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How to get away with murder – Peter Nowalk ; Shonda Rhimes

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Le fait d’avoir du mal à aborder le cas HTGAWM (How to get away with murder) sur un blog traitant du genre dans la culture populaire ne présume non pas de la mauvaise qualité de cette série mais, au contraire, de sa très grande qualité.

Le pitch est relativement basique : Annalise Keating possède un cabinet d’avocat, très modeste par rapport à ceux auxquels la télévision nous a habitués. Elle est également enseignante à la Fac et, tous les ans, elle prend sous son aile cinq étudiants qui travailleront pour elle. Et l’expression « sous son aile » n’est pas usurpée puisque qu’Annalise va protéger ses étudiants becs et ongles et souvent à leurs propres corps défendant. Les corps s’accumulent, les non-dits, trahisons et petits marchés aussi, jusqu’à laisser le spectateur avec une furieuse envie de regarder la suite (série excellente en cliffhangers)

Jusque-là donc, nous avons à faire à une série policière bien faite, bien rodée et avec ce qu’il faut de suspense et de retournements de situation pour devenir un chouchou des marathons séries que les plus geeks d’entre nous organisons régulièrement.

Là où HTGAWM dépasse ses petits camarades télévisuels, outre une interprétation au top, c’est dans le choix de son casting et de ses personnages.

Reprenons notre calculatrice, même si je n’apprécie pas trop cet outil : sur dix personnages principaux, seuls deux sont des HSBC (HeteroSexuels Blancs Cis… oui j’adore cette nouvelle expression ^^) Trois sont noirs, une est latinos, la majorité du casting est féminin (y compris hors des premiers rôles), un couple est ouvertement gay et nous avons un des premiers exemples de personnage bisexuel assumé et revendiqué.

Et quoi me direz-vous ?

Eh bien rien…

La société dans laquelle évoluent les personnages de HTGAWM n’est pas une société idéale : le racisme a l’air de prendre une part plus ou moins importante de l’intrigue dans la saison 2, un des personnages est biphobique (avec une circonstance atténuante mais tout de même), le machisme est toujours là, etc.

Mais les caractéristiques de « minorité » des personnages ne sont qu’une parmi leurs multiples facettes.

Si Connor est homosexuel, sa principale caractéristique reste une absence totale de confiance en soi, qui n’est pas aidée par sa situation professionnelle et sentimentale (sans spoiler ici)

Chacun des personnages (les étudiants en premier, puis, plus la série avance, tous les autres) ne révèlent que quelques caractéristiques de sa personnalité et chacun réagit à sa manière aux épreuves qu’il traverse.

Le personnage le plus intéressant (même si j’ai un gros faible pour Connor) reste Annelise. Présentée comme un roc inébranlable en début de série, elle se dévoile peu à peu dans ses faiblesses. Elle surprotège ses étudiants et les materne, dans tous les sens du terme (c’est particulièrement flagrant avec les personnages de Wes et Bonnie), et elle protège ses propres expériences et traumas sur son entourage (là encore avec Bonnie, mais il est à parier que ça ne va pas s’arrêter à ce seul personnage)

Sa peau noire, son mariage mixte, ses traumatismes d’enfance, sa bisexualité… Chaque chose la sculpte un peu plus dans toute sa complexité.

Et ce traitement s’applique à tous les autres personnages, il s’applique à ces personnages souvent caricaturés pour correspondre à l’idée qu’on se fait d’une minorité sans aller plus loin que le symbole.

Du coup au lieu de voir HTGAWM comme une série de revendication, on la voit comme un thriller très bien foutu, et de temps en temps on se rend compte : ah tiens, mais si, c’est différent de ce que je regarde d’habitude.

Et ça fait du bien.

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Hannibal – Bryan Fuller

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Attention l’article contient de très légers spoilers.

Hannibal, la série créée autour du personnage de Thomas Harris, a débarqué dans nos petites lucarnes il y a trois ans maintenant. La série s’est achevée, faute d’argent et de producteurs intelligents, il y a deux semaines, après une dernière saison des plus échevelées.

Mais Hannibal la série a-t-elle sa place sur un blog comme celui-ci ?

Au départ, non, ou plutôt, pas forcément : Hannibal reprend les bases du thriller psychologique, très in, hyper esthétisé, un peu élitiste. C’est très beau (c’est même visuellement magnifique) mais cela n’a rien de politique.

Et puis, peu à peu, au fil des saisons et au fil des interviews de Bryan Fuller, on se rend compte que Hannibal opère une petite révolution dans le monde étendu mais finalement peu varié du thriller et de la série de « serial killer ».

Le plus évident peut-être, c’est le nombre de rôles féminins dans un genre souvent assez macho et très masculin. Elles ont chacune leur importance dans la dramaturgie et suivent leur propre histoire sans être systématiquement attachées au héros (William Graham). Alana en est le plus bel exemple puisqu’elle refuse de devenir l’intérêt romantique de Will pour se préserver des (débuts) de délires psychotiques de Graham : une décision adulte qu’on ne voit encore que trop rarement. Les autres personnages féminins sont indépendants, savent réfléchir par elles-mêmes, se trompent, souffrent et combattent de la même façon que leurs comparses masculins.

De plus les femmes ne sont pas glamourisées de façon habituelle. Leur beauté reste très froide et détachée, et même les (très rares) scènes sexuelles sont plus des démonstrations symboliques que des spectacles destinés à l’oeil masculin. Hors de ces scènes, la nudité démontre plus une position de domination/provocation qu’un simple étalage destiné, encore, au spectateur masculin (c’est particulièrement frappant dans la première apparition de Freddie, la journaliste, mais également dans les scènes très tendues entre Bedelia et Hannibal).

Il n’y a pas de viol. Pour une série sur les serial killer, autant dire que c’est une exception. Le seul cas d’agression sexuelle est implicite, non montré, et le coupable est puni directement par sa victime et pas par un « homme sauveur ». Bryan Fuller a affirmé à plusieurs reprises que cette absence de viol était complètement voulu, qu’il souhaitait prouver qu’il était tout à fait possible de faire peur, et notamment faire peur à des personnages féminins, et les tuer et faire souffrir, sans avoir besoin de ce genre d’ « outil dramatique ».

Je l’avais déjà souligné en parlant de Bedelia dans un précédent article, mais l’attraction sexuelle que Hannibal opère sur certains personnages ne constitue pas non plus une différence de traitement entre homme et femme puisqu’il séduit de la même façon Bedelia, Alana et Will. Et que, si on ôte l’aspect sexuel/sensuel, absolument tous les personnages sont séduits par lui, à deux exceptions notables, le duo des Freddie (Freddie Lounds et Frederick Chilton)

Si on revient à l’aspect homosexuel de la série ; là où Harris avait été critiqué pour son traitement de la transexualité dans Le Silence des Agneaux, ici on peut dire que Bryan Fuller a passé les obstacles avec succès. La relation entre Hannibal et Will n’est jamais critiquée en tant que relation homosexuelle, mais comme relation dominant/dominé dangereuse. Et encore, tout le monde en profite bien.

Quant à la bisexualité d’Alana et sa relation avec Margot Verger, elle est normalisée au possible, sans critique, sans soulèvement de sourcil, traitée avec la même distance et froideur que tout le reste.

Il est compliqué de parler des aspects politiques et engagés d’Hannibal parce que tout est filmé de la même façon, sans prise de position, la série ne prenant réellement de la chair qu’à la fin de la saison 3. Le parallèle entre l’attirance entre Will et Hannibal et le corps montré et torturé du Dragon Rouge paraît presque un peu « trop » au regard de l’aspect glacé du reste de la série.

En fait, en filmant son histoire d’abord pour la raconter et sans revendication spécifique, Bryan Fuller opère une révolution qui n’a l’air de rien. Et qui n’en est pas moins des plus efficaces.

Et puis c’est très beau quand même.

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Sense8 – Wachowskis et Straczynski

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Il paraît très artificiel de parler de Sense8 en parlant de chiffres, mais des fois les chiffres font plaisir.

Sense8 tourne autour de 8 personnages qui partagent leurs émotions de façon fusionnelle, de telle manière que, de temps en temps, ils peuvent interagir dans la réalité de l’autre, bien que vivant chacun dans des pays différents, au quatre coins de la Terre. Bien entendu ils sont poursuivis par une entité mystérieuse qui ne leur veut pas que du bien.

Sur ce scénario qui n’étonnera pas les amateurs de science-fiction télévisées (X-Files, Lost, Heroes, etc), les Wachowski et le co-scénariste Straczynski ajoutent leur vision de l’universalité.

D’abord en filmant dans les lieux mêmes de l’action, ce qui est, il faut bien dire, extrêmement rares. Nairobi n’est as un décor désertique situé au Mexique ou au Maghreb, Séoul n’est pas le métro new-yorkais déguisé et grimé (comme c’était le cas pour le Tokyo de Heroes), Bombay n’est pas la reconstruction de temples de carton pâte. L’Islande est vide et Mexico est littéralement plein. Cela se ressent au visionnage (surtout quand on se rend compte qu’un des héros subit une averse de pluie sur une terrasse de Berlin et qu’on se rend compte qu’on a vécu la même chose, au même endroit, il y a quelques années…)

Voilà le premier point.

Le second est d’avoir engagé des acteurs pour la plupart de la nationalité de leur personnage, ce qui fait que, malgré le fait que la série soit entièrement anglophone, à quelques scènes près, ils gardent le débit, l’action, la musique de leurs propres langues : indienne, allemand, coréen et espagnol. Et malgré sa nationalité anglaise, Aml Ameen garde le léger accent d’Afrique noire.

Second point.

C’est avec le troisième que nous allons nous plonger dans les chiffres. Sur 8 personnages, nous avons :

  • Seulement 2 Américains (quelque part ça fait plaisir)

  • Seulement 4 Blancs

  • 4 hommes et 4 femmes

  • 1 femme transgenre

  • 2 personnages homosexuels revendiqués (Nomi et Lito)

  • 2 personnages que l’on peut considérer comme étant LGBT : Will bisexuel, ou du moins assez « fluide » pour jouir en pleine salle de sport d’un baiser très masculin ; Sun, que je vois comme étant asexuelle, mais c’est peut-être une élucubration de téléspectatrice

  • Ah oui, pour en arriver à cette « élucubration », il faut savoir que 2 personnages n’ont aucune romance dans leur vie, et que pour 1 autre, sa vie de couple ne fait pas partie de l’histoire en elle-même.

Ajoutons que la transexualité de Nomi n’a aucune incidence sur l’histoire centrale, et que la caractéristique qui la fait le plus interagir avec ses compagnons est son activité de hackeuse.

Comme on le voit, « les chiffres parlent » : Sense8 est une série universaliste ET inclusive.

Rappelons-nous la dernière fois que c’est arrivé…

(Si vous avez des titres, je suis preneuse)

Ensuite, enfin, petit bonus, des caractéristique habituellement dévolues aux hommes (l’art du combat, l’esprit scientifique et le piratage) sont confiées à des femmes (respectivement Sun, Kala et Nomi)

Après, quand est-il de la qualité de l’histoire ?

C’est sans doute là que le bas blesse. Si j’ai été happée par Sense8, je comprends que beaucoup de personnes aient pu lâcher.

En effet les scénaristes ne souhaitent pas plonger directement leurs personnages dans l’action. Et à la fin de la saison 1, seuls 3 sont directement concernés par la mystérieuse organisation qui veut les tuer : Will, le flic, Nomi, la hackeuse, et Ryley, la musicienne (que je trouve être le personnage le plus faible de l’histoire, parce qu’elle se laisse porter par les faits sans vraiment agir, à mon sens)

Les autres sont là pour aider mais vivent aussi leur vie à côté, même si on sent que quelques rouages se mettent en marche. Nous assistons par exemple aux affres de la célébrité de l’acteur Lito, obligé de cacher son homosexualité, et ça peut paraître long.

Cependant je me suis laissée complètement emportée par ces histoires « parallèles », avec la curiosité sans cesse renouvelée de voir quand, quand ces personnages encore à la marge vont plonger dans l’action principale.

Vivement la deuxième saison !

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Downton Abbey – Julian Fellowes

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Downton Abbey n’est pas vraiment ce que l’on pourrait appeler une série révolutionnaire, du moins pas sur la papier : une série dramatique prenant place dans un château anglais, pendant les années 10, et contant les mésaventures de ses habitants, famille aristocratique et petit personnel. Décors et costumes d’époque, intrigues sentimentales et humour british, il n’y avait pas de quoi fouetter un chat.

Le pitch pouvait mettre en avant, de fait, la chute d’un monde (celui de l’aristocratie) face au monde moderne.

Il se trouve qu’une autre lecture peut être faite de la série, et comme nous sommes sur un blog féministe et « de genre », inutile de vous dire quel point de vue nous allons prendre pour disséquer, à la mesure de mes moyens, Downton Abbey.

En effet il se trouve que deux des personnages principaux masculins de la série, Lord Grantham et son majordome en chef, Carston, sont littéralement perdus, et ne cessent au cours des saisons de se raccrocher à des symboles passéistes qui semblent de plus en plus s’effacer face à l’évolution des mœurs. Les autres personnages masculins, hors du socialiste Tom, restent politiquement en retrait, ou du moins restent dans leurs domaines de pouvoirs (au niveau des domestiques avec Thomas entre autre, et au niveau des aristocrates qui, quoiqu’il se passe dans le monde, sont toujours à la recherche de l’argent)

Du coup, les personnages qui évoluent le plus, et font évoluer la société autour d’eux, sont les femmes. Et ce à tous les niveaux.

Je note que je vais laisser de côté quelques personnages féminins, notamment Lady Grantham et Mary Grantham, qui, quoiqu’elles soient parmi les personnages principaux, ne m’inspirent vraiment, mais vraiment pas (quoique Mary pourrait faire l’objet d’une belle analyse sur l’aspect œdipien de son caractère, complètement soumis et dévoué à son père)

Portraits :

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Madame Hugues, ou le pragmatisme.

Madame Hugues est la gouvernante de Downton Abbey. Son premier aspect est celui d’une personne sévère, droite dans ses bottes et qui suis la règle de la façon la plus stricte qui soit. Mais au fur et à mesure que la série avance, on se rend compte qu’elle fait preuve de beaucoup de pragmatisme et de défense inflexible des personnes qu’elle protège. A deux occasions notamment, elle protège la réputation de sa maison tout en cherchant la meilleure solution pour « ses filles ». Son féminisme est un féminisme de classe : elles vivent dans le même monde et il faut se serrer les coudes (en restant dans les clous)

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Isobel Crawley, ou la générosité.

Isobel, arrivée à Downton Abbey lorsqu’il s’est avéré que son fils en était l’unique héritier direct, s’est frottée à la vie réelle grâce à son mari et son fils, respectivement médecin et avocat. Sa générosité envers les classes populaires est une variation de l’office de charité ; Mais là où les Lady de Downton s’en tienne à des événements plutôt mondains, Isobel met la main à la patte. Et après la guerre, elle cherche (avec peu de succès) à venir en aide aux veuves tombées dans la prostitution. Elle reste assez éloignée de la vie réelle, mais cet apparent déni des différences lui permet de voir tout le monde sur le même plan. Pour Isobel, tout le monde doit avoir les mêmes chances dans la vie, surtout dans les situations dramatiques. Son féminisme est, de fait, humaniste (elle défend tout le monde, hommes et femmes)

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Sybil Crawley, ou l’idéalisme.

Sybil est sans doute le personnage auquel une jeune spectatrice pourra le plus facilement se reconnaître. Non seulement pour son modernisme, mais aussi pour son engagement politique, qui part d’un intérêt curieux et généreux (à l’image d’Isobel) pour arriver à une action beaucoup plus politique. Comme quelqu’un qui irait voter à 18 ans pour s’engager dans un parti politique deux ans plus tard. Sybil s’intéresse à un domaine qui n’est pas censé intéresser les femmes (comme le lui rappelle sa sœur aînée, Mary), la politique et les actualités. Elle est la première à rompre la limite entre les aristocrates et le peuple, et elle le fait avant de tomber amoureuse de Tom. Ce qui en fat plus qu’une simple romantique. Son engagement est réel même s’il reste très idéaliste. Son féminisme est engagé et entêté.

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Edith Crawley, ou l’erreur continuelle.

Edith est-elle féministe ? Edith occupe une place bâtarde dans la famille de Downton Abbey. Elle est la cadette, entre Mary, qui doit hériter et se marier à tout prix (et en hérite une condescendance qui lui est pardonnée), et Sybil, qui est la dernière donc la moins soumise aux dictats familiaux. De plus Edith n’a pas la répartie de ses sœurs ou de sa grand-mère. Au début de la série, elle imite Mary, sans jamais y réussir, et en se faisant systématiquement rabrouée. Mais elle apprend. Edith n’est pas une personnalité de premier plan, mais elle est une personnalité fluide, qui s’adapte et encaisse les coups. De tous les personnages de la série, elle est celle qui fait sans doute preuve du plus de résilience. Et si elle rate chaque étape de sa vie, elle symbolise tout ce que les femmes de sa condition pouvaient souffrir (puisque Mary, elle, réussit quasi/ment tout) : pas de mariage, grossesse non désirée, parole silenciée et moquée. Chaque acte d’Edith est jugé, mesuré et critiqué. J’espère, sincèrement, qu’elle arrivera à prendre son destin en main d’ici la fin de la série, parce que je pense qu’il s’agit d’un des personnages les plus intéressants de Downton Abbey. Et son féminisme est… subi.

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Daisy Robinson, ou l’indépendance.

Je pensais finir ces portraits sur Violet, la douairière, ou sur Rose, la révoltée, mais je pense qu’il est intéressant de se penchée sur Daisy. Fille de cuisine, timide et maladroite au début de la série, Daisy ne s’intéresse pas à la politique. Elle ne s’intéresse pas au mariage, ce n’est pas un but en soi pour elle. Elle ne fait que son travail, et pensait ne faire que ça jusqu’à la fin de sa vie. Puis elle hérite d’une ferme par un veuvage incongru. Elle lève la tête face à Madame Patmore et exige plus de responsabilités. Elle accueille avec joie la modernité en cuisine. Elle fait des étincelles en cuisine et commence à reprendre ses études. Daisy est une jeune fille qui est partie de rien et se retrouve avec une route constamment élargie devant elle, une route devant laquelle elle va pouvoir faire des choix. Je pense qu’elle symbolise le mieux l’évolution sociale en branle dans Downton Abbey. Elle ne cherche pas à s’échapper de sa condition et n’a aucun moyen de pouvoir pour agir sur les autres. Mais elle apprend aussi que des choix sont possibles, et que si elle veut changer un jour de statut, cela ne passera pas par un homme, mais par elle-même. Son féminisme ne dit pas son nom mais il est sans doute le plus fort.

Agent Carter – Marvel Television

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En 1946, à la suite de la Seconde Guerre mondiale, la paix n’a pas aidé Peggy Carter qui se retrouve marginalisée après que les hommes sont rentrés du combat. Alors qu’elle travaille pour le SSR (Strategic Scientific Reserve), Peggy doit trouver un équilibre entre un poste administratif et des missions secrètes qu’elle effectue pour Howard Stark, tout en tentant de vivre sa vie de femme célibataire dans l’Amérique des années 1940, après avoir perdu l’homme de sa vie, Steve Rogers alias Captain America.

En ce 8 mars 2015, sortant d’une grippe sans nom (ou atypique, soit on ne sait pas ce que j’ai mais ça fait mal), je délaisse les documentaires, essais et réflexions théoriques pour vous parler de pulp fiction; Ce genre qui a bercé mes premiers grands émois littéraires et télévisés n’est pas vraiment connu pour être le paradigme du féminisme. Les femmes y sont souvent fétichisées, que ce soit de façon réac (les dominatrices hyper sexualisés d’un Sin City) ou moins réac (tout Tarantino et bon sang que j’aime Tarantino), mais peu y sont prises pour ce qu’elles sont : des êtres humains qui ont la particularité d’être des femmes.
Marvel, outre ses autres défauts (dont des scénarios des fois un peu légers), commence à renouveler la donne. Après avoir dégagé, avec plus ou moins de succès, Pepper Pot de son rôle de pot de fleur (la série des Iron Man), après avoir désexualisé Black Widow (Iron Man 2, Avengers, Captain American: Winter Soldier) pour en faire un “vrai” superhéros, voici l’essai plutôt réussi d’Agent Carter.
Rôle féminin de Captain America, Peggy Carter s’était déjà distinguée dans le film comme étant plus que le simple faire valoir romantique de Steve Rogers. Militaire expérimentée intégrée à un programme spécial de super soldat, renvoyée non pas à la maison mais sur le terrain des combats, Peggy Carter ne se contente pas de faire la belle plante en uniforme. Son personnage ne se définit pas par rapport à Rogers, même si celui-ci va avoir un énorme impact sur sa vie, non seulement sa vie sentimentale, mais aussi sa vie de citoyenne et de soldat. La gentillesse, la générosité et le courage de Rogers vont avoir un impact sur sa vie à elle… même si Peggy Rogers ne sera jamais ni gentille, ni naïve, mais juste très courageuse.
Nous arrivons donc à la série, qui se passe dans les années cinquante. Peggy Carter habite maintenant aux Etats-Unis et travaille dans un service de renseignements. Malgré ses états de fait militaire et son expérience, elle doit porter le café, taper les rapports et répondre au téléphone. Pas d’enquête, pas de terrain pour elle;
Et cette situation grotesque n’est pas le fait uniquement d’un service d’espionnage phallocrate, mais de la société entière.
Obligée à vivre dans un hôtel de jeunes filles, constamment remise à sa place de femme, Peggy Carter partage la vie de ses consoeurs, jeunes femmes de vingt à trente ans, célibataires, mises au chômage dès qu’un ancien militaire peut reprendre le travail qu’elles ont passé toute la guerre à occuper, reléguées à des figures de domestiques, esclaves et fantasmes masculins.
Alors, même si la série d’Agent Carter reste relativement banale en matière d’aventures d’espionnage vintage, le point de vue strictement féminin est un bol d’air bienvenu dans le monde de la pulp fiction.
On pourra regretter une absence de diversité dans le casting (tout le monde est blanc et hétéro) Ceci dit, en matière de série d’espionnage, cela change des séries testostéronnées des flics en costards 🙂

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Femmes sans enfant, femmes suspectes – Colombe Schneck

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De par son histoire personnelle, Colombe Schneck, dont les grands-tantes, déportées, ont perdu leurs enfants à Auschwitz et ont choisi d’en avoir d’autres très vite après la guerre, a ressenti la maternité comme une évidence “liée à la vie même”. “Mère heureuse de deux enfants”, elle est néanmoins intriguée par celles qui ont fait le choix inverse. La journaliste et écrivaine s’interroge aussi sur le jugement sévère que la société porte sur ces femmes sans enfant, facilement taxées d’égoïsme, de narcissisme, de névroses diverses… Pour en savoir plus, elle a rencontré Marie-Laure, 50 ans, une esthéticienne vivant à Paris, Eva, une Allemande de 80 ans, et Orna, 37 ans, une Israélienne, auteure d’une thèse sur les mères qui regrettent d’avoir eu des enfants.

Documentaire diffusé par Arte et disponible en VAD et DVD (et aussi visible sur youtube, il me semble), Femmes sans enfant, Femmes suspectes, s’intéresse à cet étrange objet social qu’est la femme sans enfant. Deux choses m’ont poussée à voir ce documentaire : Colombe Schneck, dont j’apprécie la voix sur France Inter, et le fait que, moi-même, j’ai fait le deuil de mes non-enfants (ça arrivera peut-être, ça n’arrivera peut-être pas, mais je ne dramatise plus pour cela)
Le système des témoignages est intéressant. Après tout, laisser la voix aux personnes concernées est toujours le meilleur moyen de parler d’un sujet aussi sensible. Les autres études que j’ai pu entrapercevoir parlaient surtout de femmes carriéristes et/ou confrontées à un système social forçant à choisir entre travail et famille (Allemagne et Japon en étant les plus grands exemples), avec, toujours, ce point de vue dénigrant sur les femmes qui font le “sacrifice” de ne pas avoir d’enfants.
Ici pas de sacrifice, juste une non envie.
Les trois femmes, de trois générations différentes, qui témoignent, n’ont pas ressenti le besoin d’avoir des enfants et n’en ont pas de regret. Elles subissent les jugements de leurs familles, de leur entourage, de la société. Elles ont eu des enfances sans histoire. Elles sont normales.
Après, ce qui m’a peut-être un peu embêtée dans ce documentaire, c’est qu’il n’y a pas de témoignage sur ce deuil, ce “le temps est passé, je n’ai pas eu l’occasion d’avoir un enfant, et maintenant il est trop tard mais tant pis”. Le documentaire restant sur le mode du témoignage, il y a peut-être aussi un peu un manque de profondeur.
Mais tant pis, Femmes sans enfant, femmes suspectes est tout de même un beau morceau de télévision qui écrase un peu le mythe de la femme sans enfant égoïste et forcément malade.

Orphan Black – Graeme Manson et John Fawcett

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Série canadienne diffusée entre autre, en nos humbles contrées, sur netflix, Orphan Black est à la fois une série ordinaire et extraordinaire.

Sarah, jeune paumée récalcitrante et révoltée, revient à Toronto après dix mois d’absence. Elle vient y trouver un ex collant et dealer, un (demi-) frère artiste et gigolo gay, et surtout, sa petite fille, Kira. Mais voilà, sur le quai de la gare, Sarah assiste à un suicide. Le suicide d’une fille qui lui ressemble trait pour trait. Voleuse, Sarah se dit qu’elle pourrait profiter (un peu) de cette identité tombée du ciel pour récupérer un peu (beaucoup) d’argent. Problème, la suicidée, Beth, était dans la mouise jusqu’au cou et elle n’était pas la seule à posséder les traits de Sarah.

Alors comment Sarah, fille unique et abandonnée à la naissance, se retrouve avec au moins une demie-douzaine de sosies ? Qui est derrière tout ça ? En quoi sa fille est-elle si importante ?

Voilà la question.

Orphan Black se place dans la mouvance des séries paranoïaques policières. Quelqu’un qui n’a rien à faire là se retrouve au milieu d’un complot. Là, rien de nouveau.

Mais Orphan Black se distingue d’abord par une actrice, Tatiana Maslany, qui incarne douze personnalités différentes (certaines qui restent à l’écran une minute, d’autres qui n’apparaissent pas encore, mais quatre qui sont là à tous les épisodes) sans que jamais le spectateur n’arrive à les confondre. Y compris quand une personnalité prend la place d’une autre.

Cela fonctionne non seulement grâce au jeu de l’actrice, mais aussi par la caractérisation, quelque fois à outrance, de chaque personnalité. Physiquement d’abord : une frange, des nattes africaines, une couleur de cheveux, un maquillage différent. Mais aussi du point de vue du caractère et de la mise en scène.

Ainsi, si Sarah reste, finalement, un personnage très « commun » des histoires policières (une fille indépendante et un peu paumée, au physique relativement passe partout), tout comme Beth (une policière indépendante et un peu paumée), les trois autres que nous rencontrons sont toujours à la limite de la caricature. Cosima est le personnage geek et hipster par excellence et circule quasi exclusivement (dans la saison 1) dans son laboratoire ; Alison est une femme au foyer dont la mise en place est si extrême qu’elle en devient le ressort comique de la série ; Helena est introduite par des procédés horrifiques qu’on a déjà vu passer et repasser de Se7en à American Horror Story.

Mais du coup, est-ce que ça marche ?

Eh bien, oui.

La série fonctionnant sur cette mise en scène caricaturale de ses personnages, sans jamais s’en excuser, elle permet non seulement à son actrice principale de faire de magnifiques interprétations, mais aussi de se concentrer sur son histoire, en dépassant la prouesse technique.

Et il s’agit là de l’autre point fort de la série : l’histoire est haletante. Si certains points fonctionnent sur des ficelles un peu vieillottes (le copain de Beth qui tombe sous le charme de Sarah), d’autres offrent une « nouveauté » rafraîchissante. La quête d’identité des personnages soulève des interrogations scientifiques (Cosima), maternelles (Sarah), existentielles (dans sa vie absolument parfaite, Alison est peut-être celle qui est la plus ébranlée), qui relèguent les problèmes de cœur non pas au second plan mais à un plan « utilitaire ». Les sentiments sont des outils de manipulation et les héroïnes qui y sont confrontées n’en sortent jamais « pauvres victimes femmes » ; quand ça fait mal, elles se vengent, et bien.

J’avoue que ça fait plaisir (c’est un peu sadique envers les personnages masculins qui pâtissent un peu de l’écriture de la série)

Dernière chose, les personnages joués par Tatiana Maslany ne sont pas les seuls intéressants d’Orphan Black. Car si les mâles sont perdants dans le jeu (à part peut-être le détective black Art), les femmes et Felix, le demi-frère gay de Sarah, font également quelques éclats.

Des séries où les mâles blancs sont pâlots sont légion, mais celles où ils le sont et où la part est laissées belles aux femmes et aux « minorités » (Art et Felix) doivent se compter sur les doigts d’une main.

C’est peut-être hypocrite d’aimer ça, et bien entendu on aimerait une série où tous les personnages sans exception sont bien traités, mais voilà, ça fait plaisir quand même.

Et Orphan Black, hors toute considération féministe, c’est vachement bien.

Orange is the New Black – Série

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Série américaine de Jenji Kohan – 2013 – 2 saisons pour l’instant.

Une jeune femme, Piper Chapman, est condamnée à deux ans de prison pour avoir transporté de la drogue dix ans plus tôt, pour son amante de l’époque. Transférée dans un établissement pour femmes, elle découvre le racisme de clan, les petites magouilles, et ces « sentences qui ont toutes une histoire ».

Une série au casting quasi exclusivement féminin (il y a une demie douzaine de rôles masculins), c’est une chose rare. Une série au casting féminin qui ne soit pas une comédie romantique et ne tourne pas autour d’histoires de cœur, cela tient de l’extra-terrestre. Et pourtant tel est le cas de Orange is the new black.

Nous assistons à la plongée de Piper, cette fille qui nous ressemble peut-être – blanche, de classe moyenne, un peu bobo, bi mais sans se l’avouer vraiment (ce qui est sans doute le seul problème de la série d’ailleurs) – dans un monde étrange, dangereux et… rassurant.

Rassurant de voir une série sur les femmes où les actrices ne sont pas toutes faites sur le même modèle.

Rassurant de voir une série sur les femmes où les histoires ne tournent pas uniquement autour des hommes.

Rassurant de voir une série sur les femmes où les « chamailleries féminines » n’existent pas (vous savez quand on montre des nanas se battre en faisant des grimaces et en griffant, comme dans l’expression « se battre comme une fille »)

Rassurant de voir une série sur les femmes où une transexuelle est vue et considérée comme une femme à part entière.

Rassurant de voir une série sur les femmes où la lesbophobie est considérée comme un fait social, religieux ou misogyne, mais jamais comme un fait à accepter comme tel.

Rassurant de voir une série sur les femmes où elles sont blanches, noires, jeunes, vieilles, maigre ou grosse, hétéro ou lesbiennes, cis ou trans, timides ou extraverties, folles ou pas, haineuses ou aimantes.Bref, rassurant de voir une série sur les femmes où les femmes sont des êtres humains.

Orange is the new black a quelques défauts, notamment dans ce silence sur la bisexualité de son personnage principal. Un défaut aussi dans la sous-représentation de la population asiatique, alors que les populations caucasiennes, latinos et noires y sont bien présentes (et pas uniquement au second plan)

J’attends de découvrir les prochaines saisons pour voir se ces défauts de représentation seront corrigés ou non. Mais même sans cela, Orange is the new black est une série qui va marquer, je l’espère, l’histoire de la « télévision » (c’est une série netflix, donc disponible sur internet)

C’est une série dramatiquement bien construite, avec ses moments de tension, de drame, mais aussi de comédie pure. Elle ressemble à la vie, et il est un peu tragique de se rendre compte que la vie d’une femme est mieux décrite dans une série sur une prison que dans toute autre série.

Global Gay : pour que s’aimer ne soit plus un crime

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GLOBAL GAYA Cuba, les droits LGBTI font aujourd’hui partie du combat révolutionnaire

 

Jean-Claude Roger Mbede est mort le 10 janvier 2014 à l’âge de 35 ans. Condamné à trois ans de détention pour homosexualité sur la base d’un simple texto, ce jeune Camerounais était obligé de se cacher dans la brousse pour échapper à la prison. Dans sept pays, la loi prévoit la peine de mort pour les homosexuels. Dans 76 autres, dont le Cameroun, les minorités concernées risquent l’enfermement. Depuis 10 ans, un mouvement milite à l’échelle mondiale pour obtenir la dépénalisation universelle de l’homosexualité, soutenu par les plus hautes instances de l’ONU. Mais il semble que le combat soit encore loin d’être gagné. Tour d’horizon des traitements réservés aux minorités sexuelles à travers le monde.

 

Documentaire de Rémy Lainé / Scénaristes : Rémy Lainé et Frédéric Martel.
Durée : 77min.
Production : Ligne de Mire, avec la participation de France Télévisions, d’après l’ouvrage de Frédéric Martel Global Gay (éditions Flammarion)
Année : 2014

La question des droits LGBTI n’est pas, comme certains trolls pourraient le faire croire, une question réservée aux bobos occidentaux. Elle se décline dans tous les pays du monde, ceux qui souffrent des lois homophobes colonialistes, ceux qui acceptent l’existence d’un 3ème sexe, tous ceux qui veulent ou qui devront, contraints et forcés, appliquer le principe d’égalité sans concession des hommes entre eux, quels et quelles qu’illes soient.

Ce documentaire peut paraître un peu court, et très synthétique, pour quelqu’un qui s’intéresse déjà à l’aspect international des droits LGBTI. Il me semble être une excellente introduction à tous ceux qui voudraient savoir non seulement comment cela se passe “là-bas” (hors du monde occidental) et pourquoi le combat pour l’égalité est, littéralement, une question de vie ou de mort.

 

GLOBAL GAY
Deux jeunes Iraniens condamnées à la pendaison pour soupçon d’homosexualité

 

Plus d’information sur le site de France 5.