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Hannibal – Bryan Fuller

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Attention l’article contient de très légers spoilers.

Hannibal, la série créée autour du personnage de Thomas Harris, a débarqué dans nos petites lucarnes il y a trois ans maintenant. La série s’est achevée, faute d’argent et de producteurs intelligents, il y a deux semaines, après une dernière saison des plus échevelées.

Mais Hannibal la série a-t-elle sa place sur un blog comme celui-ci ?

Au départ, non, ou plutôt, pas forcément : Hannibal reprend les bases du thriller psychologique, très in, hyper esthétisé, un peu élitiste. C’est très beau (c’est même visuellement magnifique) mais cela n’a rien de politique.

Et puis, peu à peu, au fil des saisons et au fil des interviews de Bryan Fuller, on se rend compte que Hannibal opère une petite révolution dans le monde étendu mais finalement peu varié du thriller et de la série de « serial killer ».

Le plus évident peut-être, c’est le nombre de rôles féminins dans un genre souvent assez macho et très masculin. Elles ont chacune leur importance dans la dramaturgie et suivent leur propre histoire sans être systématiquement attachées au héros (William Graham). Alana en est le plus bel exemple puisqu’elle refuse de devenir l’intérêt romantique de Will pour se préserver des (débuts) de délires psychotiques de Graham : une décision adulte qu’on ne voit encore que trop rarement. Les autres personnages féminins sont indépendants, savent réfléchir par elles-mêmes, se trompent, souffrent et combattent de la même façon que leurs comparses masculins.

De plus les femmes ne sont pas glamourisées de façon habituelle. Leur beauté reste très froide et détachée, et même les (très rares) scènes sexuelles sont plus des démonstrations symboliques que des spectacles destinés à l’oeil masculin. Hors de ces scènes, la nudité démontre plus une position de domination/provocation qu’un simple étalage destiné, encore, au spectateur masculin (c’est particulièrement frappant dans la première apparition de Freddie, la journaliste, mais également dans les scènes très tendues entre Bedelia et Hannibal).

Il n’y a pas de viol. Pour une série sur les serial killer, autant dire que c’est une exception. Le seul cas d’agression sexuelle est implicite, non montré, et le coupable est puni directement par sa victime et pas par un « homme sauveur ». Bryan Fuller a affirmé à plusieurs reprises que cette absence de viol était complètement voulu, qu’il souhaitait prouver qu’il était tout à fait possible de faire peur, et notamment faire peur à des personnages féminins, et les tuer et faire souffrir, sans avoir besoin de ce genre d’ « outil dramatique ».

Je l’avais déjà souligné en parlant de Bedelia dans un précédent article, mais l’attraction sexuelle que Hannibal opère sur certains personnages ne constitue pas non plus une différence de traitement entre homme et femme puisqu’il séduit de la même façon Bedelia, Alana et Will. Et que, si on ôte l’aspect sexuel/sensuel, absolument tous les personnages sont séduits par lui, à deux exceptions notables, le duo des Freddie (Freddie Lounds et Frederick Chilton)

Si on revient à l’aspect homosexuel de la série ; là où Harris avait été critiqué pour son traitement de la transexualité dans Le Silence des Agneaux, ici on peut dire que Bryan Fuller a passé les obstacles avec succès. La relation entre Hannibal et Will n’est jamais critiquée en tant que relation homosexuelle, mais comme relation dominant/dominé dangereuse. Et encore, tout le monde en profite bien.

Quant à la bisexualité d’Alana et sa relation avec Margot Verger, elle est normalisée au possible, sans critique, sans soulèvement de sourcil, traitée avec la même distance et froideur que tout le reste.

Il est compliqué de parler des aspects politiques et engagés d’Hannibal parce que tout est filmé de la même façon, sans prise de position, la série ne prenant réellement de la chair qu’à la fin de la saison 3. Le parallèle entre l’attirance entre Will et Hannibal et le corps montré et torturé du Dragon Rouge paraît presque un peu « trop » au regard de l’aspect glacé du reste de la série.

En fait, en filmant son histoire d’abord pour la raconter et sans revendication spécifique, Bryan Fuller opère une révolution qui n’a l’air de rien. Et qui n’en est pas moins des plus efficaces.

Et puis c’est très beau quand même.

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Sense8 – Wachowskis et Straczynski

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Il paraît très artificiel de parler de Sense8 en parlant de chiffres, mais des fois les chiffres font plaisir.

Sense8 tourne autour de 8 personnages qui partagent leurs émotions de façon fusionnelle, de telle manière que, de temps en temps, ils peuvent interagir dans la réalité de l’autre, bien que vivant chacun dans des pays différents, au quatre coins de la Terre. Bien entendu ils sont poursuivis par une entité mystérieuse qui ne leur veut pas que du bien.

Sur ce scénario qui n’étonnera pas les amateurs de science-fiction télévisées (X-Files, Lost, Heroes, etc), les Wachowski et le co-scénariste Straczynski ajoutent leur vision de l’universalité.

D’abord en filmant dans les lieux mêmes de l’action, ce qui est, il faut bien dire, extrêmement rares. Nairobi n’est as un décor désertique situé au Mexique ou au Maghreb, Séoul n’est pas le métro new-yorkais déguisé et grimé (comme c’était le cas pour le Tokyo de Heroes), Bombay n’est pas la reconstruction de temples de carton pâte. L’Islande est vide et Mexico est littéralement plein. Cela se ressent au visionnage (surtout quand on se rend compte qu’un des héros subit une averse de pluie sur une terrasse de Berlin et qu’on se rend compte qu’on a vécu la même chose, au même endroit, il y a quelques années…)

Voilà le premier point.

Le second est d’avoir engagé des acteurs pour la plupart de la nationalité de leur personnage, ce qui fait que, malgré le fait que la série soit entièrement anglophone, à quelques scènes près, ils gardent le débit, l’action, la musique de leurs propres langues : indienne, allemand, coréen et espagnol. Et malgré sa nationalité anglaise, Aml Ameen garde le léger accent d’Afrique noire.

Second point.

C’est avec le troisième que nous allons nous plonger dans les chiffres. Sur 8 personnages, nous avons :

  • Seulement 2 Américains (quelque part ça fait plaisir)

  • Seulement 4 Blancs

  • 4 hommes et 4 femmes

  • 1 femme transgenre

  • 2 personnages homosexuels revendiqués (Nomi et Lito)

  • 2 personnages que l’on peut considérer comme étant LGBT : Will bisexuel, ou du moins assez « fluide » pour jouir en pleine salle de sport d’un baiser très masculin ; Sun, que je vois comme étant asexuelle, mais c’est peut-être une élucubration de téléspectatrice

  • Ah oui, pour en arriver à cette « élucubration », il faut savoir que 2 personnages n’ont aucune romance dans leur vie, et que pour 1 autre, sa vie de couple ne fait pas partie de l’histoire en elle-même.

Ajoutons que la transexualité de Nomi n’a aucune incidence sur l’histoire centrale, et que la caractéristique qui la fait le plus interagir avec ses compagnons est son activité de hackeuse.

Comme on le voit, « les chiffres parlent » : Sense8 est une série universaliste ET inclusive.

Rappelons-nous la dernière fois que c’est arrivé…

(Si vous avez des titres, je suis preneuse)

Ensuite, enfin, petit bonus, des caractéristique habituellement dévolues aux hommes (l’art du combat, l’esprit scientifique et le piratage) sont confiées à des femmes (respectivement Sun, Kala et Nomi)

Après, quand est-il de la qualité de l’histoire ?

C’est sans doute là que le bas blesse. Si j’ai été happée par Sense8, je comprends que beaucoup de personnes aient pu lâcher.

En effet les scénaristes ne souhaitent pas plonger directement leurs personnages dans l’action. Et à la fin de la saison 1, seuls 3 sont directement concernés par la mystérieuse organisation qui veut les tuer : Will, le flic, Nomi, la hackeuse, et Ryley, la musicienne (que je trouve être le personnage le plus faible de l’histoire, parce qu’elle se laisse porter par les faits sans vraiment agir, à mon sens)

Les autres sont là pour aider mais vivent aussi leur vie à côté, même si on sent que quelques rouages se mettent en marche. Nous assistons par exemple aux affres de la célébrité de l’acteur Lito, obligé de cacher son homosexualité, et ça peut paraître long.

Cependant je me suis laissée complètement emportée par ces histoires « parallèles », avec la curiosité sans cesse renouvelée de voir quand, quand ces personnages encore à la marge vont plonger dans l’action principale.

Vivement la deuxième saison !

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Orange is the New Black – Série

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Série américaine de Jenji Kohan – 2013 – 2 saisons pour l’instant.

Une jeune femme, Piper Chapman, est condamnée à deux ans de prison pour avoir transporté de la drogue dix ans plus tôt, pour son amante de l’époque. Transférée dans un établissement pour femmes, elle découvre le racisme de clan, les petites magouilles, et ces « sentences qui ont toutes une histoire ».

Une série au casting quasi exclusivement féminin (il y a une demie douzaine de rôles masculins), c’est une chose rare. Une série au casting féminin qui ne soit pas une comédie romantique et ne tourne pas autour d’histoires de cœur, cela tient de l’extra-terrestre. Et pourtant tel est le cas de Orange is the new black.

Nous assistons à la plongée de Piper, cette fille qui nous ressemble peut-être – blanche, de classe moyenne, un peu bobo, bi mais sans se l’avouer vraiment (ce qui est sans doute le seul problème de la série d’ailleurs) – dans un monde étrange, dangereux et… rassurant.

Rassurant de voir une série sur les femmes où les actrices ne sont pas toutes faites sur le même modèle.

Rassurant de voir une série sur les femmes où les histoires ne tournent pas uniquement autour des hommes.

Rassurant de voir une série sur les femmes où les « chamailleries féminines » n’existent pas (vous savez quand on montre des nanas se battre en faisant des grimaces et en griffant, comme dans l’expression « se battre comme une fille »)

Rassurant de voir une série sur les femmes où une transexuelle est vue et considérée comme une femme à part entière.

Rassurant de voir une série sur les femmes où la lesbophobie est considérée comme un fait social, religieux ou misogyne, mais jamais comme un fait à accepter comme tel.

Rassurant de voir une série sur les femmes où elles sont blanches, noires, jeunes, vieilles, maigre ou grosse, hétéro ou lesbiennes, cis ou trans, timides ou extraverties, folles ou pas, haineuses ou aimantes.Bref, rassurant de voir une série sur les femmes où les femmes sont des êtres humains.

Orange is the new black a quelques défauts, notamment dans ce silence sur la bisexualité de son personnage principal. Un défaut aussi dans la sous-représentation de la population asiatique, alors que les populations caucasiennes, latinos et noires y sont bien présentes (et pas uniquement au second plan)

J’attends de découvrir les prochaines saisons pour voir se ces défauts de représentation seront corrigés ou non. Mais même sans cela, Orange is the new black est une série qui va marquer, je l’espère, l’histoire de la « télévision » (c’est une série netflix, donc disponible sur internet)

C’est une série dramatiquement bien construite, avec ses moments de tension, de drame, mais aussi de comédie pure. Elle ressemble à la vie, et il est un peu tragique de se rendre compte que la vie d’une femme est mieux décrite dans une série sur une prison que dans toute autre série.