Category Archives: cinéma

Pelo Malo – Mariana Rondón

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Film vénézuélien.

2013.

Pitch :

Agé de 9 ans, Junior vit à Caracas avec sa mère Marta et son frère de 2 ans. Junior n’est pas un petit garçon comme les autres : c’est ce que pense sa mère, qui n’apprécie par la façon de danser de son fils, bien trop efféminé à son goût. Malgré l’amour sincère que lui porte sa mère, Junior fuit ses soupçons auprès de Carmen, son exubérante grand-mère, qui l’accepte tel qu’il est. Ensemble, ils dansent, s’amusent. Carmen aide même son petit-fils à se lisser les cheveux : le petit garçon ne supporte plus ses cheveux frisés qui lui rappellent ceux de son père…

Mon avis :

Film découvert lors du cinéclub des Droits humains de l’Odyssée, à Strasbourg, au moment de la semaine des visibilités. Le film a été suivi d’un passionnant débat avec une militante des droits des personnes trans*.

Ici il n’est pourtant pas question de transidentité à proprement parlé, mais de destruction totale des genres. Non, pas d’inquiétude, le monde ne s’effondre pas à la fin, mais bien les illusions d’un petit garçon pas assez masculin aux yeux de sa mère.

Loin de tout manichéisme, la réalisatrice use de plans subtiles pour mettre en scène cet affrontement entre une mère et son fils. Comme le fait que toutes les femmes restent à l’intérieur de leurs appartements, risquant les sifflements (et le viol) en sortant, alors que l’extérieur est uniquement habité par des hommes. Comme ces regards pesants de Junior sur le jeune homme qui lui vend des allumettes : regard envieux ou regard amoureux ? On ne le saura jamais.

Il ne fait pas bon être une femme au Venezuela, et la mère de Junior l’a bien compris. L’homophobie dont pourrait être victime son fils est terrible parce qu’être une femme est terrible et dangereux. Elle qui se masculinise, par sa violence, sa froideur, son métier même (vigile), ses relations plus physiques qu’amoureuses, ne veut pas que son fils souffre de cela. Et sa peur s’accroche à l’envie de ce petit garçon de, simplement, se lisser les cheveux.

Et alors que sa copine se vernit les ongles (mais pas trop pour pas « faire pute »), se dandine dans sa serviette sirène et s’illumine dans une robe de miss, Junior se retrouve obligé à obéir, à neuf ans, à des injonctions hyper machistes qui le détruisent.

Et même si le Venezuela peut paraître bien loin de nous, il est inutile de se voiler la face : ce genre de chose se passe aussi chez nous.

Quelques liens pour approfondir le sujet :

http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2015/06/06/feminicides-pourquoi-les-argentins-manifestent_4648644_3222.html

http://www.cestcommeca.net/definition-hp-transphobie.php

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Mad Max : Fury Road – George Miller

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Comment aborder la séquelle d’une série culte, adorée (par moi du moins) mais peu connue ou reconnue pour son caractère potentiellement féministe ? Si les femmes étaient le dernier rempart de la civilisation dans Mad Max, premier du nom (et comme elles disparaissent, la civilisation s’effondre), elles étaient particulièrement absentes du second épisode, ou comme vague intérêt sexuelo-romantique. Le troisième épisode, vous me pardonnerez de n’en avoir absolument aucun souvenir.

Bref, c’est partagée entre mes positionnements politiques et mes adorations de geek que je suis allée au cinéma, certes réchauffée par les avis enthousiastes de quelques amies.

Le choc.

Les cinq premières minutes m’ont laissée profondément perplexes, je l’avoue.

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Mais dès que le film prend de la vitesse (au sens propre comme au sens figuré), c’est partie pour un démontage en règle et sans nuance de l’univers machiste et abrutissant de sociétés vouées au processus de domination.

Max se retrouve prisonnier d’un clan mené par un dictateur fou qui garde le monopole de l’eau. La division est simple : le peuple, les enfants soldats (War Child) abrutis par des discours politiques simplistes, la promesse du paradis et les drogues, les femmes-harems (outres à lait, l’or blanc de la tribu, ou ventres à procréer des garçons) et les hommes (enfin les hommes, les hommes dominants)

Dans cette société, une incongruité : Furiosa, conductrice de camion citerne, à mi-chemin entre les war child (dont elle porte le stigmate noir sur les yeux) et les femmes. Est-elle stérile ? A-t-elle obtenu ce poste pour ne pas avoir à finir comme ses autres congénères ? On ne le saura jamais.

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Mais Furiosa se sent coupable et va aider les femmes-harems à fuir leur prison, à la recherche d’une hypothétique Terre Verte, société matriarcale pleine de promesses.

Si Max se retrouve embrigadé dans cette course-poursuite, ce n’est pas lui le héros (comme il ne l’étais pas dans le second épisode de la saga d’ailleurs) Mais il reconnait en Furiosa un miroir. Mais alors que lui a « raté » sa rédemption (comme le rappelle de nombreux flashes à la limite de la folie), Furiosa a encore le temps de réussir.

Furiosa est donc l’héroïne de ce film.

Les femmes qu’elle trimbale dans son camion apparaissent comme des déesses-nymphes des temps moderne : chacune son style (différenciée par leurs peaux et leurs cheveux, comme le plus basique de jeux de drague pour mec), habillées de peu, des tailles de mannequins. Oui, si elles ont été choisi pour chair à sperme, c’est parce qu’elles sont belles. Mais, comme elles le répètent encore et encore, elle ne sont pas « des choses ». Elles ne seront jamais réduite à ça, à des fantasmes pour hétéro. Plus le film avance, plus elles prennent en chair. Plus même arrivent-elles à reconquérir la personnalité et la force de caractère dont les hommes les avaient dépourvues.

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Face à elles, des hordes d’enfants soldats « éduqués » à vouloir la mort, enfants bombes dont Miller ne s’excusera jamais d’en faire des retranscriptions appuyées des enfants de nos temps.

Et de l’autre côté du désert, les Amazones. Des vieilles, de celles qui ne sont jamais, jamais à l’écran, et encore moins à se battre, sur des motos surpuissantes, seules et encore détentrices d’un savoir et d’une histoire universelle dont elles sont les seules à encore connaître l’importance.

Douze femmes.

DOUZE !

Pour un blockbuster.

Un film d’anticipation hyper-violent où la violence n’est pourtant jamais sexualisée.

Où elles ne sont jamais objets de faiblesse, prétexte à faire briller l’homme sauveur.

Brf, Mad Max : Fury Road, est un putain de film féministe, et je vous pousse tou.te.s à aller le voir !

Global Gay : pour que s’aimer ne soit plus un crime

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GLOBAL GAYA Cuba, les droits LGBTI font aujourd’hui partie du combat révolutionnaire

 

Jean-Claude Roger Mbede est mort le 10 janvier 2014 à l’âge de 35 ans. Condamné à trois ans de détention pour homosexualité sur la base d’un simple texto, ce jeune Camerounais était obligé de se cacher dans la brousse pour échapper à la prison. Dans sept pays, la loi prévoit la peine de mort pour les homosexuels. Dans 76 autres, dont le Cameroun, les minorités concernées risquent l’enfermement. Depuis 10 ans, un mouvement milite à l’échelle mondiale pour obtenir la dépénalisation universelle de l’homosexualité, soutenu par les plus hautes instances de l’ONU. Mais il semble que le combat soit encore loin d’être gagné. Tour d’horizon des traitements réservés aux minorités sexuelles à travers le monde.

 

Documentaire de Rémy Lainé / Scénaristes : Rémy Lainé et Frédéric Martel.
Durée : 77min.
Production : Ligne de Mire, avec la participation de France Télévisions, d’après l’ouvrage de Frédéric Martel Global Gay (éditions Flammarion)
Année : 2014

La question des droits LGBTI n’est pas, comme certains trolls pourraient le faire croire, une question réservée aux bobos occidentaux. Elle se décline dans tous les pays du monde, ceux qui souffrent des lois homophobes colonialistes, ceux qui acceptent l’existence d’un 3ème sexe, tous ceux qui veulent ou qui devront, contraints et forcés, appliquer le principe d’égalité sans concession des hommes entre eux, quels et quelles qu’illes soient.

Ce documentaire peut paraître un peu court, et très synthétique, pour quelqu’un qui s’intéresse déjà à l’aspect international des droits LGBTI. Il me semble être une excellente introduction à tous ceux qui voudraient savoir non seulement comment cela se passe “là-bas” (hors du monde occidental) et pourquoi le combat pour l’égalité est, littéralement, une question de vie ou de mort.

 

GLOBAL GAY
Deux jeunes Iraniens condamnées à la pendaison pour soupçon d’homosexualité

 

Plus d’information sur le site de France 5.

 

Tomboy – Céline Sciamma (f)

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Tomboy-affiche

 

Titre : Tomboy.
Réalisatrice : Céline Sciamma.
Année : 2011.
Fiche technique complète wikipedia.

Pitch :

Laure, une gamine de dix ans, « garçon manqué » (tomboy en anglais), s’installe à Paris avec ses parents et sa sœur Jeanne au cours des vacances d’été, mais elle se sent exclue. Un jour elle rencontre Lisa qui la prend pour un garçon, trompée par ses cheveux courts, sa façon de s’habiller et ses allures garçonnières. Laure la laisse croire et dit qu’elle s’appelle Mickaël. Lisa introduit alors ce « Mickaël » auprès des enfants de son groupe d’immeuble et « il » fait rapidement partie de la bande.

Avis :

Sur un sujet casse-gueule, la réalisatrice crée une histoire merveilleuse, un peu irréelle comme le sont les étés où l’on s’ennuie. Il n’y a ici pas de questions à poser, ou plutôt aucune réponse à donner : Laure est-elle “juste” un garçon manqué ? Mais qu’est-ce un garçon manqué au juste, dans une société aussi étriquée sur les genres que la nôtre ? Est-elle lesbienne ? Mais doit-on ressembler à un garçon et “faire” le garçon pour en être ? Est-elle transexuelle ? Qu’est-elle ? On ne le saura pas. Qui est-elle ? Voici une question plus intéressante. Une identité se cherche mais, au final, ne se définit pas vraiment. Le plus important, ici, ce n’est pas de mettre une case autour de Laure/Mickaël, mais de l’accepter telle quelle est, tel qu’il est : une interrogation assez naturelle, par laquelle beaucoup de personnes qui ne correspondent pas aux “cases” ont pu passé.
Le premier choc du film est du côté du spectateur, qui, s’il n’est pas au courant du pitch du film, va automatiquement juger Laure en tant que garçon : parce qu’elle est proche de son père, parce qu’il lui apprend à conduire, parce qu’elle a les cheveux courts et porte un bermuda. Parce qu’elle paraît obéir au “genre” garçon. Et cette réalisation, qui s’opère dans les toutes premières secondes du film, tend à nous interroger sur nos propres perceptions, et nos propres a priori.
Une grande réussite.