Tag Archives: féminisme

Hannibal – Bryan Fuller

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Attention l’article contient de très légers spoilers.

Hannibal, la série créée autour du personnage de Thomas Harris, a débarqué dans nos petites lucarnes il y a trois ans maintenant. La série s’est achevée, faute d’argent et de producteurs intelligents, il y a deux semaines, après une dernière saison des plus échevelées.

Mais Hannibal la série a-t-elle sa place sur un blog comme celui-ci ?

Au départ, non, ou plutôt, pas forcément : Hannibal reprend les bases du thriller psychologique, très in, hyper esthétisé, un peu élitiste. C’est très beau (c’est même visuellement magnifique) mais cela n’a rien de politique.

Et puis, peu à peu, au fil des saisons et au fil des interviews de Bryan Fuller, on se rend compte que Hannibal opère une petite révolution dans le monde étendu mais finalement peu varié du thriller et de la série de « serial killer ».

Le plus évident peut-être, c’est le nombre de rôles féminins dans un genre souvent assez macho et très masculin. Elles ont chacune leur importance dans la dramaturgie et suivent leur propre histoire sans être systématiquement attachées au héros (William Graham). Alana en est le plus bel exemple puisqu’elle refuse de devenir l’intérêt romantique de Will pour se préserver des (débuts) de délires psychotiques de Graham : une décision adulte qu’on ne voit encore que trop rarement. Les autres personnages féminins sont indépendants, savent réfléchir par elles-mêmes, se trompent, souffrent et combattent de la même façon que leurs comparses masculins.

De plus les femmes ne sont pas glamourisées de façon habituelle. Leur beauté reste très froide et détachée, et même les (très rares) scènes sexuelles sont plus des démonstrations symboliques que des spectacles destinés à l’oeil masculin. Hors de ces scènes, la nudité démontre plus une position de domination/provocation qu’un simple étalage destiné, encore, au spectateur masculin (c’est particulièrement frappant dans la première apparition de Freddie, la journaliste, mais également dans les scènes très tendues entre Bedelia et Hannibal).

Il n’y a pas de viol. Pour une série sur les serial killer, autant dire que c’est une exception. Le seul cas d’agression sexuelle est implicite, non montré, et le coupable est puni directement par sa victime et pas par un « homme sauveur ». Bryan Fuller a affirmé à plusieurs reprises que cette absence de viol était complètement voulu, qu’il souhaitait prouver qu’il était tout à fait possible de faire peur, et notamment faire peur à des personnages féminins, et les tuer et faire souffrir, sans avoir besoin de ce genre d’ « outil dramatique ».

Je l’avais déjà souligné en parlant de Bedelia dans un précédent article, mais l’attraction sexuelle que Hannibal opère sur certains personnages ne constitue pas non plus une différence de traitement entre homme et femme puisqu’il séduit de la même façon Bedelia, Alana et Will. Et que, si on ôte l’aspect sexuel/sensuel, absolument tous les personnages sont séduits par lui, à deux exceptions notables, le duo des Freddie (Freddie Lounds et Frederick Chilton)

Si on revient à l’aspect homosexuel de la série ; là où Harris avait été critiqué pour son traitement de la transexualité dans Le Silence des Agneaux, ici on peut dire que Bryan Fuller a passé les obstacles avec succès. La relation entre Hannibal et Will n’est jamais critiquée en tant que relation homosexuelle, mais comme relation dominant/dominé dangereuse. Et encore, tout le monde en profite bien.

Quant à la bisexualité d’Alana et sa relation avec Margot Verger, elle est normalisée au possible, sans critique, sans soulèvement de sourcil, traitée avec la même distance et froideur que tout le reste.

Il est compliqué de parler des aspects politiques et engagés d’Hannibal parce que tout est filmé de la même façon, sans prise de position, la série ne prenant réellement de la chair qu’à la fin de la saison 3. Le parallèle entre l’attirance entre Will et Hannibal et le corps montré et torturé du Dragon Rouge paraît presque un peu « trop » au regard de l’aspect glacé du reste de la série.

En fait, en filmant son histoire d’abord pour la raconter et sans revendication spécifique, Bryan Fuller opère une révolution qui n’a l’air de rien. Et qui n’en est pas moins des plus efficaces.

Et puis c’est très beau quand même.

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Am I normal yet? – Holly Bourne

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Titre : Am I normal yet?
Auteur : Holly Bourne.
Année : 2015.
Éditeur : Usborne Publishing Ltdl.
Genre : Chronique adolescente.
Note: non traduit en français pour l’instant.

Nombre de pages : NR.

Public : A partir de 14 ans

Quatrième de couverture :

All Evie wants is to be normal. And now that she’s almost off her meds and at a new college where no one knows her as the-girl-who-went-nuts, there’s only one thing left to tick off her list… But relationships can mess with anyone’s head – something Evie’s new friends Amber and Lottie know only too well. The trouble is, if Evie won’t tell them her secrets, how can they stop her making a huge mistake?

Avis :

Le choc.
Quand on commence à lire une chronique ado, ou même un livre “destiné aux filles” (eurk), il y a toujours des tropes, des constantes auxquelles on s’attend et qu’on sait d’avance qu’on va détester :
– avoir un petit réflexe bizarre (se ronger les ongles, se mordre la lèvre, manger 2l de glace tous les soirs), c’est mignon (ça ne l’est pas)
– vouloir sauver son copain trop mignon parce qu’on est la seule à le comprendre, c’est romantique (ça ne l’est pas)
– être aimée, c’est la solution à tout (ça ne l’est pas)
– partager ses souffrances avec quelqu’un qui vit les mêmes, c’est super chouette (ça ne l’est pas)
– les parents qui te frustrent sont des mauvais parents et ils ne comprennent rien (ils comprennent très bien)
Et ainsi de suite.
Ces tropes que l’on retrouve partout dans la littérature de romance, Holly Bourne les défonce avec allégresse.
Son héroïne n’a pas de réflexes bizarres et mignons, elle est malade, elle le sait et elle en souffre. Et son parcours initiatique (allez, ce terme littéraire n’est pas réservé aux histoires de garçons !) se mange beaucoup d’échec et des prises de conscience qu’il est nécessaire d’avoir. Evie est un personnage extrêmement complexe, et qui réalise, grâce à sa psy, grâce à ses amies, grâce à elle-même aussi, que tout ne se réglera jamais comme dans un conte de fée. Evie n’est pas une rebelle, elle aime Bon Jovi et Twilight, elle cherche une place dans ce monde adolescent où les filles sont des groupies, soumises, résilientes et toujours follement amoureuses.
Ce roman m’a prise aux tripes, certains points se rapprochent tellement de ce que j’ai pu vivre que la lecture a en été difficile par moment.
Mais c’est aussi un roman débordant d’espoir, de combat, de féminisme et des plus belles leçons qu’on puisse recevoir : pas besoin d’être parfait pour vivre, et la normalité n’existe pas.

J’attends la suite avec impatience.

Cindy Van Wilder a rédigé un beau portrait de l’auteure sur son blog 🙂

Si j’étais un rêve – Charlotte Bousquet

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NOTE : pour des raisons de classement, je spoile le livre dans les tags.
Ne les lisez pas si vous n’avez pas lu le livre !!!!

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Titre : Si j’étais un rêve
Auteur : Charlotte Bousquet.
Année : 2015.
Éditeur : Flammarion / Tribal.
Genre : Roman épistolaire.

Nombre de pages : 185.

Public : A partir de 14 ans

Quatrième de couverture :

Lina et Nour sont en classe de seconde : l’une vit à Sofia, en Bulgarie, l’autre vit à Saint-Denis. Sous la direction de leurs professeurs, elles entament une correspondance qui tourne aux confidences et une amitié s’installe. Tandis que Lina se révolte contre la corruption des pays de l’Est, Nour cache un grand mal-être. Elles se soutiennent l’une l’autre, jusqu’au jour où Nour devient distante.

Avis :

Quand j’étais en troisième, notre collège a organisé un jumelage avec le lycée français de Plovdiv, en Bulgarie. L’écart d’âge (nous avions 13/14 ans, nos correspondants 17/18) a fait que j’ai “raté” cette rencontre même si je garde du pays, à peine sorti du pouvoir soviétique, un souvenir inaltérable.
Cet étrange parallèle autobiographique m’a interpelé même si l’histoire de Nour et Lina n’a que peu à voir avec la mienne (mais vraiment ça m’a fait sourire du coup j’en parle ;p)
Nour et Lina nous parle de féminisme, de politique, d’engagement, mais aussi d’angoisse, de lâcheté, de secrets et de souffrance. Lina est l’engagée embourgeoisée qui ne s’en rend pas encore compte, et qui vit, un peu, la vie rêvée  des héroïnes modernes, à la fois très au courant des injustices du monde, et capable de s’en protéger en refermant la porte de sa maison. Nour est (beaucoup) plus secrète et à son secret s’attachent toutes les interrogations du lecteur et de la lectrice : qui est-elle vraiment ? Exclue ? Fille censurée par une famille conservatrice ? Malade ? Lesbienne cachée ?
Qui est Nour et surtout, qu’est-ce qu’elle nous renvoie comme image de l’exclusion ?
Avec une plume qui ne noie jamais ses deux personnages, Charlotte Bousquet nous offre, derrière un roman court et direct, quelques heures de réflexions bienvenues dans une époque où l’identité interroge tout le monde (et où on a tendance à oublier ceux qu’elle concerne directement)
J’en suis ressorti aussi avec quelques litres de larmes en moins (même si cela se finit “bien”

14 Juillet 2015 – Rappel

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Femme, réveille-toi; le tocsin de la raison se fait entendre dans tout l’univers; reconnais tes droits. Le puissant empire de la nature n’est plus environné de préjugés, de fanatisme, de superstition et de mensonges. Le flambeau de la vérité a dissipé tous les nuages de la sottise et de l’usurpation. L’homme esclave a multiplié ses forces, a eu besoin de recourir aux tiennes pour briser ses fers. Devenu libre, il est devenu injuste envers sa compagne. Ô femmes! Femmes, quand cesserez-vous d’être aveugles ? Quels sont les avantages que vous recueillis dans la révolution ? Un mépris plus marqué, un dédain plus signalé. Dans les siècles de corruption vous n’avez régné que sur la faiblesse des hommes. Votre empire est détruit; que vous reste t-il donc ? La conviction des injustices de l’homme. La réclamation de votre patrimoine, fondée sur les sages décrets de la nature; qu’auriez-vous à redouter pour une si belle entreprise ? Le bon mot du Législateur des noces de Cana ? Craignez-vous que nos Législateurs français, correcteurs de cette morale, longtemps accrochée aux branches de la politique, mais qui n’est plus de saison, ne vous répètent : femmes, qu’y a-t-il de commun entre vous et nous ? Tout, auriez vous à répondre. S’ils s’obstinent, dans leur faiblesse, à mettre cette inconséquence en contradiction avec leurs principes; opposez courageusement la force de la raison aux vaines prétentions de supériorité; réunissez-vous sous les étendards de la philosophie; déployez toute l’énergie de votre caractère, et vous verrez bientôt ces orgueilleux, non serviles adorateurs rampants à vos pieds, mais fiers de partager avec vous les trésors de l’Etre Suprême. Quelles que soient les barrières que l’on vous oppose, il est en votre pouvoir de les affranchir; vous n’avez qu’à le vouloir. Passons maintenant à l’effroyable tableau de ce que vous avez été dans la société; et puisqu’il est question, en ce moment, d’une éducation nationale, voyons si nos sages Législateurs penseront sainement sur l’éducation des femmes.

Postambule de la Déclaration des Droits de la Femme. Olympe de Gouges. 1791.

La Domination Masculine – Patric Jean

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Sorti en 2009, le documentaire français (avec une pointe de Québec) La Domination Masculine plonge le spectateur dans la chair même de ce qu’est l’inégalité des genres. Il ne s’agit pas d’un documentaire explicatif, mais de l’accumulation et de la mise en résonance de témoignages divers qui, surtout, laisse la place à trois catégories que l’on entend rarement dans notre bulle féministe : le commerce, les hommes et les masculinistes.

Inutile de dire que le premier et les derniers n’en sortent pas grandis.

Je pense que le tour de force de Patric Jean réside en deux points.

Tout d’abord il me donne furieusement envie de lire le livre de Bourdieu dont il tire son titre (je suis très hermétique à la philosophie, surtout aux essais écrits)

Ensuite il nous fait rentrer dans son thème par la porte drôle et sympa : le pré-générique suit un homme qui va se faire agrandir le pénis. C’est pathétique, douloureux, et on sent déjà que ce n’est pas l’homme, caractère masculin, qui sera ici le coupable de tout. Puis on passe par la société genrée avec ses deux exemples les plus parlants : les jouets et le salon de l’automobile, soit les jouets d’imitation de ménagère et les mannequins d’un côté, les jouets d’« imagination » et les acheteurs/clients de l’autre. Pour quelqu’un qui est déjà familier du thème, on est en terrain connu. Pour quelqu’un qui ne s’est pas encore posé de questions sur le féminisme, l’introduction est excellente et sans demie mesure.

Et puis le documentaire glisse vers le Québec, son avancée, son féminisme politique… et le massacre de Lépine à l’école polytechnique de Montréal en 1989. Jour où Marc Lépine arriva dans la grande école, sépara les élèves, choisit d’en tuer certaines (l’actualité d’aujourd’hui arrive ici en écho douloureux). Que des femmes. Que des femmes qu’il avait identifiées en tant que féministes. Cet assassin fut à la fois présenté comme un malade mental (pour rejeter comme cause de sa violence sa haine des femme) et comme un modèle par les masculinistes (avec une « belle » apparition, dans le documentaire, d’Eric Zemmour à propos de la « violence civilisée du couple »)

Patric Jean met en parallèle ces témoignages d’hommes masculinistes avec des scènes et témoignages à l’accueil d’un centre d’aide aux femmes battues.

Ce sont des moments rares. Des moments de télévision d’une force qu’il est difficile de retrouver ailleurs.

La Domination Masculine met les points sur les i sur deux sujets : le féminisme est aussi une affaire d’homme ; et le féminisme n’a pas de « petits » combats.

Un beau et dur documentaire à voir de toute urgence.

Le Choix – Désirée et Alain Frappier

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Titre : Le Choix
Auteur : Désirée et Alain Frappier.
Année : 2015.
Editeur : La Ville Brûle.
Genre : Autobiographie et manifeste.

Nombre de pages : nr.

Public : A partir de 14 ans (à associer à une discussion sur mai 68 et le mouvement féministe)

Quatrième de couverture :

Pourquoi ces voyages en train qui l’emmènent toujours ailleurs, avec pour seule compagnie une valise et une carte famille nombreuse ? Pourquoi ce sentiment de n’être jamais à sa place ? Pourquoi ce slogan réclamant le droit à l’avortement semble-t-il lui être adressé ? Pourquoi ce prénom si peu approprié ? Les réponses à ces questions se trouvent au fond d’un carton oublié dans le grenier de la maison familiale.

Avis :

Une BD coup de poing qui fait mal, très mal, mais que je pense nécessaire. Désirée est une jeune femme seule, jamais à sa place, qui ressent que quelque chose, quelque part, ne va pas entre sa famille (sa mère) et elle. Au fur et à mesure de sa recherche, de ses rencontres, de 1968 à nos jours, Désirée explore le passé familial, mais découvre aussi ce que signifie être une femme dans un monde où leur corps ne leur appartient pas.
Magnifique chronique décrivant, sans jamais être ennuyeux, le long et douloureux parcours jusqu’au droit à l’avortement (toujours remis en question), Le Choix ne dévie pas de son sujet, et n’omets aucune souffrance, notamment, bien entendu, l’ironie du nom que porte Désirée.
Je mettrais quelques réserves sur certaines parties du texte, que j’ai eu du mal à comprendre en première lecture (problème de sujet des phrases, on passe de Désirée à d’autres, et c’est des fois un petit peu compliqué à suivre) mais sinon, Le Choix est un immense coup de coeur, à faire lire à tout le monde, notamment aux adolescentes (ET adolescents) qui s’interrogent (ou non) sur ce qu’est le Droit à l’Avortement et la libération des femmes.

Girl Rising – Richard E. Robbins

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Disponible sur la plateforme netflix, en vostfr, Girl Rising est un docu-fiction racontant la vie de neuf petites filles issues de pays dits en voie de développement. Chacune de ces featurettes est contées par un people et entre chaque séquence la voix de Liam Neeson égraine chiffres, pourcentages et messages féministes.
Cela pourrait être insupportable. L’esthétique est plutôt léchée et cela ressemble à un long spot publicitaire humanitaire, de ceux qui vous gonflent le coeur et vous font pleurer les yeux.
Mais… Mais les séquences se fondent sur des témoignages qui visent juste et sont une excellente introduction au combat des filles dans le monde. Il y a une vision “misérabiliste” qui, malheureusement, n’est pas vraiment contredite par la réalité, mais elle est aussi contrebalancée par des fulgurances poétiques et/ou politiques.
A ce sujet, c’est sans doute la séquence de Senna (nommée par son père en hommage à Xena), qui prend place au Pérou, qui me paraît être la plus bouleversante. Fille de chercheurs d’or (je vais vous ressortir un chiffre “sympa” : 28% des violations des droits de l’homme au travail dans le monde se font dans le monde de l’extraction), Senna découvre la poésie, elle deviendra ingénieur des mots, et c’est magnifique.
Du coup, d’Inde en Sierra Leone, d’Afghanistan au Cambodge, le message passe.
Plus accessible qu’un documentaire pur, Girl Rising est le pur produit (cela dit sans critique ni ironie) d’un mouvement féministe mondialiste. On peut y voir une récupération occidentale et c’est là que ça me dérange un peu, mais on ne peut reprocher au projet de mettre en lumière un sujet auquel peu, très peu de médias s’intéressent.

Lien vers le site officiel : Girl Rising.
Lien vers la bande annonce : Girl Rising – Youtube
Lien vers l’association du Plan.

Sois polie et tais-toi !

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C’est un petit coup de gueule aujourd’hui que je me permets sur ce blog.

Le but de « Comment tu t’habilles ? » est de porter un regard léger et, du moins en surface, optimiste sur les questions de genre. C’est pour cela que je m’attache plus à décrire des œuvres (films, livres, etc) qui portent un regard positif sur le féminin, le féminisme et les genres. Sur l’acceptation de l’autre.

Cela cache, bien entendu, une colère profonde envers la société qui a fait taire pendant si longtemps celle que je suis. La victime de violence d’abord, mais aussi la personne entière. Dans mes goûts, dans ma façon de me comporter, dans ma manière de vivre, qui ne correspondent tellement pas à « l’idéal féminin ». Je reste quelqu’un d’optimiste. Je pense toujours qu’on peut convaincre quelqu’un en lui faisant lire un livre ou regarder un film plutôt qu’en lui gueulant dessus (je suis très très très réfractaire aux mouvements conçus comme agressifs, et, surtout, j’évite de polémiquer pour polémiquer) J’admire les personnes qui savent se battre de front, et savent le faire intelligemment.

Mais ce n’est pas moi et je préfère rester polie et souriante, sans pour autant me faire marcher sur les pieds.

Cependant, je revendique le droit de gueuler, d’être ordurière, voire de dépasser mes limites quand un coup de sang me prend. Quand une parole me blesse ou me semble injuste.

J’ai le droit.

Même si les gros mots, « c’est moche dans la bouche d’une fille ».

J’ai su dire des gros mots avant, bien avant de dire mes faiblesses.

J’ai su dire des gros mots avant, bien avant de voir que j’étais une victime.

J’ai su dire des gros mots avant, bien avant de reconnaître mes forces.

J’ai su dire des gros mots avant, bien avant de savoir que j’étais une femme.

J’ai su dire des gros mots avant, bien avant de comprendre que ce n’était pas un défaut.

Beaucoup de gens se sont offusqués sous la vidéo ci-dessous qu’être ordurier (surtout quand on est une petite fille entre 6 et 13 ans… soit la tranche d’âge où on apprend les gros mots), desservait le féminisme.

Alors, la petite fille de 6 à 13 ans que j’ai été, et la femme féministe et fière que je suis aujourd’hui, vous dit, tout simplement :

Allez vous faire foutre.

Très amicalement 🙂

https://www.facebook.com/video.php?v=793691827336181&fref=nf

Orphan Black – Graeme Manson et John Fawcett

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Série canadienne diffusée entre autre, en nos humbles contrées, sur netflix, Orphan Black est à la fois une série ordinaire et extraordinaire.

Sarah, jeune paumée récalcitrante et révoltée, revient à Toronto après dix mois d’absence. Elle vient y trouver un ex collant et dealer, un (demi-) frère artiste et gigolo gay, et surtout, sa petite fille, Kira. Mais voilà, sur le quai de la gare, Sarah assiste à un suicide. Le suicide d’une fille qui lui ressemble trait pour trait. Voleuse, Sarah se dit qu’elle pourrait profiter (un peu) de cette identité tombée du ciel pour récupérer un peu (beaucoup) d’argent. Problème, la suicidée, Beth, était dans la mouise jusqu’au cou et elle n’était pas la seule à posséder les traits de Sarah.

Alors comment Sarah, fille unique et abandonnée à la naissance, se retrouve avec au moins une demie-douzaine de sosies ? Qui est derrière tout ça ? En quoi sa fille est-elle si importante ?

Voilà la question.

Orphan Black se place dans la mouvance des séries paranoïaques policières. Quelqu’un qui n’a rien à faire là se retrouve au milieu d’un complot. Là, rien de nouveau.

Mais Orphan Black se distingue d’abord par une actrice, Tatiana Maslany, qui incarne douze personnalités différentes (certaines qui restent à l’écran une minute, d’autres qui n’apparaissent pas encore, mais quatre qui sont là à tous les épisodes) sans que jamais le spectateur n’arrive à les confondre. Y compris quand une personnalité prend la place d’une autre.

Cela fonctionne non seulement grâce au jeu de l’actrice, mais aussi par la caractérisation, quelque fois à outrance, de chaque personnalité. Physiquement d’abord : une frange, des nattes africaines, une couleur de cheveux, un maquillage différent. Mais aussi du point de vue du caractère et de la mise en scène.

Ainsi, si Sarah reste, finalement, un personnage très « commun » des histoires policières (une fille indépendante et un peu paumée, au physique relativement passe partout), tout comme Beth (une policière indépendante et un peu paumée), les trois autres que nous rencontrons sont toujours à la limite de la caricature. Cosima est le personnage geek et hipster par excellence et circule quasi exclusivement (dans la saison 1) dans son laboratoire ; Alison est une femme au foyer dont la mise en place est si extrême qu’elle en devient le ressort comique de la série ; Helena est introduite par des procédés horrifiques qu’on a déjà vu passer et repasser de Se7en à American Horror Story.

Mais du coup, est-ce que ça marche ?

Eh bien, oui.

La série fonctionnant sur cette mise en scène caricaturale de ses personnages, sans jamais s’en excuser, elle permet non seulement à son actrice principale de faire de magnifiques interprétations, mais aussi de se concentrer sur son histoire, en dépassant la prouesse technique.

Et il s’agit là de l’autre point fort de la série : l’histoire est haletante. Si certains points fonctionnent sur des ficelles un peu vieillottes (le copain de Beth qui tombe sous le charme de Sarah), d’autres offrent une « nouveauté » rafraîchissante. La quête d’identité des personnages soulève des interrogations scientifiques (Cosima), maternelles (Sarah), existentielles (dans sa vie absolument parfaite, Alison est peut-être celle qui est la plus ébranlée), qui relèguent les problèmes de cœur non pas au second plan mais à un plan « utilitaire ». Les sentiments sont des outils de manipulation et les héroïnes qui y sont confrontées n’en sortent jamais « pauvres victimes femmes » ; quand ça fait mal, elles se vengent, et bien.

J’avoue que ça fait plaisir (c’est un peu sadique envers les personnages masculins qui pâtissent un peu de l’écriture de la série)

Dernière chose, les personnages joués par Tatiana Maslany ne sont pas les seuls intéressants d’Orphan Black. Car si les mâles sont perdants dans le jeu (à part peut-être le détective black Art), les femmes et Felix, le demi-frère gay de Sarah, font également quelques éclats.

Des séries où les mâles blancs sont pâlots sont légion, mais celles où ils le sont et où la part est laissées belles aux femmes et aux « minorités » (Art et Felix) doivent se compter sur les doigts d’une main.

C’est peut-être hypocrite d’aimer ça, et bien entendu on aimerait une série où tous les personnages sans exception sont bien traités, mais voilà, ça fait plaisir quand même.

Et Orphan Black, hors toute considération féministe, c’est vachement bien.

Interlude publicitaire

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Cette semaine, je souhaitais vous parler de la “femme d’action/superhéroïne”, suite à une mini discussion avec Cécile Duquenne sur twitter.
Cet article arrivera finalement samedi prochain, parce qu’aujourd’hui je veux vous parler de ceci :

 

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Il s’agit d’un screen du forum JVCom. Attention, si vous y aller, c’est au risque et péril de votre calme, de votre diplomatie et de votre foi en l’être humain.

Et celle qui en parle le mieux, c’est Myroie. Je vous conseille donc fortement, au lieu de rester ici, d’aller la lire là-bas.

(Et puis ensuite, sur un tout autre sujet, vous pouvez aussi aller lire les ouvrages de Cécile Duquenne, parce que c’est que du bon ! *va télécharger les Foulards Rouges pour lire sur la terrasse ce week-end*)