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The Walking Dead – AMC

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J’ai mis longtemps avant de m’intéresser à la série post-apo/zombie The Walking Dead, à cause d’une très mauvaise lecture des premiers volumes de comics.

Difficile en effet de m’intéresser à une histoire où les femmes étaient tenues à faire la lessive, les jeunes filles à être reluquées par un vieillard, et les hommes seuls habilités à tenir des fusils. Sans compter une insupportable histoire de culpabilité à base de « j’ai trompé mon mari avec son meilleur pote alors que je pensais qu’il était mort et c’est mal. »

Le fait de se retrouver, de fait, avec des personnages principaux extrêmement peu originaux (le good guy, le meilleur pote un peu limite, l’épouse modèle (un peu nunuche), le fiston tellement fier de son père, et ainsi de suite) ne donnait pas particulièrement envie.

Et puis, j’ai cédé et je me suis dit : allez, au moins la première saison, et si j’accroche je continue.

Je peux donc sans me démonter dire que The Walking Dead est une publicité mensongère.

La première saison en effet cherche à présenter un groupe résistant aux zombies, mais reproduisant les « règles » de la société habituelle : les hommes aux armes, les femmes à la domesticité, mais également les Noirs infériorisés, les Asiatiques forcément malins et rapides, les bouseux forcément durs et abrutis.

Et puis la situation évolue.

Nous nous retrouvons dans une ferme, dominée par une figure patriarcale (Herschel) et ses filles. Mais les femmes se rebiffent peu à peu, les filles de la ferme comme celle du premier groupe de héros. Pas toutes non, et pas toutes en même temps, mais quelques-unes. Certaines le font avec violence, d’autres s’émancipent peu à peu, et ainsi de suite.

Nous arrivons à l’arc du Gouverneur et de nouveau on sent une évolution. On met un peu de sexe dans l’histoire mais les positions s’équilibrent, même si les chefs des deux camps qui s’opposent sont toujours des hommes. Car les deux personnages qui vont faire avancer la situation et devenir le moteur de l’intrigue sont des femmes (et pas dans un rôle sexuel du moins pas pour Michonne)

Et plus les saisons passent, plus le modèle patriarcal qui avait servi de structure sociale aux premiers épisodes s’effondrent. La puissance, les rapports de domination se transforment. Tout comme les définitions de bons et de gentils (la saison trois est de ce point de vue là exceptionnelle dans son traitement des « héros »)

Si l’on prend du point de vue racial, thème éminemment problématique aux Etats-Unis, une scène résume à elle seule le parti pris par la série : Daryl, le « beau gosse ténébreux », est dans une voiture, en chasse, accompagné de trois autres compagnons, Tyreese, Bob et Michonne. Trois Noirs. Et tous en statut d’égalité (égalité dans l’intrigue, égalité dans les scènes, les dialogues, etc) C’est extrêmement rare dans une série qui compte un public aussi nombreux que celui de The Walking Dead (le fait que deux de ces Noirs soient joués par deux acteurs de The Wire n’est peut-être même pas une coincidence)

Pareil pour les femmes. Leurs relations ne sont pas sexualisées, pour aucune d’entre elle, à deux exceptions près (elles sont en couple), sauf pour les menaces de viol (rares aussi et totalement absentes quand elles sont dans le groupe des héros)

Entre elles, elles ne parlent pas de mecs, mais de ce qu’elles sont en train de vivre (ce qui est somme toute logique quand on butte du zombie tous les jours)

Avec les mecs, elles ne sont pas dans la séduction, mais dans l’échange, l’égalité et le respect. Il y a des moments d’affection (tout particulièrement envers les personnages de Tyreese et Daryl) mais ce sont des moments de fraternité/sororité qui sont d’autant plus bouleversants qu’ils sont dénués d’arrière pensée de séduction.

S’il fallait retenir trois personnages féminins dans toute la série, je citerai Michonne, Carol et Beth. Michonne parce que son profil est celui habituellement réservé au « cowboy solitaire » : elle a vécu longtemps seule et a survécu seule. Le parallèle avec le personnage de Bob, qui a vécu de la même façon mais qui a beaucoup moins supporté la solitude qu’elle (du moins il le montre plus) est assez démonstratif de son statut d’héroïne « bigger than world ».

Carol fait partie de celles qui vont s’émanciper et se durcir avec le plus d’efficacité et aussi le plus de douleur. Son histoire, qui ne rejette pas son statut très maternel, est particulièrement intéressante et dramatique. De plus, elle s’éloigne des clichés féminins par son âge, son physique et le fait qu’elle tient un rôle de premier plan alors que son genre de personnage est la plupart du temps relégué au second plan.

Beth offre un parallèle intéressant avec le personnage de Carl, le gamin de l’histoire. Là où Carl (douze/treize ans) s’endurcit au delà de la morale, Beth (dix-sept ans) garde un optimisme détaché qui cache une détresse abyssale . Son personnage est fait de légèreté et pourrait être insupportable dans le genre « princesse à sauver », et elle franchit cette ligne-là, mais pour mieux retourner la situation ensuite. Il « suffit » de l’enlever du cocon du groupe pour qu’elle ait la « chance » d’évoluer et de devenir elle aussi une survivante.

Les autres personnages féminins sont du même acabit, à une ou deux exceptions près (comme il y a dans la série quelques personnages masculins plus faibles que les autres)

Ce fut une excellente découverte pour ma part et je m’incline bien volontiers devant cette petite révolution télévisuelle.

Et en plus les zombies c’est fun ^^

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Point de vue sur : Philippe Du Crest

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Comme quoi on découvre toujours de nouvelles choses en écoutant la radio, c’est sur France Inter que j’ai entendu parler du travail de Philippe Du Crest.

Né en 1959 à Marseille. Vit et travaille à Marseille.
Issu d’une famille dans laquelle sa mère artiste peintre lui fait découvrir l’art dès son plus jeune âge, c’est en autodidacte que Philippe du Crest découvre la photographie. 

Il la pratique le soir, dans le quartier du Panier afin d’échapper aux insomnies liées à ses crises d’asthme. 

C’est l’apprentissage de l’argentique, technique qu’il abandonne au moment où il débute ses études en sciences économiques. 

Plusieurs métiers se succèdent alors jusqu’à une formation en photogravure. 

Devenu imprimeur à son compte pendant plus de vingt ans, il se frotte aux nouvelles techniques de l’offset et aux bouleversements de ce métier.

En 2006, il reprend la pratique de la photographie, numérique cette fois, et de « manière sérieuse » comme il aime à le souligner. Il mène depuis lors une activité de photographe indépendant, développant un travail de recherches qui l’amène à produire plusieurs séries et à ses premières expositions.

C’est la galerie Trans’humanité qui “justifie” la présence de Philippe Du Crest sur ce blog. Ces portraits de trans’ sont d’un naturel, d’une beauté et d’une sérénité apaisants. Un magnifique travail qui doit se voir, pour découvrir un genre trans’ hors de toute polémique façon “zoo” ou “freak show”.

Philippe Du Crest sera présent à la Foire d’Art Contemporain de Strasbourg ce novembre.

Le genre, cette “chose” qui détruit les enfants ?

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Le blog de « Comment tu t’habilles » n’est pas mort (loin s’en faut), mais s’est vu ralenti suite à deux événements : le manque de temps de la rédactrice, et une actualité brûlante qui ne cesse de m’interroger tout en monopolisant mon attention.

Je voulais ici un blog de lectures et de découvertes, je ne souhaitais pas un blog trop perso, même si, d’évidence, le sujet des genres et des identités me touche. Mais là, je ne sais plus. Il me semble peut-être un peu plus évident de parler de moi que de parler des autres.

Moi.

Qui suis-je ?

Personne.

Rien.

Un vide non défini.

Il y a très longtemps, j’ai vécu un traumatisme qui m’a effacée de la case « fille » des papiers sociaux. Je ne pouvais plus être une fille, parce qu’être une fille, c’était avoir mal. Je ne voulais plus être fille, non plus, parce que j’étais sale. Donc pas jolie. Pas mignonne. Pas apte à devenir ce modèle joli et rose que tout le monde autour de moi érigeait en exemple.

Et je n’étais pas un garçon non plus. La question ne se posait même pas car la seule assurance que j’aie jamais eu, même en cette période très trouble, c’est que je n’en étais pas un.

Alors j’étais quoi ?

Je n’étais rien.

Je n’avais pas de livres, pas de films, pas d’essais, pas de discours pour me dire que je pouvais être autre. Que l’autre, que l’altérité indépendante de ce très réduit binôme fille/garçon, existait et que je pouvais l’explorer. Il n’y avait rien. Donc je n’étais rien.

J’ai tenté de devenir une fille complète : mais je n’aimais pas le rose, je n’avais pas beaucoup de poupée, je n’aimais pas les films de filles. Mon goût personnel s’affirmait, m’offrant une individualité loin de l’identité sexuelle, mais ils ne cessaient de m’éloigner du modèle social unique. J’étais quelque chose, mais je ne savais toujours pas quoi.

Il m’a fallu longtemps avant de découvrir l’homosexualité. Au départ, un danger, et un truc de mecs : j’avais neuf ans quand on a commencé à parler pour la première fois du SIDA et c’est comme ça que j’ai découvert que les garçons n’avaient pas forcément besoin de filles. Il y a mieux comme introduction à l’homosexualité quand même.

Et j’en étais toujours exclue puisque j’étais une fille.

Alors j’ai découvert l’homosexualité des filles et je suis tombée amoureuse de filles. Et si le sentiment était plaisant, je ne savais toujours pas sur quel pied danser et je me suis retrouvée dans des situations de soumissions – je n’étais rien, elles étaient : la différence jouait en leur faveur, et ma malchance amoureuse aussi – qui n’étaient pas très agréables.

Je me suis dit : bon, être lesbienne, c’est pas pour moi, vu que ça fait mal.

Alors je suis peut-être asexuelle. Un mot que j’ai découvert dans ces environs-là, il y a trois ou quatre ans, pas plus. Un mot qui était sympa, accueillant. Mais bon, l’activité faisant… Je me suis bien rendue compte que non, ce n’était toujours pas ça.

Il y avait bien la bisexualité. Ah oui, déjà c’était beaucoup mieux. Et… Et oui si c’était ça ? Si c’était ça puisque non, décidément non, pas besoin d’être un fêtard qui couche à droite à gauche pour être bi ! (une caricature encore présente dans la tête de beaucoup, beaucoup de gens)

J’ai mis vingt ans à me réapproprier mon corps et, en même temps, mon identité de genre – je suis une fille ! – et mon orientation sexuelle et sentimentale – je suis bi ! – J’ai mis vingt ans parce qu’à mon époque, on ne parlait pas des choses qui font mal à des milliers d’enfants, filles et garçons – et encore aujourd’hui, c’est compliqué et difficile. J’ai mis vingt ans parce qu’à mon époque, une petite fille de neuf ans ne savait pas qu’on pouvait aimer qui on voulait, garçon, fille ou trans. J’ai mis vingt ans parce qu’on m’avait donné une case, puis juste deux, seulement deux, et qu’aucune des deux ne m’allait. J’ai mis vingt ans.

Aujourd’hui, grâce à des auteurs merveilleux, en jeunesse comme en littérature adulte, grâce à des essayistes et des sociologues, grâce à quelques psy bien formés – ils existent et j’en ai trouvé un et je sais la chance que j’ai –, grâce à des militants politiques, grâce à des enseignants, grâce à des parents de mon âge qui, enfin, ont pu aussi s’interroger là-dessus, grâce à des livres et des films, les petites files et les petits garçons et les petits « entre-deux » d’aujourd’hui ont une chance de moins souffrir et de se construire plus solidement, avec plus d’amour et moins d’isolement qu’avant.

Ils ont cette chance.

Ne leur ôtez pas cette chance.

 

 

Edit:
Et quelques articles qui font du bien par des personnes bien.
Silène Edgar, auteure et amie très chère : http://augredemeshumeurs.blogspot.fr/2014/02/tous-poils.html
Charlotte Bousquet, auteure : http://charlottebousquet.blogspot.fr/2014/02/genre.html?spref=fb

Revue web : Le Blog de Quai des Brumes

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La librairie du Quai des Brumes, à Strasbourg, est de celles qu’on aime au premier regard. Une librairie indépendante, qui présente sur ses étals des livres humanistes, témoignages et études historiques ou sociologiques. Les coups de coeur y sont recensés par des petites feuilles roses couvertes des impressions du libraire-lecteur. Et ces petites taches roses fleurissent dans tout le magasin.
Et si je m’y intéresse cette semaine c’est que le blog qui y est associé a publié un petit article qui a retenu mon attention : Question de genre sur les rives de la Méditerranée, un sujet ô combien tabou (car la “Méditerranée” est considérée comme machiste et homophobe, sans nuance) avec des livres qu’on a envie de lire.
A lire et un blog à découvrir, même si vous n’habitez pas Strasbourg.