Category Archives: Féminisme

Am I normal yet? – Holly Bourne

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Titre : Am I normal yet?
Auteur : Holly Bourne.
Année : 2015.
Éditeur : Usborne Publishing Ltdl.
Genre : Chronique adolescente.
Note: non traduit en français pour l’instant.

Nombre de pages : NR.

Public : A partir de 14 ans

Quatrième de couverture :

All Evie wants is to be normal. And now that she’s almost off her meds and at a new college where no one knows her as the-girl-who-went-nuts, there’s only one thing left to tick off her list… But relationships can mess with anyone’s head – something Evie’s new friends Amber and Lottie know only too well. The trouble is, if Evie won’t tell them her secrets, how can they stop her making a huge mistake?

Avis :

Le choc.
Quand on commence à lire une chronique ado, ou même un livre “destiné aux filles” (eurk), il y a toujours des tropes, des constantes auxquelles on s’attend et qu’on sait d’avance qu’on va détester :
– avoir un petit réflexe bizarre (se ronger les ongles, se mordre la lèvre, manger 2l de glace tous les soirs), c’est mignon (ça ne l’est pas)
– vouloir sauver son copain trop mignon parce qu’on est la seule à le comprendre, c’est romantique (ça ne l’est pas)
– être aimée, c’est la solution à tout (ça ne l’est pas)
– partager ses souffrances avec quelqu’un qui vit les mêmes, c’est super chouette (ça ne l’est pas)
– les parents qui te frustrent sont des mauvais parents et ils ne comprennent rien (ils comprennent très bien)
Et ainsi de suite.
Ces tropes que l’on retrouve partout dans la littérature de romance, Holly Bourne les défonce avec allégresse.
Son héroïne n’a pas de réflexes bizarres et mignons, elle est malade, elle le sait et elle en souffre. Et son parcours initiatique (allez, ce terme littéraire n’est pas réservé aux histoires de garçons !) se mange beaucoup d’échec et des prises de conscience qu’il est nécessaire d’avoir. Evie est un personnage extrêmement complexe, et qui réalise, grâce à sa psy, grâce à ses amies, grâce à elle-même aussi, que tout ne se réglera jamais comme dans un conte de fée. Evie n’est pas une rebelle, elle aime Bon Jovi et Twilight, elle cherche une place dans ce monde adolescent où les filles sont des groupies, soumises, résilientes et toujours follement amoureuses.
Ce roman m’a prise aux tripes, certains points se rapprochent tellement de ce que j’ai pu vivre que la lecture a en été difficile par moment.
Mais c’est aussi un roman débordant d’espoir, de combat, de féminisme et des plus belles leçons qu’on puisse recevoir : pas besoin d’être parfait pour vivre, et la normalité n’existe pas.

J’attends la suite avec impatience.

Cindy Van Wilder a rédigé un beau portrait de l’auteure sur son blog 🙂

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Si j’étais un rêve – Charlotte Bousquet

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NOTE : pour des raisons de classement, je spoile le livre dans les tags.
Ne les lisez pas si vous n’avez pas lu le livre !!!!

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Titre : Si j’étais un rêve
Auteur : Charlotte Bousquet.
Année : 2015.
Éditeur : Flammarion / Tribal.
Genre : Roman épistolaire.

Nombre de pages : 185.

Public : A partir de 14 ans

Quatrième de couverture :

Lina et Nour sont en classe de seconde : l’une vit à Sofia, en Bulgarie, l’autre vit à Saint-Denis. Sous la direction de leurs professeurs, elles entament une correspondance qui tourne aux confidences et une amitié s’installe. Tandis que Lina se révolte contre la corruption des pays de l’Est, Nour cache un grand mal-être. Elles se soutiennent l’une l’autre, jusqu’au jour où Nour devient distante.

Avis :

Quand j’étais en troisième, notre collège a organisé un jumelage avec le lycée français de Plovdiv, en Bulgarie. L’écart d’âge (nous avions 13/14 ans, nos correspondants 17/18) a fait que j’ai “raté” cette rencontre même si je garde du pays, à peine sorti du pouvoir soviétique, un souvenir inaltérable.
Cet étrange parallèle autobiographique m’a interpelé même si l’histoire de Nour et Lina n’a que peu à voir avec la mienne (mais vraiment ça m’a fait sourire du coup j’en parle ;p)
Nour et Lina nous parle de féminisme, de politique, d’engagement, mais aussi d’angoisse, de lâcheté, de secrets et de souffrance. Lina est l’engagée embourgeoisée qui ne s’en rend pas encore compte, et qui vit, un peu, la vie rêvée  des héroïnes modernes, à la fois très au courant des injustices du monde, et capable de s’en protéger en refermant la porte de sa maison. Nour est (beaucoup) plus secrète et à son secret s’attachent toutes les interrogations du lecteur et de la lectrice : qui est-elle vraiment ? Exclue ? Fille censurée par une famille conservatrice ? Malade ? Lesbienne cachée ?
Qui est Nour et surtout, qu’est-ce qu’elle nous renvoie comme image de l’exclusion ?
Avec une plume qui ne noie jamais ses deux personnages, Charlotte Bousquet nous offre, derrière un roman court et direct, quelques heures de réflexions bienvenues dans une époque où l’identité interroge tout le monde (et où on a tendance à oublier ceux qu’elle concerne directement)
J’en suis ressorti aussi avec quelques litres de larmes en moins (même si cela se finit “bien”

14 Juillet 2015 – Rappel

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Femme, réveille-toi; le tocsin de la raison se fait entendre dans tout l’univers; reconnais tes droits. Le puissant empire de la nature n’est plus environné de préjugés, de fanatisme, de superstition et de mensonges. Le flambeau de la vérité a dissipé tous les nuages de la sottise et de l’usurpation. L’homme esclave a multiplié ses forces, a eu besoin de recourir aux tiennes pour briser ses fers. Devenu libre, il est devenu injuste envers sa compagne. Ô femmes! Femmes, quand cesserez-vous d’être aveugles ? Quels sont les avantages que vous recueillis dans la révolution ? Un mépris plus marqué, un dédain plus signalé. Dans les siècles de corruption vous n’avez régné que sur la faiblesse des hommes. Votre empire est détruit; que vous reste t-il donc ? La conviction des injustices de l’homme. La réclamation de votre patrimoine, fondée sur les sages décrets de la nature; qu’auriez-vous à redouter pour une si belle entreprise ? Le bon mot du Législateur des noces de Cana ? Craignez-vous que nos Législateurs français, correcteurs de cette morale, longtemps accrochée aux branches de la politique, mais qui n’est plus de saison, ne vous répètent : femmes, qu’y a-t-il de commun entre vous et nous ? Tout, auriez vous à répondre. S’ils s’obstinent, dans leur faiblesse, à mettre cette inconséquence en contradiction avec leurs principes; opposez courageusement la force de la raison aux vaines prétentions de supériorité; réunissez-vous sous les étendards de la philosophie; déployez toute l’énergie de votre caractère, et vous verrez bientôt ces orgueilleux, non serviles adorateurs rampants à vos pieds, mais fiers de partager avec vous les trésors de l’Etre Suprême. Quelles que soient les barrières que l’on vous oppose, il est en votre pouvoir de les affranchir; vous n’avez qu’à le vouloir. Passons maintenant à l’effroyable tableau de ce que vous avez été dans la société; et puisqu’il est question, en ce moment, d’une éducation nationale, voyons si nos sages Législateurs penseront sainement sur l’éducation des femmes.

Postambule de la Déclaration des Droits de la Femme. Olympe de Gouges. 1791.

Mon nom est colère

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Reverse-Discrimination

Comme vous le savez si vous me suivez depuis quelques temps, ce blog cherche à se focaliser sur les démarches positives concernant le féminisme et les combats LGBT+ (entre autres)

C’est pourquoi, hors des critiques de films, livres et Bds, je ne cherche pas à « gueuler haut et fort »

Je ne vais pas faire d’exception aujourd’hui. Et pourtant la colère est toujours là, bien présente, construite sur des années de galère et de harcèlement.

Nous parlons souvent du harcèlement social : celui des publicités et des médias, celui des carcans sociaux, celui des paroles politiques.

Nous parlons moins, peut-être (sans doute), par honte quand nous l’avons vécu, du harcèlement dit scolaire, dus aux profs, mais surtout du aux camarades de classes, à ceux avec lesquels on a pu partager plus de douze ans de vie, et qui vous laisse un goût amer dans la bouche.

Toujours trop et jamais assez, viril, mince, populaire, beau, riche, séduisant, et ainsi de suite.

Ces piques des cours de récréation et des heures de cantine m’ont fait personnellement adoré les cours : les seuls moments de la journée où on me foutait la paix. J’en suis devenue intello. Æ rajouter sur tout le reste.

Je ne me plains pas : ma résilience a sauvé les premières trente années de ma vie. La colère et l’entêtement sont en train de sauver le reste.

Il y a de multiples façon de se reconstruire après la honte, il y a mille manières de créer (ou pas d’ailleurs) Mais dans toutes les personnes que j’ai pu rencontrer, dans le monde littéraire comme dans le monde associatif, ce que je note comme point commun, c’est cette volonté inébranlable de mettre l’Autre dans la lumière. Pas forcément soi-même, parce que la honte reste bien ancrée des fois. Mais les Autres, tous les autres.

Les pas assez blancs, les trop folles, les maladroits (mais pas dans le sens Mary Suesque du terme), les pas finis, les isolés malgré eux, les isolés par choix, les tout seuls et ceux qui se sentent trop seuls.

Bref tous ceux qui n’apparaissent dans les fictions que comme ressort comique ou comme sujet de drame (on aide la personne handicapée, la personne handicapée n’est jamais héros ; on résout le crime de la prostituée trans*, mais la prostituée (ou non) trans* n’est jamais héroïne de sa propre vie)

Pendant longtemps, en fiction, nous n’avons été que des outils de narration.

Il est temps de retourner l’échiquier et de faire valser toutes les pièces.

Ce qui est étrange aujourd’hui, c’est que j’ai voulu exprimer ma colère froide dans un blog (oui encore un) et que dans le même temps ma très chère Cindy Van Wilder exprimait avec force et magistrale démonstration tout ce que je viens d’écrire ici.

La colère est ici : http://parolesdemacho.tumblr.com/

Le discours indispensable est là : https://cindyvanwilder.wordpress.com/2015/07/13/you-look-disgusting-vive-la-diversite/

Mad Max : Fury Road – George Miller

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Comment aborder la séquelle d’une série culte, adorée (par moi du moins) mais peu connue ou reconnue pour son caractère potentiellement féministe ? Si les femmes étaient le dernier rempart de la civilisation dans Mad Max, premier du nom (et comme elles disparaissent, la civilisation s’effondre), elles étaient particulièrement absentes du second épisode, ou comme vague intérêt sexuelo-romantique. Le troisième épisode, vous me pardonnerez de n’en avoir absolument aucun souvenir.

Bref, c’est partagée entre mes positionnements politiques et mes adorations de geek que je suis allée au cinéma, certes réchauffée par les avis enthousiastes de quelques amies.

Le choc.

Les cinq premières minutes m’ont laissée profondément perplexes, je l’avoue.

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Mais dès que le film prend de la vitesse (au sens propre comme au sens figuré), c’est partie pour un démontage en règle et sans nuance de l’univers machiste et abrutissant de sociétés vouées au processus de domination.

Max se retrouve prisonnier d’un clan mené par un dictateur fou qui garde le monopole de l’eau. La division est simple : le peuple, les enfants soldats (War Child) abrutis par des discours politiques simplistes, la promesse du paradis et les drogues, les femmes-harems (outres à lait, l’or blanc de la tribu, ou ventres à procréer des garçons) et les hommes (enfin les hommes, les hommes dominants)

Dans cette société, une incongruité : Furiosa, conductrice de camion citerne, à mi-chemin entre les war child (dont elle porte le stigmate noir sur les yeux) et les femmes. Est-elle stérile ? A-t-elle obtenu ce poste pour ne pas avoir à finir comme ses autres congénères ? On ne le saura jamais.

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Mais Furiosa se sent coupable et va aider les femmes-harems à fuir leur prison, à la recherche d’une hypothétique Terre Verte, société matriarcale pleine de promesses.

Si Max se retrouve embrigadé dans cette course-poursuite, ce n’est pas lui le héros (comme il ne l’étais pas dans le second épisode de la saga d’ailleurs) Mais il reconnait en Furiosa un miroir. Mais alors que lui a « raté » sa rédemption (comme le rappelle de nombreux flashes à la limite de la folie), Furiosa a encore le temps de réussir.

Furiosa est donc l’héroïne de ce film.

Les femmes qu’elle trimbale dans son camion apparaissent comme des déesses-nymphes des temps moderne : chacune son style (différenciée par leurs peaux et leurs cheveux, comme le plus basique de jeux de drague pour mec), habillées de peu, des tailles de mannequins. Oui, si elles ont été choisi pour chair à sperme, c’est parce qu’elles sont belles. Mais, comme elles le répètent encore et encore, elle ne sont pas « des choses ». Elles ne seront jamais réduite à ça, à des fantasmes pour hétéro. Plus le film avance, plus elles prennent en chair. Plus même arrivent-elles à reconquérir la personnalité et la force de caractère dont les hommes les avaient dépourvues.

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Face à elles, des hordes d’enfants soldats « éduqués » à vouloir la mort, enfants bombes dont Miller ne s’excusera jamais d’en faire des retranscriptions appuyées des enfants de nos temps.

Et de l’autre côté du désert, les Amazones. Des vieilles, de celles qui ne sont jamais, jamais à l’écran, et encore moins à se battre, sur des motos surpuissantes, seules et encore détentrices d’un savoir et d’une histoire universelle dont elles sont les seules à encore connaître l’importance.

Douze femmes.

DOUZE !

Pour un blockbuster.

Un film d’anticipation hyper-violent où la violence n’est pourtant jamais sexualisée.

Où elles ne sont jamais objets de faiblesse, prétexte à faire briller l’homme sauveur.

Brf, Mad Max : Fury Road, est un putain de film féministe, et je vous pousse tou.te.s à aller le voir !

La Domination Masculine – Patric Jean

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Sorti en 2009, le documentaire français (avec une pointe de Québec) La Domination Masculine plonge le spectateur dans la chair même de ce qu’est l’inégalité des genres. Il ne s’agit pas d’un documentaire explicatif, mais de l’accumulation et de la mise en résonance de témoignages divers qui, surtout, laisse la place à trois catégories que l’on entend rarement dans notre bulle féministe : le commerce, les hommes et les masculinistes.

Inutile de dire que le premier et les derniers n’en sortent pas grandis.

Je pense que le tour de force de Patric Jean réside en deux points.

Tout d’abord il me donne furieusement envie de lire le livre de Bourdieu dont il tire son titre (je suis très hermétique à la philosophie, surtout aux essais écrits)

Ensuite il nous fait rentrer dans son thème par la porte drôle et sympa : le pré-générique suit un homme qui va se faire agrandir le pénis. C’est pathétique, douloureux, et on sent déjà que ce n’est pas l’homme, caractère masculin, qui sera ici le coupable de tout. Puis on passe par la société genrée avec ses deux exemples les plus parlants : les jouets et le salon de l’automobile, soit les jouets d’imitation de ménagère et les mannequins d’un côté, les jouets d’« imagination » et les acheteurs/clients de l’autre. Pour quelqu’un qui est déjà familier du thème, on est en terrain connu. Pour quelqu’un qui ne s’est pas encore posé de questions sur le féminisme, l’introduction est excellente et sans demie mesure.

Et puis le documentaire glisse vers le Québec, son avancée, son féminisme politique… et le massacre de Lépine à l’école polytechnique de Montréal en 1989. Jour où Marc Lépine arriva dans la grande école, sépara les élèves, choisit d’en tuer certaines (l’actualité d’aujourd’hui arrive ici en écho douloureux). Que des femmes. Que des femmes qu’il avait identifiées en tant que féministes. Cet assassin fut à la fois présenté comme un malade mental (pour rejeter comme cause de sa violence sa haine des femme) et comme un modèle par les masculinistes (avec une « belle » apparition, dans le documentaire, d’Eric Zemmour à propos de la « violence civilisée du couple »)

Patric Jean met en parallèle ces témoignages d’hommes masculinistes avec des scènes et témoignages à l’accueil d’un centre d’aide aux femmes battues.

Ce sont des moments rares. Des moments de télévision d’une force qu’il est difficile de retrouver ailleurs.

La Domination Masculine met les points sur les i sur deux sujets : le féminisme est aussi une affaire d’homme ; et le féminisme n’a pas de « petits » combats.

Un beau et dur documentaire à voir de toute urgence.