Monthly Archives: September 2015

Aristote et Dante découvrent les secrets de l’univers – Benjamin Alire Saenz

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9782266253550

Titre : Aristote et Dante découvrent les Secrets du l’Univers
Auteur : Benjamin Alire Saenz.
Année : 2015 (2012 édition originale)
Éditeur : Pocket Jeunesse / PKJ.
Genre : Chronique adolescente.

Nombre de pages : 361.

Public : A partir de 14 ans

Quatrième de couverture :

Ari, quinze ans, est un adolescent en colère, silencieux, dont le frère est en prison. Dante, lui, est un garçon expansif, drôle, sûr de lui. Ils n’ont a priori rien en commun. Pourtant ils nouent une profonde amitié, une de ces relations qui changent la vie à jamais… C’est donc l’un avec l’autre, et l’un pour l’autre, que les deux garçons vont partir en quête de leur identité et découvrir les secrets de l’univers.

Avis :

Je n’aime pas particulièrement les titres à tiroir,et j’aurai volontiers laissé le livre sur sa table de présentation si la libraire ne me l’avait pas mis d’office entre les mains. Entrée un soir dans le monde et la tête de Ari, entre ses 15 et ses 18 ans, j’en suis ressortie 24 h plus tard, des larmes plein les yeux et l’impression de m’être prise une tranche de vie en pleine tête.

Ari est un benjamin, dernier né, tardivement, d’une famille latinos qui a déjà vécu la violence. Celle d’un frère aîné, fantôme invisible que Ari sait avoir aimé un jour, mais dont l’absence (il est en prison, personne ne parle de lui) le ronge jusqu’à l’obsession. Des parents trop aimants mais réservés, une famille pleine de silence et de secrets, où Ari cherche sa place entre “bon garçon” et “et si j’étais un voyou ?”.

Arrive Dante, son sourire, son statut de fils unique, ses parents aussi latinos mais moins, eux aussi ouverts sur le monde comme leur fils.

Le coup de foudre ? Dans la vie vidée, insensée (sans sens pour lui) de Ari, c’est impossible. Il n’existe pas lui-même, alors les sentiments non plus. Et toute cette colère rentrée de « gentil garçon », cette honte qu’il ne comprend pas, vont le faire souffrir, insidieusement, jusqu’à menacer sa relation avec Dante.

En lecture, on a presque l’habitude des Dante, ces gamins qui se cherchent et se perdent un peu, leur optimisme se prenant la vie réelle avec violence. On a moins l’habitude des Aristote, des silencieux, de ceux qui ne comprennent pas et vivent avec un peur si énorme qu’ils en disparaissent quand il ne la retourne pas contre ceux qui tentent de les approcher.

Aristote et Dante découvrent les Secrets de l’Univers est un livre magistral.

La fin est bouleversante, même si elle peut paraître téléphonée à certains lecteurs.

Et puis, encore une fois l’auteur comprend, qu’avant de tomber amoureux, avant d’assumer l’amour d’un autre, il est des fois nécessaire de se réparer un peu tout seul.

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Hannibal – Bryan Fuller

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panneaumec

Attention l’article contient de très légers spoilers.

Hannibal, la série créée autour du personnage de Thomas Harris, a débarqué dans nos petites lucarnes il y a trois ans maintenant. La série s’est achevée, faute d’argent et de producteurs intelligents, il y a deux semaines, après une dernière saison des plus échevelées.

Mais Hannibal la série a-t-elle sa place sur un blog comme celui-ci ?

Au départ, non, ou plutôt, pas forcément : Hannibal reprend les bases du thriller psychologique, très in, hyper esthétisé, un peu élitiste. C’est très beau (c’est même visuellement magnifique) mais cela n’a rien de politique.

Et puis, peu à peu, au fil des saisons et au fil des interviews de Bryan Fuller, on se rend compte que Hannibal opère une petite révolution dans le monde étendu mais finalement peu varié du thriller et de la série de « serial killer ».

Le plus évident peut-être, c’est le nombre de rôles féminins dans un genre souvent assez macho et très masculin. Elles ont chacune leur importance dans la dramaturgie et suivent leur propre histoire sans être systématiquement attachées au héros (William Graham). Alana en est le plus bel exemple puisqu’elle refuse de devenir l’intérêt romantique de Will pour se préserver des (débuts) de délires psychotiques de Graham : une décision adulte qu’on ne voit encore que trop rarement. Les autres personnages féminins sont indépendants, savent réfléchir par elles-mêmes, se trompent, souffrent et combattent de la même façon que leurs comparses masculins.

De plus les femmes ne sont pas glamourisées de façon habituelle. Leur beauté reste très froide et détachée, et même les (très rares) scènes sexuelles sont plus des démonstrations symboliques que des spectacles destinés à l’oeil masculin. Hors de ces scènes, la nudité démontre plus une position de domination/provocation qu’un simple étalage destiné, encore, au spectateur masculin (c’est particulièrement frappant dans la première apparition de Freddie, la journaliste, mais également dans les scènes très tendues entre Bedelia et Hannibal).

Il n’y a pas de viol. Pour une série sur les serial killer, autant dire que c’est une exception. Le seul cas d’agression sexuelle est implicite, non montré, et le coupable est puni directement par sa victime et pas par un « homme sauveur ». Bryan Fuller a affirmé à plusieurs reprises que cette absence de viol était complètement voulu, qu’il souhaitait prouver qu’il était tout à fait possible de faire peur, et notamment faire peur à des personnages féminins, et les tuer et faire souffrir, sans avoir besoin de ce genre d’ « outil dramatique ».

Je l’avais déjà souligné en parlant de Bedelia dans un précédent article, mais l’attraction sexuelle que Hannibal opère sur certains personnages ne constitue pas non plus une différence de traitement entre homme et femme puisqu’il séduit de la même façon Bedelia, Alana et Will. Et que, si on ôte l’aspect sexuel/sensuel, absolument tous les personnages sont séduits par lui, à deux exceptions notables, le duo des Freddie (Freddie Lounds et Frederick Chilton)

Si on revient à l’aspect homosexuel de la série ; là où Harris avait été critiqué pour son traitement de la transexualité dans Le Silence des Agneaux, ici on peut dire que Bryan Fuller a passé les obstacles avec succès. La relation entre Hannibal et Will n’est jamais critiquée en tant que relation homosexuelle, mais comme relation dominant/dominé dangereuse. Et encore, tout le monde en profite bien.

Quant à la bisexualité d’Alana et sa relation avec Margot Verger, elle est normalisée au possible, sans critique, sans soulèvement de sourcil, traitée avec la même distance et froideur que tout le reste.

Il est compliqué de parler des aspects politiques et engagés d’Hannibal parce que tout est filmé de la même façon, sans prise de position, la série ne prenant réellement de la chair qu’à la fin de la saison 3. Le parallèle entre l’attirance entre Will et Hannibal et le corps montré et torturé du Dragon Rouge paraît presque un peu « trop » au regard de l’aspect glacé du reste de la série.

En fait, en filmant son histoire d’abord pour la raconter et sans revendication spécifique, Bryan Fuller opère une révolution qui n’a l’air de rien. Et qui n’en est pas moins des plus efficaces.

Et puis c’est très beau quand même.

panneaufille