jamais héros ; on résout le crime de la prostituée trans*, mais la prostituée (ou non) trans* n’est jamais héroïne de sa propre vie)

Pendant longtemps, en fiction, nous n’avons été que des outils de narration.

Il est temps de retourner l’échiquier et de faire valser toutes les pièces.

Ce qui est étrange aujourd’hui, c’est que j’ai voulu exprimer ma colère froide dans un blog (oui encore un) et que dans le même temps ma très chère Cindy Van Wilder exprimait avec force et magistrale démonstration tout ce que je viens d’écrire ici.

La colère est ici : http://parolesdemacho.tumblr.com/

Le discours indispensable est là : https://cindyvanwilder.wordpress.com/2015/07/13/you-look-disgusting-vive-la-diversite/