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How to get away with murder – Peter Nowalk ; Shonda Rhimes

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Le fait d’avoir du mal à aborder le cas HTGAWM (How to get away with murder) sur un blog traitant du genre dans la culture populaire ne présume non pas de la mauvaise qualité de cette série mais, au contraire, de sa très grande qualité.

Le pitch est relativement basique : Annalise Keating possède un cabinet d’avocat, très modeste par rapport à ceux auxquels la télévision nous a habitués. Elle est également enseignante à la Fac et, tous les ans, elle prend sous son aile cinq étudiants qui travailleront pour elle. Et l’expression « sous son aile » n’est pas usurpée puisque qu’Annalise va protéger ses étudiants becs et ongles et souvent à leurs propres corps défendant. Les corps s’accumulent, les non-dits, trahisons et petits marchés aussi, jusqu’à laisser le spectateur avec une furieuse envie de regarder la suite (série excellente en cliffhangers)

Jusque-là donc, nous avons à faire à une série policière bien faite, bien rodée et avec ce qu’il faut de suspense et de retournements de situation pour devenir un chouchou des marathons séries que les plus geeks d’entre nous organisons régulièrement.

Là où HTGAWM dépasse ses petits camarades télévisuels, outre une interprétation au top, c’est dans le choix de son casting et de ses personnages.

Reprenons notre calculatrice, même si je n’apprécie pas trop cet outil : sur dix personnages principaux, seuls deux sont des HSBC (HeteroSexuels Blancs Cis… oui j’adore cette nouvelle expression ^^) Trois sont noirs, une est latinos, la majorité du casting est féminin (y compris hors des premiers rôles), un couple est ouvertement gay et nous avons un des premiers exemples de personnage bisexuel assumé et revendiqué.

Et quoi me direz-vous ?

Eh bien rien…

La société dans laquelle évoluent les personnages de HTGAWM n’est pas une société idéale : le racisme a l’air de prendre une part plus ou moins importante de l’intrigue dans la saison 2, un des personnages est biphobique (avec une circonstance atténuante mais tout de même), le machisme est toujours là, etc.

Mais les caractéristiques de « minorité » des personnages ne sont qu’une parmi leurs multiples facettes.

Si Connor est homosexuel, sa principale caractéristique reste une absence totale de confiance en soi, qui n’est pas aidée par sa situation professionnelle et sentimentale (sans spoiler ici)

Chacun des personnages (les étudiants en premier, puis, plus la série avance, tous les autres) ne révèlent que quelques caractéristiques de sa personnalité et chacun réagit à sa manière aux épreuves qu’il traverse.

Le personnage le plus intéressant (même si j’ai un gros faible pour Connor) reste Annelise. Présentée comme un roc inébranlable en début de série, elle se dévoile peu à peu dans ses faiblesses. Elle surprotège ses étudiants et les materne, dans tous les sens du terme (c’est particulièrement flagrant avec les personnages de Wes et Bonnie), et elle protège ses propres expériences et traumas sur son entourage (là encore avec Bonnie, mais il est à parier que ça ne va pas s’arrêter à ce seul personnage)

Sa peau noire, son mariage mixte, ses traumatismes d’enfance, sa bisexualité… Chaque chose la sculpte un peu plus dans toute sa complexité.

Et ce traitement s’applique à tous les autres personnages, il s’applique à ces personnages souvent caricaturés pour correspondre à l’idée qu’on se fait d’une minorité sans aller plus loin que le symbole.

Du coup au lieu de voir HTGAWM comme une série de revendication, on la voit comme un thriller très bien foutu, et de temps en temps on se rend compte : ah tiens, mais si, c’est différent de ce que je regarde d’habitude.

Et ça fait du bien.

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Aristote et Dante découvrent les secrets de l’univers – Benjamin Alire Saenz

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Titre : Aristote et Dante découvrent les Secrets du l’Univers
Auteur : Benjamin Alire Saenz.
Année : 2015 (2012 édition originale)
Éditeur : Pocket Jeunesse / PKJ.
Genre : Chronique adolescente.

Nombre de pages : 361.

Public : A partir de 14 ans

Quatrième de couverture :

Ari, quinze ans, est un adolescent en colère, silencieux, dont le frère est en prison. Dante, lui, est un garçon expansif, drôle, sûr de lui. Ils n’ont a priori rien en commun. Pourtant ils nouent une profonde amitié, une de ces relations qui changent la vie à jamais… C’est donc l’un avec l’autre, et l’un pour l’autre, que les deux garçons vont partir en quête de leur identité et découvrir les secrets de l’univers.

Avis :

Je n’aime pas particulièrement les titres à tiroir,et j’aurai volontiers laissé le livre sur sa table de présentation si la libraire ne me l’avait pas mis d’office entre les mains. Entrée un soir dans le monde et la tête de Ari, entre ses 15 et ses 18 ans, j’en suis ressortie 24 h plus tard, des larmes plein les yeux et l’impression de m’être prise une tranche de vie en pleine tête.

Ari est un benjamin, dernier né, tardivement, d’une famille latinos qui a déjà vécu la violence. Celle d’un frère aîné, fantôme invisible que Ari sait avoir aimé un jour, mais dont l’absence (il est en prison, personne ne parle de lui) le ronge jusqu’à l’obsession. Des parents trop aimants mais réservés, une famille pleine de silence et de secrets, où Ari cherche sa place entre “bon garçon” et “et si j’étais un voyou ?”.

Arrive Dante, son sourire, son statut de fils unique, ses parents aussi latinos mais moins, eux aussi ouverts sur le monde comme leur fils.

Le coup de foudre ? Dans la vie vidée, insensée (sans sens pour lui) de Ari, c’est impossible. Il n’existe pas lui-même, alors les sentiments non plus. Et toute cette colère rentrée de « gentil garçon », cette honte qu’il ne comprend pas, vont le faire souffrir, insidieusement, jusqu’à menacer sa relation avec Dante.

En lecture, on a presque l’habitude des Dante, ces gamins qui se cherchent et se perdent un peu, leur optimisme se prenant la vie réelle avec violence. On a moins l’habitude des Aristote, des silencieux, de ceux qui ne comprennent pas et vivent avec un peur si énorme qu’ils en disparaissent quand il ne la retourne pas contre ceux qui tentent de les approcher.

Aristote et Dante découvrent les Secrets de l’Univers est un livre magistral.

La fin est bouleversante, même si elle peut paraître téléphonée à certains lecteurs.

Et puis, encore une fois l’auteur comprend, qu’avant de tomber amoureux, avant d’assumer l’amour d’un autre, il est des fois nécessaire de se réparer un peu tout seul.

Si j’étais un rêve – Charlotte Bousquet

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NOTE : pour des raisons de classement, je spoile le livre dans les tags.
Ne les lisez pas si vous n’avez pas lu le livre !!!!

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Titre : Si j’étais un rêve
Auteur : Charlotte Bousquet.
Année : 2015.
Éditeur : Flammarion / Tribal.
Genre : Roman épistolaire.

Nombre de pages : 185.

Public : A partir de 14 ans

Quatrième de couverture :

Lina et Nour sont en classe de seconde : l’une vit à Sofia, en Bulgarie, l’autre vit à Saint-Denis. Sous la direction de leurs professeurs, elles entament une correspondance qui tourne aux confidences et une amitié s’installe. Tandis que Lina se révolte contre la corruption des pays de l’Est, Nour cache un grand mal-être. Elles se soutiennent l’une l’autre, jusqu’au jour où Nour devient distante.

Avis :

Quand j’étais en troisième, notre collège a organisé un jumelage avec le lycée français de Plovdiv, en Bulgarie. L’écart d’âge (nous avions 13/14 ans, nos correspondants 17/18) a fait que j’ai “raté” cette rencontre même si je garde du pays, à peine sorti du pouvoir soviétique, un souvenir inaltérable.
Cet étrange parallèle autobiographique m’a interpelé même si l’histoire de Nour et Lina n’a que peu à voir avec la mienne (mais vraiment ça m’a fait sourire du coup j’en parle ;p)
Nour et Lina nous parle de féminisme, de politique, d’engagement, mais aussi d’angoisse, de lâcheté, de secrets et de souffrance. Lina est l’engagée embourgeoisée qui ne s’en rend pas encore compte, et qui vit, un peu, la vie rêvée  des héroïnes modernes, à la fois très au courant des injustices du monde, et capable de s’en protéger en refermant la porte de sa maison. Nour est (beaucoup) plus secrète et à son secret s’attachent toutes les interrogations du lecteur et de la lectrice : qui est-elle vraiment ? Exclue ? Fille censurée par une famille conservatrice ? Malade ? Lesbienne cachée ?
Qui est Nour et surtout, qu’est-ce qu’elle nous renvoie comme image de l’exclusion ?
Avec une plume qui ne noie jamais ses deux personnages, Charlotte Bousquet nous offre, derrière un roman court et direct, quelques heures de réflexions bienvenues dans une époque où l’identité interroge tout le monde (et où on a tendance à oublier ceux qu’elle concerne directement)
J’en suis ressorti aussi avec quelques litres de larmes en moins (même si cela se finit “bien”

Sense8 – Wachowskis et Straczynski

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Il paraît très artificiel de parler de Sense8 en parlant de chiffres, mais des fois les chiffres font plaisir.

Sense8 tourne autour de 8 personnages qui partagent leurs émotions de façon fusionnelle, de telle manière que, de temps en temps, ils peuvent interagir dans la réalité de l’autre, bien que vivant chacun dans des pays différents, au quatre coins de la Terre. Bien entendu ils sont poursuivis par une entité mystérieuse qui ne leur veut pas que du bien.

Sur ce scénario qui n’étonnera pas les amateurs de science-fiction télévisées (X-Files, Lost, Heroes, etc), les Wachowski et le co-scénariste Straczynski ajoutent leur vision de l’universalité.

D’abord en filmant dans les lieux mêmes de l’action, ce qui est, il faut bien dire, extrêmement rares. Nairobi n’est as un décor désertique situé au Mexique ou au Maghreb, Séoul n’est pas le métro new-yorkais déguisé et grimé (comme c’était le cas pour le Tokyo de Heroes), Bombay n’est pas la reconstruction de temples de carton pâte. L’Islande est vide et Mexico est littéralement plein. Cela se ressent au visionnage (surtout quand on se rend compte qu’un des héros subit une averse de pluie sur une terrasse de Berlin et qu’on se rend compte qu’on a vécu la même chose, au même endroit, il y a quelques années…)

Voilà le premier point.

Le second est d’avoir engagé des acteurs pour la plupart de la nationalité de leur personnage, ce qui fait que, malgré le fait que la série soit entièrement anglophone, à quelques scènes près, ils gardent le débit, l’action, la musique de leurs propres langues : indienne, allemand, coréen et espagnol. Et malgré sa nationalité anglaise, Aml Ameen garde le léger accent d’Afrique noire.

Second point.

C’est avec le troisième que nous allons nous plonger dans les chiffres. Sur 8 personnages, nous avons :

  • Seulement 2 Américains (quelque part ça fait plaisir)

  • Seulement 4 Blancs

  • 4 hommes et 4 femmes

  • 1 femme transgenre

  • 2 personnages homosexuels revendiqués (Nomi et Lito)

  • 2 personnages que l’on peut considérer comme étant LGBT : Will bisexuel, ou du moins assez « fluide » pour jouir en pleine salle de sport d’un baiser très masculin ; Sun, que je vois comme étant asexuelle, mais c’est peut-être une élucubration de téléspectatrice

  • Ah oui, pour en arriver à cette « élucubration », il faut savoir que 2 personnages n’ont aucune romance dans leur vie, et que pour 1 autre, sa vie de couple ne fait pas partie de l’histoire en elle-même.

Ajoutons que la transexualité de Nomi n’a aucune incidence sur l’histoire centrale, et que la caractéristique qui la fait le plus interagir avec ses compagnons est son activité de hackeuse.

Comme on le voit, « les chiffres parlent » : Sense8 est une série universaliste ET inclusive.

Rappelons-nous la dernière fois que c’est arrivé…

(Si vous avez des titres, je suis preneuse)

Ensuite, enfin, petit bonus, des caractéristique habituellement dévolues aux hommes (l’art du combat, l’esprit scientifique et le piratage) sont confiées à des femmes (respectivement Sun, Kala et Nomi)

Après, quand est-il de la qualité de l’histoire ?

C’est sans doute là que le bas blesse. Si j’ai été happée par Sense8, je comprends que beaucoup de personnes aient pu lâcher.

En effet les scénaristes ne souhaitent pas plonger directement leurs personnages dans l’action. Et à la fin de la saison 1, seuls 3 sont directement concernés par la mystérieuse organisation qui veut les tuer : Will, le flic, Nomi, la hackeuse, et Ryley, la musicienne (que je trouve être le personnage le plus faible de l’histoire, parce qu’elle se laisse porter par les faits sans vraiment agir, à mon sens)

Les autres sont là pour aider mais vivent aussi leur vie à côté, même si on sent que quelques rouages se mettent en marche. Nous assistons par exemple aux affres de la célébrité de l’acteur Lito, obligé de cacher son homosexualité, et ça peut paraître long.

Cependant je me suis laissée complètement emportée par ces histoires « parallèles », avec la curiosité sans cesse renouvelée de voir quand, quand ces personnages encore à la marge vont plonger dans l’action principale.

Vivement la deuxième saison !

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Mad Max : Fury Road – George Miller

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Comment aborder la séquelle d’une série culte, adorée (par moi du moins) mais peu connue ou reconnue pour son caractère potentiellement féministe ? Si les femmes étaient le dernier rempart de la civilisation dans Mad Max, premier du nom (et comme elles disparaissent, la civilisation s’effondre), elles étaient particulièrement absentes du second épisode, ou comme vague intérêt sexuelo-romantique. Le troisième épisode, vous me pardonnerez de n’en avoir absolument aucun souvenir.

Bref, c’est partagée entre mes positionnements politiques et mes adorations de geek que je suis allée au cinéma, certes réchauffée par les avis enthousiastes de quelques amies.

Le choc.

Les cinq premières minutes m’ont laissée profondément perplexes, je l’avoue.

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Mais dès que le film prend de la vitesse (au sens propre comme au sens figuré), c’est partie pour un démontage en règle et sans nuance de l’univers machiste et abrutissant de sociétés vouées au processus de domination.

Max se retrouve prisonnier d’un clan mené par un dictateur fou qui garde le monopole de l’eau. La division est simple : le peuple, les enfants soldats (War Child) abrutis par des discours politiques simplistes, la promesse du paradis et les drogues, les femmes-harems (outres à lait, l’or blanc de la tribu, ou ventres à procréer des garçons) et les hommes (enfin les hommes, les hommes dominants)

Dans cette société, une incongruité : Furiosa, conductrice de camion citerne, à mi-chemin entre les war child (dont elle porte le stigmate noir sur les yeux) et les femmes. Est-elle stérile ? A-t-elle obtenu ce poste pour ne pas avoir à finir comme ses autres congénères ? On ne le saura jamais.

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Mais Furiosa se sent coupable et va aider les femmes-harems à fuir leur prison, à la recherche d’une hypothétique Terre Verte, société matriarcale pleine de promesses.

Si Max se retrouve embrigadé dans cette course-poursuite, ce n’est pas lui le héros (comme il ne l’étais pas dans le second épisode de la saga d’ailleurs) Mais il reconnait en Furiosa un miroir. Mais alors que lui a « raté » sa rédemption (comme le rappelle de nombreux flashes à la limite de la folie), Furiosa a encore le temps de réussir.

Furiosa est donc l’héroïne de ce film.

Les femmes qu’elle trimbale dans son camion apparaissent comme des déesses-nymphes des temps moderne : chacune son style (différenciée par leurs peaux et leurs cheveux, comme le plus basique de jeux de drague pour mec), habillées de peu, des tailles de mannequins. Oui, si elles ont été choisi pour chair à sperme, c’est parce qu’elles sont belles. Mais, comme elles le répètent encore et encore, elle ne sont pas « des choses ». Elles ne seront jamais réduite à ça, à des fantasmes pour hétéro. Plus le film avance, plus elles prennent en chair. Plus même arrivent-elles à reconquérir la personnalité et la force de caractère dont les hommes les avaient dépourvues.

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Face à elles, des hordes d’enfants soldats « éduqués » à vouloir la mort, enfants bombes dont Miller ne s’excusera jamais d’en faire des retranscriptions appuyées des enfants de nos temps.

Et de l’autre côté du désert, les Amazones. Des vieilles, de celles qui ne sont jamais, jamais à l’écran, et encore moins à se battre, sur des motos surpuissantes, seules et encore détentrices d’un savoir et d’une histoire universelle dont elles sont les seules à encore connaître l’importance.

Douze femmes.

DOUZE !

Pour un blockbuster.

Un film d’anticipation hyper-violent où la violence n’est pourtant jamais sexualisée.

Où elles ne sont jamais objets de faiblesse, prétexte à faire briller l’homme sauveur.

Brf, Mad Max : Fury Road, est un putain de film féministe, et je vous pousse tou.te.s à aller le voir !

Le Choix – Désirée et Alain Frappier

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Titre : Le Choix
Auteur : Désirée et Alain Frappier.
Année : 2015.
Editeur : La Ville Brûle.
Genre : Autobiographie et manifeste.

Nombre de pages : nr.

Public : A partir de 14 ans (à associer à une discussion sur mai 68 et le mouvement féministe)

Quatrième de couverture :

Pourquoi ces voyages en train qui l’emmènent toujours ailleurs, avec pour seule compagnie une valise et une carte famille nombreuse ? Pourquoi ce sentiment de n’être jamais à sa place ? Pourquoi ce slogan réclamant le droit à l’avortement semble-t-il lui être adressé ? Pourquoi ce prénom si peu approprié ? Les réponses à ces questions se trouvent au fond d’un carton oublié dans le grenier de la maison familiale.

Avis :

Une BD coup de poing qui fait mal, très mal, mais que je pense nécessaire. Désirée est une jeune femme seule, jamais à sa place, qui ressent que quelque chose, quelque part, ne va pas entre sa famille (sa mère) et elle. Au fur et à mesure de sa recherche, de ses rencontres, de 1968 à nos jours, Désirée explore le passé familial, mais découvre aussi ce que signifie être une femme dans un monde où leur corps ne leur appartient pas.
Magnifique chronique décrivant, sans jamais être ennuyeux, le long et douloureux parcours jusqu’au droit à l’avortement (toujours remis en question), Le Choix ne dévie pas de son sujet, et n’omets aucune souffrance, notamment, bien entendu, l’ironie du nom que porte Désirée.
Je mettrais quelques réserves sur certaines parties du texte, que j’ai eu du mal à comprendre en première lecture (problème de sujet des phrases, on passe de Désirée à d’autres, et c’est des fois un petit peu compliqué à suivre) mais sinon, Le Choix est un immense coup de coeur, à faire lire à tout le monde, notamment aux adolescentes (ET adolescents) qui s’interrogent (ou non) sur ce qu’est le Droit à l’Avortement et la libération des femmes.

Femmes sans enfant, femmes suspectes – Colombe Schneck

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De par son histoire personnelle, Colombe Schneck, dont les grands-tantes, déportées, ont perdu leurs enfants à Auschwitz et ont choisi d’en avoir d’autres très vite après la guerre, a ressenti la maternité comme une évidence “liée à la vie même”. “Mère heureuse de deux enfants”, elle est néanmoins intriguée par celles qui ont fait le choix inverse. La journaliste et écrivaine s’interroge aussi sur le jugement sévère que la société porte sur ces femmes sans enfant, facilement taxées d’égoïsme, de narcissisme, de névroses diverses… Pour en savoir plus, elle a rencontré Marie-Laure, 50 ans, une esthéticienne vivant à Paris, Eva, une Allemande de 80 ans, et Orna, 37 ans, une Israélienne, auteure d’une thèse sur les mères qui regrettent d’avoir eu des enfants.

Documentaire diffusé par Arte et disponible en VAD et DVD (et aussi visible sur youtube, il me semble), Femmes sans enfant, Femmes suspectes, s’intéresse à cet étrange objet social qu’est la femme sans enfant. Deux choses m’ont poussée à voir ce documentaire : Colombe Schneck, dont j’apprécie la voix sur France Inter, et le fait que, moi-même, j’ai fait le deuil de mes non-enfants (ça arrivera peut-être, ça n’arrivera peut-être pas, mais je ne dramatise plus pour cela)
Le système des témoignages est intéressant. Après tout, laisser la voix aux personnes concernées est toujours le meilleur moyen de parler d’un sujet aussi sensible. Les autres études que j’ai pu entrapercevoir parlaient surtout de femmes carriéristes et/ou confrontées à un système social forçant à choisir entre travail et famille (Allemagne et Japon en étant les plus grands exemples), avec, toujours, ce point de vue dénigrant sur les femmes qui font le “sacrifice” de ne pas avoir d’enfants.
Ici pas de sacrifice, juste une non envie.
Les trois femmes, de trois générations différentes, qui témoignent, n’ont pas ressenti le besoin d’avoir des enfants et n’en ont pas de regret. Elles subissent les jugements de leurs familles, de leur entourage, de la société. Elles ont eu des enfances sans histoire. Elles sont normales.
Après, ce qui m’a peut-être un peu embêtée dans ce documentaire, c’est qu’il n’y a pas de témoignage sur ce deuil, ce “le temps est passé, je n’ai pas eu l’occasion d’avoir un enfant, et maintenant il est trop tard mais tant pis”. Le documentaire restant sur le mode du témoignage, il y a peut-être aussi un peu un manque de profondeur.
Mais tant pis, Femmes sans enfant, femmes suspectes est tout de même un beau morceau de télévision qui écrase un peu le mythe de la femme sans enfant égoïste et forcément malade.

On n’est pas des super héros – Delphine Beauvois et Claire Cantais

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Titre : On n’est pas des super héros
Auteur : Delphine Beauvois et Claire Cantais.
Année : 2014.
Editeur : La Ville Brûle.
Genre : Manifeste.

Nombre de pages : nr.

Public : A partir de 4 ans (site de l’éditeur)

Quatrième de couverture :

Parce qu’il n’est jamais trop tôt pour lutter contre les stéréotypes…
Parce qu’il n’est jamais trop tôt pour lutter contre les stéréotypes, la collection jamais trop tôt propose aux enfants à partir de 3 ans des albums qui ne tournent pas autour du pot.
Après On n’est pas des poupées, mon premier manifeste féministe, Delphine Beauvois et Claire Cantais repartent à la chasse aux stéréotypes. Sans périphrases ni métaphores,
mais avec beaucoup d’humour et de fantaisie, On n’est pas des super-héros pose les bases de comportements égalitaires et antisexistes.
Au fil des pages, des héroïnes et des héros malicieux fournissent aux enfants des clés pour grandir en s’affranchissant des stéréotypes de genre. Et s’il faut vraiment endosser l’habit d’un super-héros, ce sera pour mener le combat de l’égalité.
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Avis :
Le pendant de On n’est pas des poupées, aussi acheté au Salon de Montreuil le mois dernier. On n’est pas des super héros pourrait s’intituler “je suis fier d’être moi même si je ne correspond pas aux préceptes virils”. Pleurer, aimer, câliner, jouer à la poupée, voici les messages de soutien que les auteures du livre envoient aux petits garçons. Tout en incluant aussi le “non” et le respect des filles.
J’ai trouvé ce livre très intelligent même si je lui trouve les mêmes “défauts” (minuscules) que pour le premier volume, notamment un art qui ne parlera peut-être qu’à un public restreint. Ceci dit, il est rare de voir un livre antisexiste dédié aux garçons, et rien que cela est vraiment à souligner (il peut aussi être lu aux filles, bien entendu, puisque les livres n’ont pas de sexe, après tout ^^)

On n’est pas des poupées – Delphine Beauvois et Claire Cantais

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Titre : On n’est pas des poupées
Auteur : Delphine Beauvois et Claire Cantais.
Année : 2014.
Editeur : La Ville Brûle.
Genre : Manifeste.

Nombre de pages : nr.

Public : A partir de 4 ans (site de l’éditeur)

Quatrième de couverture :

Parce qu’il n’est jamais trop tôt pour lutter contre les stéréotypes…

un premier manifeste féministe destiné aux enfants à partir de 4 ans.

Pour la première fois, un album jeunesse s’attaque de manière très frontale aux stéréotypes de genre, sans périphrases ni métaphores, mais avec toute la fantaisie et la poésie apportées par les magnifiques illustrations de Claire Cantais, mêlant dessins, photos et découpage.
À l’arrivée pas de clichés, des clins d’œil au mouvement féministe qui feront sourire les adultes, et des héroïnes malicieuses qui, au fil des pages, permettent de déconstruire et de dénaturaliser les injonctions faites aux filles dès le plus jeune âge.

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Avis :

Acheté au Salon du Livre Jeunesse de Montreuil (le stand de la Ville Brûle est un PARADIS), voici le premier de deux manifestes anti-sexistes à destination des enfants. Si le site de l’éditeur indique 4 ans, je pencherai plutôt vers un peu plus vieux. Ceci dit, c’est aux parents de voir.
En effet, On n’est pas des poupées n’aborde pas que le problème des jouets et du ménage, ce à quoi on réduit souvent l’éducation anti-sexiste pour les enfants. On y aborde aussi les rapports amoureux, le droit du corps, la maternité (ou non), etc. Il va relativement loin dans le féminisme, même s’il n’est pas incluant envers les enfants trans (mais très très très peu de livres le sont, y compris ceux à destination des adultes)
Je le trouve très chouette, bien que, comme dit, j’hésite sur l’âge de lecture (qui doit être accompagné par un adulte, au moins au début, pour expliquer les phrases (très simples) au lecteur/à la lectrice. Cela peut être un outil sympa pour répondre aux questions des enfants, ou pour aller à l’encontre des a priori qu’ils rapportent de l’école et de la cour de récréation.
Un autre petit “défaut” résiderait dans les illustrations. Elles sont très jolies mais expérimentales. Elles plairont à un public adulte déjà conquis. Mais pour faire de l’information vers une plus lare population, c’est peut-être un peu maladroit.Je demanderai plus tard l’avis de mamans et papas de mon entourage pour avoir un avis plus proche du public cible 🙂

Les poupées, c’est pour les filles – L. Flamant & J-L Englebert

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Titre : Les poupées c’est pour les filles
Auteur : Ludovic Flamant / ill. Jean-Luc Englebert
Année : 2013.
Editeur : L’Ecole des Loisirs / Coll. Pastel.
Genre : Docufiction ?

Nombre de pages : nr.

Public : A partir de 8 ans.

Quatrième de couverture :

Le titre parle pour lui-même.

Avis :

Quand la tante un peu fofolle de la famille offre une poupée au petit frère, ça fait rire jaune les parents. Quand le petit frère veut promener “Cindy” dehors et pire, à l’école, là, plus personne ne rigole. C’est la honte !
Voici un sujet qui est terriblement d’actualité et souligne bien l’absurdité des réflexions parentales. Entre le qu’en dira-t-on (un garçon doit montrer qu’il joue avec des jouets de garçons) et la paresse (maman peut bien bricoler avec toi, après tout, les femmes aussi bricolent ! moi je suis occupé !), les auteurs dévoilent ce que les enfants savent déjà : les jouets, on peut les choisir sans réfléchir à savoir s’ils correspondent bien, socialement, à notre sexe. Bien entendu, on sait que les choix des enfants sont plus compliqués dans la vie, lobotomisés qu’ils sont par la publicité et par la pression sociale, mais je pense que le choix des auteurs est le bon : le sexisme de la séparation “jouet fille” et “jouet garçon” est un problème d’adultes, à régler par les adultes. C’est eux qui ont peur et c’est à eux d’agir, d’abord en prenant conscience de l’idiotie de leurs réactions, ensuite en soutenant leurs enfants avant de soutenir la société.
Bon, le livre ne va pas aussi loin dans la réflexion, mais cette lecture approfondie permettra aux parents (et aux tantes un peu fofolles) d’en prendre quelques leçons, autant que les enfants à qui ils en feront la lecture.