Pelo Malo – Mariana Rondón

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Film vénézuélien.

2013.

Pitch :

Agé de 9 ans, Junior vit à Caracas avec sa mère Marta et son frère de 2 ans. Junior n’est pas un petit garçon comme les autres : c’est ce que pense sa mère, qui n’apprécie par la façon de danser de son fils, bien trop efféminé à son goût. Malgré l’amour sincère que lui porte sa mère, Junior fuit ses soupçons auprès de Carmen, son exubérante grand-mère, qui l’accepte tel qu’il est. Ensemble, ils dansent, s’amusent. Carmen aide même son petit-fils à se lisser les cheveux : le petit garçon ne supporte plus ses cheveux frisés qui lui rappellent ceux de son père…

Mon avis :

Film découvert lors du cinéclub des Droits humains de l’Odyssée, à Strasbourg, au moment de la semaine des visibilités. Le film a été suivi d’un passionnant débat avec une militante des droits des personnes trans*.

Ici il n’est pourtant pas question de transidentité à proprement parlé, mais de destruction totale des genres. Non, pas d’inquiétude, le monde ne s’effondre pas à la fin, mais bien les illusions d’un petit garçon pas assez masculin aux yeux de sa mère.

Loin de tout manichéisme, la réalisatrice use de plans subtiles pour mettre en scène cet affrontement entre une mère et son fils. Comme le fait que toutes les femmes restent à l’intérieur de leurs appartements, risquant les sifflements (et le viol) en sortant, alors que l’extérieur est uniquement habité par des hommes. Comme ces regards pesants de Junior sur le jeune homme qui lui vend des allumettes : regard envieux ou regard amoureux ? On ne le saura jamais.

Il ne fait pas bon être une femme au Venezuela, et la mère de Junior l’a bien compris. L’homophobie dont pourrait être victime son fils est terrible parce qu’être une femme est terrible et dangereux. Elle qui se masculinise, par sa violence, sa froideur, son métier même (vigile), ses relations plus physiques qu’amoureuses, ne veut pas que son fils souffre de cela. Et sa peur s’accroche à l’envie de ce petit garçon de, simplement, se lisser les cheveux.

Et alors que sa copine se vernit les ongles (mais pas trop pour pas « faire pute »), se dandine dans sa serviette sirène et s’illumine dans une robe de miss, Junior se retrouve obligé à obéir, à neuf ans, à des injonctions hyper machistes qui le détruisent.

Et même si le Venezuela peut paraître bien loin de nous, il est inutile de se voiler la face : ce genre de chose se passe aussi chez nous.

Quelques liens pour approfondir le sujet :

http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2015/06/06/feminicides-pourquoi-les-argentins-manifestent_4648644_3222.html

http://www.cestcommeca.net/definition-hp-transphobie.php

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Mad Max : Fury Road – George Miller

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Comment aborder la séquelle d’une série culte, adorée (par moi du moins) mais peu connue ou reconnue pour son caractère potentiellement féministe ? Si les femmes étaient le dernier rempart de la civilisation dans Mad Max, premier du nom (et comme elles disparaissent, la civilisation s’effondre), elles étaient particulièrement absentes du second épisode, ou comme vague intérêt sexuelo-romantique. Le troisième épisode, vous me pardonnerez de n’en avoir absolument aucun souvenir.

Bref, c’est partagée entre mes positionnements politiques et mes adorations de geek que je suis allée au cinéma, certes réchauffée par les avis enthousiastes de quelques amies.

Le choc.

Les cinq premières minutes m’ont laissée profondément perplexes, je l’avoue.

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Mais dès que le film prend de la vitesse (au sens propre comme au sens figuré), c’est partie pour un démontage en règle et sans nuance de l’univers machiste et abrutissant de sociétés vouées au processus de domination.

Max se retrouve prisonnier d’un clan mené par un dictateur fou qui garde le monopole de l’eau. La division est simple : le peuple, les enfants soldats (War Child) abrutis par des discours politiques simplistes, la promesse du paradis et les drogues, les femmes-harems (outres à lait, l’or blanc de la tribu, ou ventres à procréer des garçons) et les hommes (enfin les hommes, les hommes dominants)

Dans cette société, une incongruité : Furiosa, conductrice de camion citerne, à mi-chemin entre les war child (dont elle porte le stigmate noir sur les yeux) et les femmes. Est-elle stérile ? A-t-elle obtenu ce poste pour ne pas avoir à finir comme ses autres congénères ? On ne le saura jamais.

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Mais Furiosa se sent coupable et va aider les femmes-harems à fuir leur prison, à la recherche d’une hypothétique Terre Verte, société matriarcale pleine de promesses.

Si Max se retrouve embrigadé dans cette course-poursuite, ce n’est pas lui le héros (comme il ne l’étais pas dans le second épisode de la saga d’ailleurs) Mais il reconnait en Furiosa un miroir. Mais alors que lui a « raté » sa rédemption (comme le rappelle de nombreux flashes à la limite de la folie), Furiosa a encore le temps de réussir.

Furiosa est donc l’héroïne de ce film.

Les femmes qu’elle trimbale dans son camion apparaissent comme des déesses-nymphes des temps moderne : chacune son style (différenciée par leurs peaux et leurs cheveux, comme le plus basique de jeux de drague pour mec), habillées de peu, des tailles de mannequins. Oui, si elles ont été choisi pour chair à sperme, c’est parce qu’elles sont belles. Mais, comme elles le répètent encore et encore, elle ne sont pas « des choses ». Elles ne seront jamais réduite à ça, à des fantasmes pour hétéro. Plus le film avance, plus elles prennent en chair. Plus même arrivent-elles à reconquérir la personnalité et la force de caractère dont les hommes les avaient dépourvues.

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Face à elles, des hordes d’enfants soldats « éduqués » à vouloir la mort, enfants bombes dont Miller ne s’excusera jamais d’en faire des retranscriptions appuyées des enfants de nos temps.

Et de l’autre côté du désert, les Amazones. Des vieilles, de celles qui ne sont jamais, jamais à l’écran, et encore moins à se battre, sur des motos surpuissantes, seules et encore détentrices d’un savoir et d’une histoire universelle dont elles sont les seules à encore connaître l’importance.

Douze femmes.

DOUZE !

Pour un blockbuster.

Un film d’anticipation hyper-violent où la violence n’est pourtant jamais sexualisée.

Où elles ne sont jamais objets de faiblesse, prétexte à faire briller l’homme sauveur.

Brf, Mad Max : Fury Road, est un putain de film féministe, et je vous pousse tou.te.s à aller le voir !

The Walking Dead – AMC

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J’ai mis longtemps avant de m’intéresser à la série post-apo/zombie The Walking Dead, à cause d’une très mauvaise lecture des premiers volumes de comics.

Difficile en effet de m’intéresser à une histoire où les femmes étaient tenues à faire la lessive, les jeunes filles à être reluquées par un vieillard, et les hommes seuls habilités à tenir des fusils. Sans compter une insupportable histoire de culpabilité à base de « j’ai trompé mon mari avec son meilleur pote alors que je pensais qu’il était mort et c’est mal. »

Le fait de se retrouver, de fait, avec des personnages principaux extrêmement peu originaux (le good guy, le meilleur pote un peu limite, l’épouse modèle (un peu nunuche), le fiston tellement fier de son père, et ainsi de suite) ne donnait pas particulièrement envie.

Et puis, j’ai cédé et je me suis dit : allez, au moins la première saison, et si j’accroche je continue.

Je peux donc sans me démonter dire que The Walking Dead est une publicité mensongère.

La première saison en effet cherche à présenter un groupe résistant aux zombies, mais reproduisant les « règles » de la société habituelle : les hommes aux armes, les femmes à la domesticité, mais également les Noirs infériorisés, les Asiatiques forcément malins et rapides, les bouseux forcément durs et abrutis.

Et puis la situation évolue.

Nous nous retrouvons dans une ferme, dominée par une figure patriarcale (Herschel) et ses filles. Mais les femmes se rebiffent peu à peu, les filles de la ferme comme celle du premier groupe de héros. Pas toutes non, et pas toutes en même temps, mais quelques-unes. Certaines le font avec violence, d’autres s’émancipent peu à peu, et ainsi de suite.

Nous arrivons à l’arc du Gouverneur et de nouveau on sent une évolution. On met un peu de sexe dans l’histoire mais les positions s’équilibrent, même si les chefs des deux camps qui s’opposent sont toujours des hommes. Car les deux personnages qui vont faire avancer la situation et devenir le moteur de l’intrigue sont des femmes (et pas dans un rôle sexuel du moins pas pour Michonne)

Et plus les saisons passent, plus le modèle patriarcal qui avait servi de structure sociale aux premiers épisodes s’effondrent. La puissance, les rapports de domination se transforment. Tout comme les définitions de bons et de gentils (la saison trois est de ce point de vue là exceptionnelle dans son traitement des « héros »)

Si l’on prend du point de vue racial, thème éminemment problématique aux Etats-Unis, une scène résume à elle seule le parti pris par la série : Daryl, le « beau gosse ténébreux », est dans une voiture, en chasse, accompagné de trois autres compagnons, Tyreese, Bob et Michonne. Trois Noirs. Et tous en statut d’égalité (égalité dans l’intrigue, égalité dans les scènes, les dialogues, etc) C’est extrêmement rare dans une série qui compte un public aussi nombreux que celui de The Walking Dead (le fait que deux de ces Noirs soient joués par deux acteurs de The Wire n’est peut-être même pas une coincidence)

Pareil pour les femmes. Leurs relations ne sont pas sexualisées, pour aucune d’entre elle, à deux exceptions près (elles sont en couple), sauf pour les menaces de viol (rares aussi et totalement absentes quand elles sont dans le groupe des héros)

Entre elles, elles ne parlent pas de mecs, mais de ce qu’elles sont en train de vivre (ce qui est somme toute logique quand on butte du zombie tous les jours)

Avec les mecs, elles ne sont pas dans la séduction, mais dans l’échange, l’égalité et le respect. Il y a des moments d’affection (tout particulièrement envers les personnages de Tyreese et Daryl) mais ce sont des moments de fraternité/sororité qui sont d’autant plus bouleversants qu’ils sont dénués d’arrière pensée de séduction.

S’il fallait retenir trois personnages féminins dans toute la série, je citerai Michonne, Carol et Beth. Michonne parce que son profil est celui habituellement réservé au « cowboy solitaire » : elle a vécu longtemps seule et a survécu seule. Le parallèle avec le personnage de Bob, qui a vécu de la même façon mais qui a beaucoup moins supporté la solitude qu’elle (du moins il le montre plus) est assez démonstratif de son statut d’héroïne « bigger than world ».

Carol fait partie de celles qui vont s’émanciper et se durcir avec le plus d’efficacité et aussi le plus de douleur. Son histoire, qui ne rejette pas son statut très maternel, est particulièrement intéressante et dramatique. De plus, elle s’éloigne des clichés féminins par son âge, son physique et le fait qu’elle tient un rôle de premier plan alors que son genre de personnage est la plupart du temps relégué au second plan.

Beth offre un parallèle intéressant avec le personnage de Carl, le gamin de l’histoire. Là où Carl (douze/treize ans) s’endurcit au delà de la morale, Beth (dix-sept ans) garde un optimisme détaché qui cache une détresse abyssale . Son personnage est fait de légèreté et pourrait être insupportable dans le genre « princesse à sauver », et elle franchit cette ligne-là, mais pour mieux retourner la situation ensuite. Il « suffit » de l’enlever du cocon du groupe pour qu’elle ait la « chance » d’évoluer et de devenir elle aussi une survivante.

Les autres personnages féminins sont du même acabit, à une ou deux exceptions près (comme il y a dans la série quelques personnages masculins plus faibles que les autres)

Ce fut une excellente découverte pour ma part et je m’incline bien volontiers devant cette petite révolution télévisuelle.

Et en plus les zombies c’est fun ^^

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La Domination Masculine – Patric Jean

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Sorti en 2009, le documentaire français (avec une pointe de Québec) La Domination Masculine plonge le spectateur dans la chair même de ce qu’est l’inégalité des genres. Il ne s’agit pas d’un documentaire explicatif, mais de l’accumulation et de la mise en résonance de témoignages divers qui, surtout, laisse la place à trois catégories que l’on entend rarement dans notre bulle féministe : le commerce, les hommes et les masculinistes.

Inutile de dire que le premier et les derniers n’en sortent pas grandis.

Je pense que le tour de force de Patric Jean réside en deux points.

Tout d’abord il me donne furieusement envie de lire le livre de Bourdieu dont il tire son titre (je suis très hermétique à la philosophie, surtout aux essais écrits)

Ensuite il nous fait rentrer dans son thème par la porte drôle et sympa : le pré-générique suit un homme qui va se faire agrandir le pénis. C’est pathétique, douloureux, et on sent déjà que ce n’est pas l’homme, caractère masculin, qui sera ici le coupable de tout. Puis on passe par la société genrée avec ses deux exemples les plus parlants : les jouets et le salon de l’automobile, soit les jouets d’imitation de ménagère et les mannequins d’un côté, les jouets d’« imagination » et les acheteurs/clients de l’autre. Pour quelqu’un qui est déjà familier du thème, on est en terrain connu. Pour quelqu’un qui ne s’est pas encore posé de questions sur le féminisme, l’introduction est excellente et sans demie mesure.

Et puis le documentaire glisse vers le Québec, son avancée, son féminisme politique… et le massacre de Lépine à l’école polytechnique de Montréal en 1989. Jour où Marc Lépine arriva dans la grande école, sépara les élèves, choisit d’en tuer certaines (l’actualité d’aujourd’hui arrive ici en écho douloureux). Que des femmes. Que des femmes qu’il avait identifiées en tant que féministes. Cet assassin fut à la fois présenté comme un malade mental (pour rejeter comme cause de sa violence sa haine des femme) et comme un modèle par les masculinistes (avec une « belle » apparition, dans le documentaire, d’Eric Zemmour à propos de la « violence civilisée du couple »)

Patric Jean met en parallèle ces témoignages d’hommes masculinistes avec des scènes et témoignages à l’accueil d’un centre d’aide aux femmes battues.

Ce sont des moments rares. Des moments de télévision d’une force qu’il est difficile de retrouver ailleurs.

La Domination Masculine met les points sur les i sur deux sujets : le féminisme est aussi une affaire d’homme ; et le féminisme n’a pas de « petits » combats.

Un beau et dur documentaire à voir de toute urgence.

Downton Abbey – Julian Fellowes

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Downton Abbey n’est pas vraiment ce que l’on pourrait appeler une série révolutionnaire, du moins pas sur la papier : une série dramatique prenant place dans un château anglais, pendant les années 10, et contant les mésaventures de ses habitants, famille aristocratique et petit personnel. Décors et costumes d’époque, intrigues sentimentales et humour british, il n’y avait pas de quoi fouetter un chat.

Le pitch pouvait mettre en avant, de fait, la chute d’un monde (celui de l’aristocratie) face au monde moderne.

Il se trouve qu’une autre lecture peut être faite de la série, et comme nous sommes sur un blog féministe et « de genre », inutile de vous dire quel point de vue nous allons prendre pour disséquer, à la mesure de mes moyens, Downton Abbey.

En effet il se trouve que deux des personnages principaux masculins de la série, Lord Grantham et son majordome en chef, Carston, sont littéralement perdus, et ne cessent au cours des saisons de se raccrocher à des symboles passéistes qui semblent de plus en plus s’effacer face à l’évolution des mœurs. Les autres personnages masculins, hors du socialiste Tom, restent politiquement en retrait, ou du moins restent dans leurs domaines de pouvoirs (au niveau des domestiques avec Thomas entre autre, et au niveau des aristocrates qui, quoiqu’il se passe dans le monde, sont toujours à la recherche de l’argent)

Du coup, les personnages qui évoluent le plus, et font évoluer la société autour d’eux, sont les femmes. Et ce à tous les niveaux.

Je note que je vais laisser de côté quelques personnages féminins, notamment Lady Grantham et Mary Grantham, qui, quoiqu’elles soient parmi les personnages principaux, ne m’inspirent vraiment, mais vraiment pas (quoique Mary pourrait faire l’objet d’une belle analyse sur l’aspect œdipien de son caractère, complètement soumis et dévoué à son père)

Portraits :

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Madame Hugues, ou le pragmatisme.

Madame Hugues est la gouvernante de Downton Abbey. Son premier aspect est celui d’une personne sévère, droite dans ses bottes et qui suis la règle de la façon la plus stricte qui soit. Mais au fur et à mesure que la série avance, on se rend compte qu’elle fait preuve de beaucoup de pragmatisme et de défense inflexible des personnes qu’elle protège. A deux occasions notamment, elle protège la réputation de sa maison tout en cherchant la meilleure solution pour « ses filles ». Son féminisme est un féminisme de classe : elles vivent dans le même monde et il faut se serrer les coudes (en restant dans les clous)

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Isobel Crawley, ou la générosité.

Isobel, arrivée à Downton Abbey lorsqu’il s’est avéré que son fils en était l’unique héritier direct, s’est frottée à la vie réelle grâce à son mari et son fils, respectivement médecin et avocat. Sa générosité envers les classes populaires est une variation de l’office de charité ; Mais là où les Lady de Downton s’en tienne à des événements plutôt mondains, Isobel met la main à la patte. Et après la guerre, elle cherche (avec peu de succès) à venir en aide aux veuves tombées dans la prostitution. Elle reste assez éloignée de la vie réelle, mais cet apparent déni des différences lui permet de voir tout le monde sur le même plan. Pour Isobel, tout le monde doit avoir les mêmes chances dans la vie, surtout dans les situations dramatiques. Son féminisme est, de fait, humaniste (elle défend tout le monde, hommes et femmes)

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Sybil Crawley, ou l’idéalisme.

Sybil est sans doute le personnage auquel une jeune spectatrice pourra le plus facilement se reconnaître. Non seulement pour son modernisme, mais aussi pour son engagement politique, qui part d’un intérêt curieux et généreux (à l’image d’Isobel) pour arriver à une action beaucoup plus politique. Comme quelqu’un qui irait voter à 18 ans pour s’engager dans un parti politique deux ans plus tard. Sybil s’intéresse à un domaine qui n’est pas censé intéresser les femmes (comme le lui rappelle sa sœur aînée, Mary), la politique et les actualités. Elle est la première à rompre la limite entre les aristocrates et le peuple, et elle le fait avant de tomber amoureuse de Tom. Ce qui en fat plus qu’une simple romantique. Son engagement est réel même s’il reste très idéaliste. Son féminisme est engagé et entêté.

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Edith Crawley, ou l’erreur continuelle.

Edith est-elle féministe ? Edith occupe une place bâtarde dans la famille de Downton Abbey. Elle est la cadette, entre Mary, qui doit hériter et se marier à tout prix (et en hérite une condescendance qui lui est pardonnée), et Sybil, qui est la dernière donc la moins soumise aux dictats familiaux. De plus Edith n’a pas la répartie de ses sœurs ou de sa grand-mère. Au début de la série, elle imite Mary, sans jamais y réussir, et en se faisant systématiquement rabrouée. Mais elle apprend. Edith n’est pas une personnalité de premier plan, mais elle est une personnalité fluide, qui s’adapte et encaisse les coups. De tous les personnages de la série, elle est celle qui fait sans doute preuve du plus de résilience. Et si elle rate chaque étape de sa vie, elle symbolise tout ce que les femmes de sa condition pouvaient souffrir (puisque Mary, elle, réussit quasi/ment tout) : pas de mariage, grossesse non désirée, parole silenciée et moquée. Chaque acte d’Edith est jugé, mesuré et critiqué. J’espère, sincèrement, qu’elle arrivera à prendre son destin en main d’ici la fin de la série, parce que je pense qu’il s’agit d’un des personnages les plus intéressants de Downton Abbey. Et son féminisme est… subi.

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Daisy Robinson, ou l’indépendance.

Je pensais finir ces portraits sur Violet, la douairière, ou sur Rose, la révoltée, mais je pense qu’il est intéressant de se penchée sur Daisy. Fille de cuisine, timide et maladroite au début de la série, Daisy ne s’intéresse pas à la politique. Elle ne s’intéresse pas au mariage, ce n’est pas un but en soi pour elle. Elle ne fait que son travail, et pensait ne faire que ça jusqu’à la fin de sa vie. Puis elle hérite d’une ferme par un veuvage incongru. Elle lève la tête face à Madame Patmore et exige plus de responsabilités. Elle accueille avec joie la modernité en cuisine. Elle fait des étincelles en cuisine et commence à reprendre ses études. Daisy est une jeune fille qui est partie de rien et se retrouve avec une route constamment élargie devant elle, une route devant laquelle elle va pouvoir faire des choix. Je pense qu’elle symbolise le mieux l’évolution sociale en branle dans Downton Abbey. Elle ne cherche pas à s’échapper de sa condition et n’a aucun moyen de pouvoir pour agir sur les autres. Mais elle apprend aussi que des choix sont possibles, et que si elle veut changer un jour de statut, cela ne passera pas par un homme, mais par elle-même. Son féminisme ne dit pas son nom mais il est sans doute le plus fort.

Le Choix – Désirée et Alain Frappier

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Titre : Le Choix
Auteur : Désirée et Alain Frappier.
Année : 2015.
Editeur : La Ville Brûle.
Genre : Autobiographie et manifeste.

Nombre de pages : nr.

Public : A partir de 14 ans (à associer à une discussion sur mai 68 et le mouvement féministe)

Quatrième de couverture :

Pourquoi ces voyages en train qui l’emmènent toujours ailleurs, avec pour seule compagnie une valise et une carte famille nombreuse ? Pourquoi ce sentiment de n’être jamais à sa place ? Pourquoi ce slogan réclamant le droit à l’avortement semble-t-il lui être adressé ? Pourquoi ce prénom si peu approprié ? Les réponses à ces questions se trouvent au fond d’un carton oublié dans le grenier de la maison familiale.

Avis :

Une BD coup de poing qui fait mal, très mal, mais que je pense nécessaire. Désirée est une jeune femme seule, jamais à sa place, qui ressent que quelque chose, quelque part, ne va pas entre sa famille (sa mère) et elle. Au fur et à mesure de sa recherche, de ses rencontres, de 1968 à nos jours, Désirée explore le passé familial, mais découvre aussi ce que signifie être une femme dans un monde où leur corps ne leur appartient pas.
Magnifique chronique décrivant, sans jamais être ennuyeux, le long et douloureux parcours jusqu’au droit à l’avortement (toujours remis en question), Le Choix ne dévie pas de son sujet, et n’omets aucune souffrance, notamment, bien entendu, l’ironie du nom que porte Désirée.
Je mettrais quelques réserves sur certaines parties du texte, que j’ai eu du mal à comprendre en première lecture (problème de sujet des phrases, on passe de Désirée à d’autres, et c’est des fois un petit peu compliqué à suivre) mais sinon, Le Choix est un immense coup de coeur, à faire lire à tout le monde, notamment aux adolescentes (ET adolescents) qui s’interrogent (ou non) sur ce qu’est le Droit à l’Avortement et la libération des femmes.

Agent Carter – Marvel Television

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En 1946, à la suite de la Seconde Guerre mondiale, la paix n’a pas aidé Peggy Carter qui se retrouve marginalisée après que les hommes sont rentrés du combat. Alors qu’elle travaille pour le SSR (Strategic Scientific Reserve), Peggy doit trouver un équilibre entre un poste administratif et des missions secrètes qu’elle effectue pour Howard Stark, tout en tentant de vivre sa vie de femme célibataire dans l’Amérique des années 1940, après avoir perdu l’homme de sa vie, Steve Rogers alias Captain America.

En ce 8 mars 2015, sortant d’une grippe sans nom (ou atypique, soit on ne sait pas ce que j’ai mais ça fait mal), je délaisse les documentaires, essais et réflexions théoriques pour vous parler de pulp fiction; Ce genre qui a bercé mes premiers grands émois littéraires et télévisés n’est pas vraiment connu pour être le paradigme du féminisme. Les femmes y sont souvent fétichisées, que ce soit de façon réac (les dominatrices hyper sexualisés d’un Sin City) ou moins réac (tout Tarantino et bon sang que j’aime Tarantino), mais peu y sont prises pour ce qu’elles sont : des êtres humains qui ont la particularité d’être des femmes.
Marvel, outre ses autres défauts (dont des scénarios des fois un peu légers), commence à renouveler la donne. Après avoir dégagé, avec plus ou moins de succès, Pepper Pot de son rôle de pot de fleur (la série des Iron Man), après avoir désexualisé Black Widow (Iron Man 2, Avengers, Captain American: Winter Soldier) pour en faire un “vrai” superhéros, voici l’essai plutôt réussi d’Agent Carter.
Rôle féminin de Captain America, Peggy Carter s’était déjà distinguée dans le film comme étant plus que le simple faire valoir romantique de Steve Rogers. Militaire expérimentée intégrée à un programme spécial de super soldat, renvoyée non pas à la maison mais sur le terrain des combats, Peggy Carter ne se contente pas de faire la belle plante en uniforme. Son personnage ne se définit pas par rapport à Rogers, même si celui-ci va avoir un énorme impact sur sa vie, non seulement sa vie sentimentale, mais aussi sa vie de citoyenne et de soldat. La gentillesse, la générosité et le courage de Rogers vont avoir un impact sur sa vie à elle… même si Peggy Rogers ne sera jamais ni gentille, ni naïve, mais juste très courageuse.
Nous arrivons donc à la série, qui se passe dans les années cinquante. Peggy Carter habite maintenant aux Etats-Unis et travaille dans un service de renseignements. Malgré ses états de fait militaire et son expérience, elle doit porter le café, taper les rapports et répondre au téléphone. Pas d’enquête, pas de terrain pour elle;
Et cette situation grotesque n’est pas le fait uniquement d’un service d’espionnage phallocrate, mais de la société entière.
Obligée à vivre dans un hôtel de jeunes filles, constamment remise à sa place de femme, Peggy Carter partage la vie de ses consoeurs, jeunes femmes de vingt à trente ans, célibataires, mises au chômage dès qu’un ancien militaire peut reprendre le travail qu’elles ont passé toute la guerre à occuper, reléguées à des figures de domestiques, esclaves et fantasmes masculins.
Alors, même si la série d’Agent Carter reste relativement banale en matière d’aventures d’espionnage vintage, le point de vue strictement féminin est un bol d’air bienvenu dans le monde de la pulp fiction.
On pourra regretter une absence de diversité dans le casting (tout le monde est blanc et hétéro) Ceci dit, en matière de série d’espionnage, cela change des séries testostéronnées des flics en costards 🙂

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Femmes sans enfant, femmes suspectes – Colombe Schneck

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De par son histoire personnelle, Colombe Schneck, dont les grands-tantes, déportées, ont perdu leurs enfants à Auschwitz et ont choisi d’en avoir d’autres très vite après la guerre, a ressenti la maternité comme une évidence “liée à la vie même”. “Mère heureuse de deux enfants”, elle est néanmoins intriguée par celles qui ont fait le choix inverse. La journaliste et écrivaine s’interroge aussi sur le jugement sévère que la société porte sur ces femmes sans enfant, facilement taxées d’égoïsme, de narcissisme, de névroses diverses… Pour en savoir plus, elle a rencontré Marie-Laure, 50 ans, une esthéticienne vivant à Paris, Eva, une Allemande de 80 ans, et Orna, 37 ans, une Israélienne, auteure d’une thèse sur les mères qui regrettent d’avoir eu des enfants.

Documentaire diffusé par Arte et disponible en VAD et DVD (et aussi visible sur youtube, il me semble), Femmes sans enfant, Femmes suspectes, s’intéresse à cet étrange objet social qu’est la femme sans enfant. Deux choses m’ont poussée à voir ce documentaire : Colombe Schneck, dont j’apprécie la voix sur France Inter, et le fait que, moi-même, j’ai fait le deuil de mes non-enfants (ça arrivera peut-être, ça n’arrivera peut-être pas, mais je ne dramatise plus pour cela)
Le système des témoignages est intéressant. Après tout, laisser la voix aux personnes concernées est toujours le meilleur moyen de parler d’un sujet aussi sensible. Les autres études que j’ai pu entrapercevoir parlaient surtout de femmes carriéristes et/ou confrontées à un système social forçant à choisir entre travail et famille (Allemagne et Japon en étant les plus grands exemples), avec, toujours, ce point de vue dénigrant sur les femmes qui font le “sacrifice” de ne pas avoir d’enfants.
Ici pas de sacrifice, juste une non envie.
Les trois femmes, de trois générations différentes, qui témoignent, n’ont pas ressenti le besoin d’avoir des enfants et n’en ont pas de regret. Elles subissent les jugements de leurs familles, de leur entourage, de la société. Elles ont eu des enfances sans histoire. Elles sont normales.
Après, ce qui m’a peut-être un peu embêtée dans ce documentaire, c’est qu’il n’y a pas de témoignage sur ce deuil, ce “le temps est passé, je n’ai pas eu l’occasion d’avoir un enfant, et maintenant il est trop tard mais tant pis”. Le documentaire restant sur le mode du témoignage, il y a peut-être aussi un peu un manque de profondeur.
Mais tant pis, Femmes sans enfant, femmes suspectes est tout de même un beau morceau de télévision qui écrase un peu le mythe de la femme sans enfant égoïste et forcément malade.

On n’est pas des super héros – Delphine Beauvois et Claire Cantais

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Titre : On n’est pas des super héros
Auteur : Delphine Beauvois et Claire Cantais.
Année : 2014.
Editeur : La Ville Brûle.
Genre : Manifeste.

Nombre de pages : nr.

Public : A partir de 4 ans (site de l’éditeur)

Quatrième de couverture :

Parce qu’il n’est jamais trop tôt pour lutter contre les stéréotypes…
Parce qu’il n’est jamais trop tôt pour lutter contre les stéréotypes, la collection jamais trop tôt propose aux enfants à partir de 3 ans des albums qui ne tournent pas autour du pot.
Après On n’est pas des poupées, mon premier manifeste féministe, Delphine Beauvois et Claire Cantais repartent à la chasse aux stéréotypes. Sans périphrases ni métaphores,
mais avec beaucoup d’humour et de fantaisie, On n’est pas des super-héros pose les bases de comportements égalitaires et antisexistes.
Au fil des pages, des héroïnes et des héros malicieux fournissent aux enfants des clés pour grandir en s’affranchissant des stéréotypes de genre. Et s’il faut vraiment endosser l’habit d’un super-héros, ce sera pour mener le combat de l’égalité.
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Avis :
Le pendant de On n’est pas des poupées, aussi acheté au Salon de Montreuil le mois dernier. On n’est pas des super héros pourrait s’intituler “je suis fier d’être moi même si je ne correspond pas aux préceptes virils”. Pleurer, aimer, câliner, jouer à la poupée, voici les messages de soutien que les auteures du livre envoient aux petits garçons. Tout en incluant aussi le “non” et le respect des filles.
J’ai trouvé ce livre très intelligent même si je lui trouve les mêmes “défauts” (minuscules) que pour le premier volume, notamment un art qui ne parlera peut-être qu’à un public restreint. Ceci dit, il est rare de voir un livre antisexiste dédié aux garçons, et rien que cela est vraiment à souligner (il peut aussi être lu aux filles, bien entendu, puisque les livres n’ont pas de sexe, après tout ^^)

On n’est pas des poupées – Delphine Beauvois et Claire Cantais

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Titre : On n’est pas des poupées
Auteur : Delphine Beauvois et Claire Cantais.
Année : 2014.
Editeur : La Ville Brûle.
Genre : Manifeste.

Nombre de pages : nr.

Public : A partir de 4 ans (site de l’éditeur)

Quatrième de couverture :

Parce qu’il n’est jamais trop tôt pour lutter contre les stéréotypes…

un premier manifeste féministe destiné aux enfants à partir de 4 ans.

Pour la première fois, un album jeunesse s’attaque de manière très frontale aux stéréotypes de genre, sans périphrases ni métaphores, mais avec toute la fantaisie et la poésie apportées par les magnifiques illustrations de Claire Cantais, mêlant dessins, photos et découpage.
À l’arrivée pas de clichés, des clins d’œil au mouvement féministe qui feront sourire les adultes, et des héroïnes malicieuses qui, au fil des pages, permettent de déconstruire et de dénaturaliser les injonctions faites aux filles dès le plus jeune âge.

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Avis :

Acheté au Salon du Livre Jeunesse de Montreuil (le stand de la Ville Brûle est un PARADIS), voici le premier de deux manifestes anti-sexistes à destination des enfants. Si le site de l’éditeur indique 4 ans, je pencherai plutôt vers un peu plus vieux. Ceci dit, c’est aux parents de voir.
En effet, On n’est pas des poupées n’aborde pas que le problème des jouets et du ménage, ce à quoi on réduit souvent l’éducation anti-sexiste pour les enfants. On y aborde aussi les rapports amoureux, le droit du corps, la maternité (ou non), etc. Il va relativement loin dans le féminisme, même s’il n’est pas incluant envers les enfants trans (mais très très très peu de livres le sont, y compris ceux à destination des adultes)
Je le trouve très chouette, bien que, comme dit, j’hésite sur l’âge de lecture (qui doit être accompagné par un adulte, au moins au début, pour expliquer les phrases (très simples) au lecteur/à la lectrice. Cela peut être un outil sympa pour répondre aux questions des enfants, ou pour aller à l’encontre des a priori qu’ils rapportent de l’école et de la cour de récréation.
Un autre petit “défaut” résiderait dans les illustrations. Elles sont très jolies mais expérimentales. Elles plairont à un public adulte déjà conquis. Mais pour faire de l’information vers une plus lare population, c’est peut-être un peu maladroit.Je demanderai plus tard l’avis de mamans et papas de mon entourage pour avoir un avis plus proche du public cible 🙂