Monthly Archives: May 2015

Mad Max : Fury Road – George Miller

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Comment aborder la séquelle d’une série culte, adorée (par moi du moins) mais peu connue ou reconnue pour son caractère potentiellement féministe ? Si les femmes étaient le dernier rempart de la civilisation dans Mad Max, premier du nom (et comme elles disparaissent, la civilisation s’effondre), elles étaient particulièrement absentes du second épisode, ou comme vague intérêt sexuelo-romantique. Le troisième épisode, vous me pardonnerez de n’en avoir absolument aucun souvenir.

Bref, c’est partagée entre mes positionnements politiques et mes adorations de geek que je suis allée au cinéma, certes réchauffée par les avis enthousiastes de quelques amies.

Le choc.

Les cinq premières minutes m’ont laissée profondément perplexes, je l’avoue.

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Mais dès que le film prend de la vitesse (au sens propre comme au sens figuré), c’est partie pour un démontage en règle et sans nuance de l’univers machiste et abrutissant de sociétés vouées au processus de domination.

Max se retrouve prisonnier d’un clan mené par un dictateur fou qui garde le monopole de l’eau. La division est simple : le peuple, les enfants soldats (War Child) abrutis par des discours politiques simplistes, la promesse du paradis et les drogues, les femmes-harems (outres à lait, l’or blanc de la tribu, ou ventres à procréer des garçons) et les hommes (enfin les hommes, les hommes dominants)

Dans cette société, une incongruité : Furiosa, conductrice de camion citerne, à mi-chemin entre les war child (dont elle porte le stigmate noir sur les yeux) et les femmes. Est-elle stérile ? A-t-elle obtenu ce poste pour ne pas avoir à finir comme ses autres congénères ? On ne le saura jamais.

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Mais Furiosa se sent coupable et va aider les femmes-harems à fuir leur prison, à la recherche d’une hypothétique Terre Verte, société matriarcale pleine de promesses.

Si Max se retrouve embrigadé dans cette course-poursuite, ce n’est pas lui le héros (comme il ne l’étais pas dans le second épisode de la saga d’ailleurs) Mais il reconnait en Furiosa un miroir. Mais alors que lui a « raté » sa rédemption (comme le rappelle de nombreux flashes à la limite de la folie), Furiosa a encore le temps de réussir.

Furiosa est donc l’héroïne de ce film.

Les femmes qu’elle trimbale dans son camion apparaissent comme des déesses-nymphes des temps moderne : chacune son style (différenciée par leurs peaux et leurs cheveux, comme le plus basique de jeux de drague pour mec), habillées de peu, des tailles de mannequins. Oui, si elles ont été choisi pour chair à sperme, c’est parce qu’elles sont belles. Mais, comme elles le répètent encore et encore, elle ne sont pas « des choses ». Elles ne seront jamais réduite à ça, à des fantasmes pour hétéro. Plus le film avance, plus elles prennent en chair. Plus même arrivent-elles à reconquérir la personnalité et la force de caractère dont les hommes les avaient dépourvues.

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Face à elles, des hordes d’enfants soldats « éduqués » à vouloir la mort, enfants bombes dont Miller ne s’excusera jamais d’en faire des retranscriptions appuyées des enfants de nos temps.

Et de l’autre côté du désert, les Amazones. Des vieilles, de celles qui ne sont jamais, jamais à l’écran, et encore moins à se battre, sur des motos surpuissantes, seules et encore détentrices d’un savoir et d’une histoire universelle dont elles sont les seules à encore connaître l’importance.

Douze femmes.

DOUZE !

Pour un blockbuster.

Un film d’anticipation hyper-violent où la violence n’est pourtant jamais sexualisée.

Où elles ne sont jamais objets de faiblesse, prétexte à faire briller l’homme sauveur.

Brf, Mad Max : Fury Road, est un putain de film féministe, et je vous pousse tou.te.s à aller le voir !

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The Walking Dead – AMC

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J’ai mis longtemps avant de m’intéresser à la série post-apo/zombie The Walking Dead, à cause d’une très mauvaise lecture des premiers volumes de comics.

Difficile en effet de m’intéresser à une histoire où les femmes étaient tenues à faire la lessive, les jeunes filles à être reluquées par un vieillard, et les hommes seuls habilités à tenir des fusils. Sans compter une insupportable histoire de culpabilité à base de « j’ai trompé mon mari avec son meilleur pote alors que je pensais qu’il était mort et c’est mal. »

Le fait de se retrouver, de fait, avec des personnages principaux extrêmement peu originaux (le good guy, le meilleur pote un peu limite, l’épouse modèle (un peu nunuche), le fiston tellement fier de son père, et ainsi de suite) ne donnait pas particulièrement envie.

Et puis, j’ai cédé et je me suis dit : allez, au moins la première saison, et si j’accroche je continue.

Je peux donc sans me démonter dire que The Walking Dead est une publicité mensongère.

La première saison en effet cherche à présenter un groupe résistant aux zombies, mais reproduisant les « règles » de la société habituelle : les hommes aux armes, les femmes à la domesticité, mais également les Noirs infériorisés, les Asiatiques forcément malins et rapides, les bouseux forcément durs et abrutis.

Et puis la situation évolue.

Nous nous retrouvons dans une ferme, dominée par une figure patriarcale (Herschel) et ses filles. Mais les femmes se rebiffent peu à peu, les filles de la ferme comme celle du premier groupe de héros. Pas toutes non, et pas toutes en même temps, mais quelques-unes. Certaines le font avec violence, d’autres s’émancipent peu à peu, et ainsi de suite.

Nous arrivons à l’arc du Gouverneur et de nouveau on sent une évolution. On met un peu de sexe dans l’histoire mais les positions s’équilibrent, même si les chefs des deux camps qui s’opposent sont toujours des hommes. Car les deux personnages qui vont faire avancer la situation et devenir le moteur de l’intrigue sont des femmes (et pas dans un rôle sexuel du moins pas pour Michonne)

Et plus les saisons passent, plus le modèle patriarcal qui avait servi de structure sociale aux premiers épisodes s’effondrent. La puissance, les rapports de domination se transforment. Tout comme les définitions de bons et de gentils (la saison trois est de ce point de vue là exceptionnelle dans son traitement des « héros »)

Si l’on prend du point de vue racial, thème éminemment problématique aux Etats-Unis, une scène résume à elle seule le parti pris par la série : Daryl, le « beau gosse ténébreux », est dans une voiture, en chasse, accompagné de trois autres compagnons, Tyreese, Bob et Michonne. Trois Noirs. Et tous en statut d’égalité (égalité dans l’intrigue, égalité dans les scènes, les dialogues, etc) C’est extrêmement rare dans une série qui compte un public aussi nombreux que celui de The Walking Dead (le fait que deux de ces Noirs soient joués par deux acteurs de The Wire n’est peut-être même pas une coincidence)

Pareil pour les femmes. Leurs relations ne sont pas sexualisées, pour aucune d’entre elle, à deux exceptions près (elles sont en couple), sauf pour les menaces de viol (rares aussi et totalement absentes quand elles sont dans le groupe des héros)

Entre elles, elles ne parlent pas de mecs, mais de ce qu’elles sont en train de vivre (ce qui est somme toute logique quand on butte du zombie tous les jours)

Avec les mecs, elles ne sont pas dans la séduction, mais dans l’échange, l’égalité et le respect. Il y a des moments d’affection (tout particulièrement envers les personnages de Tyreese et Daryl) mais ce sont des moments de fraternité/sororité qui sont d’autant plus bouleversants qu’ils sont dénués d’arrière pensée de séduction.

S’il fallait retenir trois personnages féminins dans toute la série, je citerai Michonne, Carol et Beth. Michonne parce que son profil est celui habituellement réservé au « cowboy solitaire » : elle a vécu longtemps seule et a survécu seule. Le parallèle avec le personnage de Bob, qui a vécu de la même façon mais qui a beaucoup moins supporté la solitude qu’elle (du moins il le montre plus) est assez démonstratif de son statut d’héroïne « bigger than world ».

Carol fait partie de celles qui vont s’émanciper et se durcir avec le plus d’efficacité et aussi le plus de douleur. Son histoire, qui ne rejette pas son statut très maternel, est particulièrement intéressante et dramatique. De plus, elle s’éloigne des clichés féminins par son âge, son physique et le fait qu’elle tient un rôle de premier plan alors que son genre de personnage est la plupart du temps relégué au second plan.

Beth offre un parallèle intéressant avec le personnage de Carl, le gamin de l’histoire. Là où Carl (douze/treize ans) s’endurcit au delà de la morale, Beth (dix-sept ans) garde un optimisme détaché qui cache une détresse abyssale . Son personnage est fait de légèreté et pourrait être insupportable dans le genre « princesse à sauver », et elle franchit cette ligne-là, mais pour mieux retourner la situation ensuite. Il « suffit » de l’enlever du cocon du groupe pour qu’elle ait la « chance » d’évoluer et de devenir elle aussi une survivante.

Les autres personnages féminins sont du même acabit, à une ou deux exceptions près (comme il y a dans la série quelques personnages masculins plus faibles que les autres)

Ce fut une excellente découverte pour ma part et je m’incline bien volontiers devant cette petite révolution télévisuelle.

Et en plus les zombies c’est fun ^^

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