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How to get away with murder – Peter Nowalk ; Shonda Rhimes

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Le fait d’avoir du mal à aborder le cas HTGAWM (How to get away with murder) sur un blog traitant du genre dans la culture populaire ne présume non pas de la mauvaise qualité de cette série mais, au contraire, de sa très grande qualité.

Le pitch est relativement basique : Annalise Keating possède un cabinet d’avocat, très modeste par rapport à ceux auxquels la télévision nous a habitués. Elle est également enseignante à la Fac et, tous les ans, elle prend sous son aile cinq étudiants qui travailleront pour elle. Et l’expression « sous son aile » n’est pas usurpée puisque qu’Annalise va protéger ses étudiants becs et ongles et souvent à leurs propres corps défendant. Les corps s’accumulent, les non-dits, trahisons et petits marchés aussi, jusqu’à laisser le spectateur avec une furieuse envie de regarder la suite (série excellente en cliffhangers)

Jusque-là donc, nous avons à faire à une série policière bien faite, bien rodée et avec ce qu’il faut de suspense et de retournements de situation pour devenir un chouchou des marathons séries que les plus geeks d’entre nous organisons régulièrement.

Là où HTGAWM dépasse ses petits camarades télévisuels, outre une interprétation au top, c’est dans le choix de son casting et de ses personnages.

Reprenons notre calculatrice, même si je n’apprécie pas trop cet outil : sur dix personnages principaux, seuls deux sont des HSBC (HeteroSexuels Blancs Cis… oui j’adore cette nouvelle expression ^^) Trois sont noirs, une est latinos, la majorité du casting est féminin (y compris hors des premiers rôles), un couple est ouvertement gay et nous avons un des premiers exemples de personnage bisexuel assumé et revendiqué.

Et quoi me direz-vous ?

Eh bien rien…

La société dans laquelle évoluent les personnages de HTGAWM n’est pas une société idéale : le racisme a l’air de prendre une part plus ou moins importante de l’intrigue dans la saison 2, un des personnages est biphobique (avec une circonstance atténuante mais tout de même), le machisme est toujours là, etc.

Mais les caractéristiques de « minorité » des personnages ne sont qu’une parmi leurs multiples facettes.

Si Connor est homosexuel, sa principale caractéristique reste une absence totale de confiance en soi, qui n’est pas aidée par sa situation professionnelle et sentimentale (sans spoiler ici)

Chacun des personnages (les étudiants en premier, puis, plus la série avance, tous les autres) ne révèlent que quelques caractéristiques de sa personnalité et chacun réagit à sa manière aux épreuves qu’il traverse.

Le personnage le plus intéressant (même si j’ai un gros faible pour Connor) reste Annelise. Présentée comme un roc inébranlable en début de série, elle se dévoile peu à peu dans ses faiblesses. Elle surprotège ses étudiants et les materne, dans tous les sens du terme (c’est particulièrement flagrant avec les personnages de Wes et Bonnie), et elle protège ses propres expériences et traumas sur son entourage (là encore avec Bonnie, mais il est à parier que ça ne va pas s’arrêter à ce seul personnage)

Sa peau noire, son mariage mixte, ses traumatismes d’enfance, sa bisexualité… Chaque chose la sculpte un peu plus dans toute sa complexité.

Et ce traitement s’applique à tous les autres personnages, il s’applique à ces personnages souvent caricaturés pour correspondre à l’idée qu’on se fait d’une minorité sans aller plus loin que le symbole.

Du coup au lieu de voir HTGAWM comme une série de revendication, on la voit comme un thriller très bien foutu, et de temps en temps on se rend compte : ah tiens, mais si, c’est différent de ce que je regarde d’habitude.

Et ça fait du bien.

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Hannibal – Bryan Fuller

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Attention l’article contient de très légers spoilers.

Hannibal, la série créée autour du personnage de Thomas Harris, a débarqué dans nos petites lucarnes il y a trois ans maintenant. La série s’est achevée, faute d’argent et de producteurs intelligents, il y a deux semaines, après une dernière saison des plus échevelées.

Mais Hannibal la série a-t-elle sa place sur un blog comme celui-ci ?

Au départ, non, ou plutôt, pas forcément : Hannibal reprend les bases du thriller psychologique, très in, hyper esthétisé, un peu élitiste. C’est très beau (c’est même visuellement magnifique) mais cela n’a rien de politique.

Et puis, peu à peu, au fil des saisons et au fil des interviews de Bryan Fuller, on se rend compte que Hannibal opère une petite révolution dans le monde étendu mais finalement peu varié du thriller et de la série de « serial killer ».

Le plus évident peut-être, c’est le nombre de rôles féminins dans un genre souvent assez macho et très masculin. Elles ont chacune leur importance dans la dramaturgie et suivent leur propre histoire sans être systématiquement attachées au héros (William Graham). Alana en est le plus bel exemple puisqu’elle refuse de devenir l’intérêt romantique de Will pour se préserver des (débuts) de délires psychotiques de Graham : une décision adulte qu’on ne voit encore que trop rarement. Les autres personnages féminins sont indépendants, savent réfléchir par elles-mêmes, se trompent, souffrent et combattent de la même façon que leurs comparses masculins.

De plus les femmes ne sont pas glamourisées de façon habituelle. Leur beauté reste très froide et détachée, et même les (très rares) scènes sexuelles sont plus des démonstrations symboliques que des spectacles destinés à l’oeil masculin. Hors de ces scènes, la nudité démontre plus une position de domination/provocation qu’un simple étalage destiné, encore, au spectateur masculin (c’est particulièrement frappant dans la première apparition de Freddie, la journaliste, mais également dans les scènes très tendues entre Bedelia et Hannibal).

Il n’y a pas de viol. Pour une série sur les serial killer, autant dire que c’est une exception. Le seul cas d’agression sexuelle est implicite, non montré, et le coupable est puni directement par sa victime et pas par un « homme sauveur ». Bryan Fuller a affirmé à plusieurs reprises que cette absence de viol était complètement voulu, qu’il souhaitait prouver qu’il était tout à fait possible de faire peur, et notamment faire peur à des personnages féminins, et les tuer et faire souffrir, sans avoir besoin de ce genre d’ « outil dramatique ».

Je l’avais déjà souligné en parlant de Bedelia dans un précédent article, mais l’attraction sexuelle que Hannibal opère sur certains personnages ne constitue pas non plus une différence de traitement entre homme et femme puisqu’il séduit de la même façon Bedelia, Alana et Will. Et que, si on ôte l’aspect sexuel/sensuel, absolument tous les personnages sont séduits par lui, à deux exceptions notables, le duo des Freddie (Freddie Lounds et Frederick Chilton)

Si on revient à l’aspect homosexuel de la série ; là où Harris avait été critiqué pour son traitement de la transexualité dans Le Silence des Agneaux, ici on peut dire que Bryan Fuller a passé les obstacles avec succès. La relation entre Hannibal et Will n’est jamais critiquée en tant que relation homosexuelle, mais comme relation dominant/dominé dangereuse. Et encore, tout le monde en profite bien.

Quant à la bisexualité d’Alana et sa relation avec Margot Verger, elle est normalisée au possible, sans critique, sans soulèvement de sourcil, traitée avec la même distance et froideur que tout le reste.

Il est compliqué de parler des aspects politiques et engagés d’Hannibal parce que tout est filmé de la même façon, sans prise de position, la série ne prenant réellement de la chair qu’à la fin de la saison 3. Le parallèle entre l’attirance entre Will et Hannibal et le corps montré et torturé du Dragon Rouge paraît presque un peu « trop » au regard de l’aspect glacé du reste de la série.

En fait, en filmant son histoire d’abord pour la raconter et sans revendication spécifique, Bryan Fuller opère une révolution qui n’a l’air de rien. Et qui n’en est pas moins des plus efficaces.

Et puis c’est très beau quand même.

panneaufille

Orange is the New Black – Série

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Série américaine de Jenji Kohan – 2013 – 2 saisons pour l’instant.

Une jeune femme, Piper Chapman, est condamnée à deux ans de prison pour avoir transporté de la drogue dix ans plus tôt, pour son amante de l’époque. Transférée dans un établissement pour femmes, elle découvre le racisme de clan, les petites magouilles, et ces « sentences qui ont toutes une histoire ».

Une série au casting quasi exclusivement féminin (il y a une demie douzaine de rôles masculins), c’est une chose rare. Une série au casting féminin qui ne soit pas une comédie romantique et ne tourne pas autour d’histoires de cœur, cela tient de l’extra-terrestre. Et pourtant tel est le cas de Orange is the new black.

Nous assistons à la plongée de Piper, cette fille qui nous ressemble peut-être – blanche, de classe moyenne, un peu bobo, bi mais sans se l’avouer vraiment (ce qui est sans doute le seul problème de la série d’ailleurs) – dans un monde étrange, dangereux et… rassurant.

Rassurant de voir une série sur les femmes où les actrices ne sont pas toutes faites sur le même modèle.

Rassurant de voir une série sur les femmes où les histoires ne tournent pas uniquement autour des hommes.

Rassurant de voir une série sur les femmes où les « chamailleries féminines » n’existent pas (vous savez quand on montre des nanas se battre en faisant des grimaces et en griffant, comme dans l’expression « se battre comme une fille »)

Rassurant de voir une série sur les femmes où une transexuelle est vue et considérée comme une femme à part entière.

Rassurant de voir une série sur les femmes où la lesbophobie est considérée comme un fait social, religieux ou misogyne, mais jamais comme un fait à accepter comme tel.

Rassurant de voir une série sur les femmes où elles sont blanches, noires, jeunes, vieilles, maigre ou grosse, hétéro ou lesbiennes, cis ou trans, timides ou extraverties, folles ou pas, haineuses ou aimantes.Bref, rassurant de voir une série sur les femmes où les femmes sont des êtres humains.

Orange is the new black a quelques défauts, notamment dans ce silence sur la bisexualité de son personnage principal. Un défaut aussi dans la sous-représentation de la population asiatique, alors que les populations caucasiennes, latinos et noires y sont bien présentes (et pas uniquement au second plan)

J’attends de découvrir les prochaines saisons pour voir se ces défauts de représentation seront corrigés ou non. Mais même sans cela, Orange is the new black est une série qui va marquer, je l’espère, l’histoire de la « télévision » (c’est une série netflix, donc disponible sur internet)

C’est une série dramatiquement bien construite, avec ses moments de tension, de drame, mais aussi de comédie pure. Elle ressemble à la vie, et il est un peu tragique de se rendre compte que la vie d’une femme est mieux décrite dans une série sur une prison que dans toute autre série.

La Colline de l’oubli – Eve Terrellon

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Titre : La Colline de l’oubli.
Auteur : Eve Terrellon.
Année : 2013.
Editeur : Laska.
Genre : Romance historique.

Nombre de pages : ebook.

Public : Adolescent/Adulte.

Quatrième de couverture :

John ne connaît rien d’autre que la ferme de ses parents, où il a toujours vécu. Elevé au sein d’une communauté rigoriste, il sait cependant qu’existe davantage que le christianisme étroit et conquérant de son oncle, depuis qu’il a découvert, adolescent, la présence d’Indiens Sioux sur ses terres. L’un d’eux, encore enfant, l’a particulièrement marqué, et il n’a jamais oublié son nom : Mahpee…Des années plus tard, sa sœur est secourue par une Indienne qui se présente à lui sous le nom de Chumani. Sa ressemblance avec le petit garçon d’autrefois est troublante. Plus troublante encore est la haine que semblent lui porter l’oncle de John, ainsi qu’une partie de la communauté blanche. Partagé entre sa famille, son éducation et son sens moral, John finit par s’attacher à Chumani malgré les avertissements. Mais est-il prêt à entendre la vérité, toute la vérité ?

Avis :

Je ne pensais pas un jour parler de romance sur ce blog, somme toute plus militant que romantique. Mais on ne peut jamais dire jamais.
Ce sont Cindy Van Wilder et Anne Rossi qui, connaissant mas centres d’intérêt, m’ont conseillé ce livre, que j’ai enfin pu lire ces trois derniers jours.
Alors oui, le style peut être un peu trop lyrique, un poil trop sucré, et les descriptions physiques du personnages de Chumani traversent de temps en temps la mince frontière entre beauté et exagération.
Mais… Il y a un mais… La sensibilité dont fait preuve l’auteur, les interrogations qu’elle ordonne à son héros, la manière dont, à aucun moment, elle ne juge ou ne construit des personnages viscéralement mauvais ou bon, voilà qui résonne comme un coup de pied finalement salvateur dans le monde de la littérature des genres. Car ce qui passerait comme normal dans une romance hétéro, comme mignon dans une romance gay, ici devient bien plus. Parce que le “sujet” de la transexualité est si rare, voire absent de nos littérature, et notamment des littératures dites “de gare”, “pas importantes”, de celles qu’on lit pour se distraire et non pour se mettre en colère ; pour cette raison-là, précisément, La Colline de l’oubli est un grand roman.